Du Musée des Colonies au Musée national de l’histoire de l’immigration

Une petite promenade de la place Daumesnil au Musée de l’immigration pour profiter de l’après-midi encore tiède.

Eglise du Saint-Esprit néo-byzantine. 186 avenue Daumesnil

L’avenue passe devant l’église du Saint-Esprit. Impossible de jeter un œil sur la coupole byzantine et sur les fresques de Maurice Denis dans la chapelle de la Vierge car il y a une messe, d’ailleurs fréquentée dans cette période de Pâques. On se contente du haut clocher-porche.

Un peu plus loin, voici le Palais de la Porte Dorée qui eut pour vocation première d’abriter le Musée des colonies. Il fut construit à l’occasion de l’Exposition internationale de 1931 dans un style Art Déco.

Entre temps, l’Empire s’est écroulé, la honte a envahi les Européens. Au moment où la France desserre un peu son emprise sur son empire, les grandes migrations commencent avec l’accord du patronat : les entreprises tournent à plein régime et il leur faut de la main d’œuvre. En 2007, on décide de transformer le musée en Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

Je suis frappée par ces changements de noms qui accompagnent notre perception du passé (comme dans ces jeux optiques où un simple déplacement du regard fait surgir une autre scène)… Le Palais de la porte dorée, si longtemps Musée des Colonies est devenu Musée de l’Histoire de l’Immigration et, même aujourd’hui Musée National de l’Histoire de l’Immigration… ce qui résume les efforts de la nation pour rompre avec son passé colonial et construire un avenir commun apaisé. Le musée veut raconter les épopées des nouveaux venus et transférer le vieil orgueil des Occidentaux vers ceux qui ont vaincu tant d’obstacles pour venir faire France commune avec un peuple qui a oublié qu’il était lui aussi un peuple d’exilés provinciaux, de Polonais, d’Italiens et d’Espagnols chassés de chez eux par la dictature ou par la misère.

Et je m’amuse du préfixe qui dit avec optimisme le sens du regard. Les derniers arrivés sont représentés non comme des émigrés, renvoyés pour toujours là-bas, vers leurs racines, mais comme des immigrants participant à la vie du pays d’ici.

Musée National de l’Histoire de l’Immigration

Mais le bas-relief de la façade, réalisé par le sculpteur Alfred Janniot (1889-1969) est toujours là. Cette vaste fresque (de 1100m2, dit le site de musée), qui recouvrait toute la façade du palais, représente les peuples, les ports et les aéroports de l’ancien Empire. Elle ne manque pas de grandeur et convient en tout cas au style art-déco de l’architecture des années 30 : formes géométriques, colonnes, un ensemble qui n’a pas l’austérité des bâtiments modernistes quand les architectes n’oseront plus rythmer les façades par des éléments décoratifs.

Bas-Relief sculpté par Alfred Janniot. Façade du Musée National d’Histoire de l’Immigration (détail)

L’intérieur du palais est également décoré, avec des mosaïques de sol et de grandes fresques.

Pour aujourd’hui, nous n’entrons pas. Nous nous arrêtons seulement un peu sur le parvis où est présentée une exposition de photographies de Nicolas Henry. La démarche est sympathique. Chaque photo vient de la rencontre du photographe et des laissés pour compte de la société et de leur élaboration commune d’un décor imaginaire, souvent des cabanes que quelques morceaux de bois et de toile transforment en écrins pour les récits de leurs rêves ou de leurs cauchemars. Cette scène est par exemple une sorte de résumé de tous les bateaux chargés de migrants secoués par la mer alors qu’ils dérivent au large de nos côtes.

Ses images sont des contes baroques et tendres qui n’ont pas besoin de mots.

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