« Journée sans voitures » et « Nuit Blanche »

Seuls quelques quartiers de Paris étaient interdits à la circulation, mais la journée sans voitures fut quand même bonne à prendre. Le ciel était éclatant. Une foule sage de skateurs, de cyclistes, de piétons venus en famille partageait le bonheur d’être au soleil sur les Champs- Elysées, sans avoir à surveiller les voitures. Les gens souriaient, heureux d’être ensemble. Ils se plantaient au milieu de l’avenue et ils installaient des pliants ou bien ils se couchaient par terre pour se prendre en photo. Plus tard, ils diraient à leur famille. « C’est moi. J’y étais ! » C’était une foule ensemble, comme chaque fois qu’on croit s’être libéré des contraintes.

En pliant sur les Champs-Elysées

En pliant sur les Champs-Elysées

La fête a duré un seul dimanche et seulement entre 11h et 18 heures ; sur les Champs-Elysées  et le long de la Seine, cela a suffi pour faire baisser la pollution au CO2 de 40% (à vrai dire, je n’ai pas trouvé de renseignements sur le dioxyde d’azote, beaucoup plus dangereux selon les médecins).

Deux souris écolo. Champs Elysées

Deux souris écolo. Champs Elysées

Des grincheux ont tout de suite dénoncé sur Internet cette journée qui ne bénéficiait qu’aux bobos oisifs et aux touristes. On ferait mieux de se préoccuper des livreurs et des petites gens de la banlieue. « Laissez-nous vivre », ont-ils clamé sur les réseaux sociaux. « Nous en avons marre des mesures de la gauche caviar qui taxe nos clopes et nos voitures diésels et à présent qui veut nous empêcher de rouler ! » Qu’ils se rassurent, ce jour sans voiture est une parenthèse dans le quotidien pollué du Parisien. Dès le lundi, nous avons retrouvé les gaz d’échappement et les bouffées de fumée des autocars de touristes.

L’odeur d’essence est encore l’âme de nos villes. Pourtant, le déclin des voitures a commencé : la municipalité restreint les places de stationnement au profit des pistes cyclables. Elle multiplie les zones à 30 kilomètres à l’heure pour dégoûter les automobilistes. Les embouteillages sont encore plus efficaces pour décourager les gens de conduire : le 24 août, Le Monde a publié un article sur un bouchon de 100 kilomètres de long bloquant une autoroute du nord de la Chine. Selon la télévision, certains conducteurs étaient coincés depuis cinq jours et ils n’avançaient que d’un kilomètre par jour. A Paris, les automobilistes triplent leur temps de trajet s’ils conduisent aux heures de pointe. Ceux qui ont renoncé à la voiture sont désormais majoritaires. 60% des Parisiens se déplacent à pied, en bus ou en métro, évidemment parce que le réseau des moyens de transport est dense.

La responsabilité des politiques qui n’ont pas fait grand-chose pour les quartiers périphériques est énorme et accentue le ressentiment des banlieues, déclenchant une opposition binaire, mais juste, entre les laissés-pour-compte et les privilégiés du centre-ville.

Une semaine plus tard, le 3 octobre, c’est la Nuit blanche. Décidément le calendrier « des évènements » est chargé ; la municipalité n’arrête pas de célébrer les jardins, les musées, le dieu Ganesh, la fin du Ramadan, la Saint-Valentin, et à présent la nuit. Tout est fait pour convaincre que Paris est une capitale de la fête et pas seulement un  musée à ciel ouvert, peuplé de bourgeois fatigués.

La municipalité a fait des efforts en organisant des circuits dans des quartiers un peu excentrés. Va pour le Nord-Ouest, direction Parc Montceau. Sur le site, Erik Samakh promet une installation sonore qui plonge le visiteur dans l’ambiance d’une nuit d’été méridionale. Des bruits envahissent les allées (barrissements ou chants du crapaud buffle, on ne sait trop). Très vite, l’ennui pèse. Des visiteurs motivés attendent patiemment. Les autres, dont nous, sont si décontenancés qu’ils sont prêts à prendre pour une installation, la petite rotonde où se prépare une exposition, l’escabeau oublié nous paraît un instant une installation de plasticien. Départ, vers le Parc Martin Luther King aux frontières du 17e, de Levallois et de Clichy-la-Garenne (92) là où les friches de l’ex SNCF sont en voie de reconversion. Le quartier est hérissé d’échafaudages et de grues. On sent la griserie des grands travaux.

Au parc Martin Luther King, les lasers du Néerlandais Daan Roosegard font onduler une lumière bleue au-dessus des têtes. L’installation a été, paraît-il, imaginée pour donner aux visiteurs le sentiment de marcher sous le niveau de la mer – et avertir du péril de la montée des eaux. Mais, nous n’avons pas ressenti l’angoisse de la fin des temps en voyant la vague bleue aller, venir et se dissoudre dans la brume juste au-dessus de nos têtes ; tantôt des rayons acérés se reflètent dans les eaux d’un petit bassin au milieu des touffes de roseaux qui bruissent ; tantôt ils dessinent les longues silhouettes noires des spectateurs, ou changent en fleurs le feuillage des arbres. Le résultat est poétique, pas immédiatement politique et c’est tant mieux.

 

Dans un pavillon, l’installation « Spider Projection V.2 » de Friedrich van Schoor et Tarek Mawa montre une araignée surdimensionnée qui pourchasse un grillon. Lorsque le grillon imprudent s’aventure de son côté les enfants crient pour l’avertir. En vain ! Les pattes velues de l’araignée se referment et la foule ravie et écœurée assiste au massacre. C’est mieux que Jurassic Parc. Qu’est-ce que ce film signifie ? Que la nature est inquiétante ? Que les manipulations génétiques nous ramènent au temps des tyrannosaures ?

Un concert au coin d’une rue avec des images qui défilent. Plus loin, l’ancienne voie ferrée. On clopine entre les traverses, jusqu’à un acrobate qui saute à trente mètres de hauteur et rebondit sur du polystyrène… Vous aviez dit nuage ?

17e. Petite ceinture. Graff: la jalousie vous tuera

17e. Petite ceinture. Graff: la jalousie vous tuera

Fin de parcours, porte de Clichy dans un restaurant italien.

Et bien ? Le spectacle était parfois séduisant, parfois même impressionnant. Nous avons regardé tout ce qu’on a fait pour nous. Il était plus difficile de vivre la fête. La joie de vivre qui, dans notre mémoire, caractérise encore mai 68 et en fait comme un long temps heureux de fête collective et qui se nourrissait de tous les possibles, a peu à voir avec les célébrations instituées de notre Etat éducatif soucieux de montrer au peuple qu’il faut se préoccuper du réchauffement climatique et se libérer de l’automobile.

Une réflexion sur “« Journée sans voitures » et « Nuit Blanche »

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