Lieux désordonnés : les bords de l’Orge

Les lisières des villes juxtaposent souvent sans « cohérence » des espaces solidement encadrés par les institutions et des lieux désordonnés. Les manières d’y vivre sont, elles aussi, diverses, hétérogènes. Ainsi des bords de l’Orge qui n’ont pas encore été réarrangés entièrement dans une logique touristique et sont plutôt fréquentés par les résidents. Leur charme tient en partie à l’impossibilité de faire coïncider la balade avec un itinéraire de randonnée classique

Sur la colline, la ville a reconverti ses bâtiments majestueux, château de Morsang et parc, en lieux d’accueil populaires. Le public est là, joggeurs en tenues criardes, familles avec enfants à bicyclette.

Epinay-sur-Orge. Château (1)

Château de Morsang

Les arbres eux-mêmes sont monumentaux, même si au-delà de leur couronne on voit émerger les immeubles. Tout à coup, l’arbre devient émouvant et cette sensation surgit de presque rien, du soleil qui illumine les dernières feuilles d’automne  et en fait brusquement l’essentiel du paysage.

Le beau platane 2

Le château a été bâti sur une hauteur et la prairie descend en pente raide vers un étang colonisé par les oiseaux qui s’approchent pour quêter de la nourriture dès qu’ils voient des promeneurs avancer.

Bassin de Morsang. les Foulques (1)

A grands coups d’ailes pour les foulques les plus éloignées qui ne veulent rien rater du festin. En silence, pour les cygnes dont la blancheur est si élégante, mais dont le cou a la couleur jaunâtre  de la vieille lingerie.

Bassin de Morsang. Les foulques noirsBassin de Morsang. Deux cygnes (1)

Quelques dizaines de mètres suffisent pour que le paysage perde son aspect endimanché. Le chemin devient une piste qui mène aux marges de la ville là où le bruit de l’autoroute et des trains accompagne le bruit du vent dans les roseaux.

Vers la fourche où l’Orge et l’Yvette se rencontrent, on tombe sur l’inévitable hôtel de formule 1, si proche de l’autoroute, au milieu d’un chantier qui a l’air en sommeil et où s’entasse un bric à brac de ferrailles rouillées et d’engins de construction. La zone commerciale est quelque part dans le voisinage.

Bords de l'Orge. Formule 1 (1)

Quand le vallon est assez large, des riverains cultivent des salades ou des choux et élèvent des poules. J’aime les clôtures en grillage de leurs jardinets et leurs cabanes à outils. Comme en cuisine, où une ménagère avisée remplace l’ingrédient qui manque par un autre sorti du placard, les maçons improvisés complètent un mur par une tôle ondulée, bouchent les trous par une bâche, ou par n’importe quel objet disponible.

Bords de l'Orge. Jardinet. Sarah

Une cabine de jardinier au bord de l’Orge. Photo de Sarah B.

Les potagers disparates échappent aussi à l’uniformité de l’agriculture industrielle. Dans un carré de légumes, brillent d’innombrables bouteilles de plastic posées sur des piquets. Le jardinier qui leur a offert une seconde vie n’est plus un consommateur, mais  un créateur qui a fabriqué ses mini-serres avec les déchets de la société de consommation.

Bords de l'Orge. Le champ de choux (1)

Jardin potager du bord de l’Orne

Au bord du chemin, l’Orge est rapide. La moindre branche vibrante piégée dans le courant est malmenée par le flot. Celles qui ne se décrochent pas arrêtent des paquets de feuilles mortes, jusqu’à ce qu’un orage vienne grossir la rivière et emporte au loin le barrage.

Bords de l'Orge. Le paquet de feuilles Sarah

La branche. Photo de Sarah B.

Un pêcheur attend le poisson qu’il appâte avec des vers de vase. C’est au bord de l’Orge qu’on trouve cette jolie variante des pancartes injonctives qui organisent nos façons de vivre ensemble dans notre vieux pays d’écriture : « Défense d’afficher », « Défense de stationner », « Défense de déposer des ordures ». « Il est interdit de fumer, de cracher par terre ». Cet écriteau-là interdit aux ramasseurs de vers de vase de pénétrer dans cette propriété sous peine de sanctions.

Bords de l'Orge. Ecriteau Vers de terre

Les friches vont rapidement entrer dans le circuit des lieux organisés pour la promenade et la fête. Des cafés vont ouvrir et les flâneurs apprécieront sûrement l’atmosphère urbaine branchée qui va se substituer aux ambiances marginales bricolées par les gens de peu. La boboïsation des bords de l’Orge n’est qu’une question de temps.

2 réflexions sur “Lieux désordonnés : les bords de l’Orge

  1. Les syndicats intercommunaux et autres organisateurs de nos promenades du dimanche ont bien sûr raison de « mettre en paysages plaisants » les bords de l’Orge. Il n’y a rien à leur reprocher…Mais comme vous, je suis sensible à la beauté étrange des espaces où des gens résistent à la modernité. Michel de Certeau, ce génial jésuite soixante-huitard a bien parlé de leurs façons de faire dans un livre intitulé « L’invention du quotidien », où il fait l’éloge des multiples inventions des gens de peu.

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