Les Magasins généraux. Exposition sur le Vrai et le Faux en Art

1 Rue de l’Ancien Canal, 93500 Pantin
(avec l’Association France Alzheimer)

Le canal de l’Ourcq, grande voie navigable depuis le 16e siècle avait perdu la navigation de commerce en 1962 sous l’effet de la concurrence du transport routier, puis les usines, et les lieux de stockage ont été abandonnés avec la désindustrialisation.

J’ai le souvenir d’une promenade en 2014 au milieu d’amas de ferrailles, de bâtiments déglingués, d’énormes graffs sur des murs noirs. Aujourd’hui, les quais ont été réaménagés avec des arbres et des voies le long des berges pour les piétons, des cafés, des salles de spectacles et d’expositions, des bâtiments à l’architecture remarquable et juste ce qu’il faut de graffitis comme clin d’œil au passé.

Celui-ci raille notre propension à  croire ce qu’on nous raconte  :

Graffiti. Canal de l’Ourcq

Ce mur tombe bien puisque nous allons à l’exposition « Simulacres » des Magasins généraux qui s’interroge sur notre capacité à distinguer le vrai du faux, que ce soit dans les représentations hyperréalistes, ou dans les œuvres générées par l’IA.

En 2016, le BETC, une agence française de publicité, a ouvert des locaux dans les  Magasins généraux, anciens « greniers à grains » de Paris, puis entrepôt de marchandises devenus temple du graffiti à Pantin (Seine-Saint-Denis). Depuis 2016, cet impressionnant paquebot de béton et de verre est le siège d’une agence de publicité et sert également d’espace de création et d’exposition et un lieu de restauration (malheureusement fermé le jour de notre visite).

Des hyperréalistes décalés

Voici l’autoportrait en silicone de Tony , étrange parce que son visage se confond avec celui d’un être vivant,  mais c’est une tête coupée suspendue près du corps

Tony Matelli. Autoportrait à la tête coupée

Tony Matelli a le goût des œuvres provocantes. Wikipédia raconte qu’il est devenu célèbre pour une sculpture installée sur le campus de Wellesley College, Le Somnambule, statue d’un homme somnambule et en slip. Les étudiantes trouvant l’œuvre trop réaliste, ont vu en lui un agresseur et ont pétitionné pour obtenir son retrait.

Ici, il joue aussi à nous tromper avec ses bouquets de fleurs en bronze coulé et peints en teintes délicates qui tiennent on ne sait comment.

Tony Matelli. Tulipes

Même étrangeté des scènes en plus grinçante pour Laura Bottereau et Martine Fiquet dont les figures enfantines, naines ou prématurément vieillies ont quelque chose de cauchemardesque.

Confrontation des civilisations

La seconde partie commence par le face à face de la louve romaine et d’une louve empaillée sortie de la forêt du Petit Chaperon rouge imaginée par Julius von Bismarck.

Julius von Bismarck. Les deux louves

Les louves sont articulées et s’effondrent tour à tour, tantôt la louve romaine et tantôt le loup du conte :

Julius vin Bismarck. La louve romaine effondrée

J’ai un peu de mal à m’intéresser aux gestes de magicien filmés par Marine Ducroux-Gazio, à l’installation de Sarah-Anaïs Desbenoit, ou aux néons démultipliés grâce à des en miroirs sans tain d‘Ivan Navarro, mais son image dans le puit m’interpelle. Quand nous nous penchons sur notre identité, trouvons-nous des Me ou des We ?

Ivan Navarro. Vertiges identitaires

Et l’IA ?

J’ai été  captivée par le jeu de certains artistes avec des images générées par intelligence artificielle Maria Mavropoulou crée un panneau de photos de famille entièrement inventées à partir de récits qu’elle collectés. Ses images fabriquées à partir des millions de données collectées ont la vérité de de nos vieilles photos plus vraies que nature que l’on ressort un peu abîmées par le temps.

Caroline raconte l’histoire du faux panneau de photos de famille aux adhérents de France-Alzheimer

Parfois, en approchant, on a l’impression que l’IA n’a pas su traiter tous les détails et qu’elle a raté une main comme un artiste maladroit.

Pour moi, Mayara Ferrão est celle qui donne une dimension poétique à une des questions que pose l’IA. L’artiste, une Brésilienne descendante d’esclaves, reconstitue un passé qui n’a jamais existé où des créatures imaginaires côtoient des jeunes femmes. Elle veut dit-elle réparer le passé.

Mayara Ferrão. Une sirène ?

Et de fait, du passé perdu surgit une créature fantastique qui a la réalité de l’image imprimée. « Avant tout, dit-elle, je crée des images parce que j’ai besoin qu’elles existent, j’ai besoin de les voir. »

magasinsgeneraux.com / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

Passage du temps : Canal de l’Ourcq décembre 2014

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