La Cité Universitaire : 100 ans d’architecture et d’utopie universitaire

S’y rendre : 17 Boulevard Jourdan ; RER B et tramway : arrêt Cité Universitaire

A la bordure Sud du parc Montsouris, là où avaient été édifiées les fortifications de Thiers désaffectées et promises à la démolition après 1919, on se trouvait aux lisières de Paris et de Gentilly. Comme dans toutes ces zones incertaines des grandes villes, il y avait seulement sur ces terrains quelques rares fabriques, des baraques de chiffonniers, des maisons croulantes, des friches.

On peine à imaginer ce morne paysage quand on arrive devant la Cité internationale universitaire de Paris.

Débuts de la Cité Universitaire. Pavillon Deutsch de la Meurthe et zone (collection Musée Carnavalet)

Après la première guerre mondiale, un groupe de mécènes et d’administrateurs ont acheté les terrains disponibles et conçu un lieu destiné à favoriser la rencontre entre les étudiants du monde entier. Les plus connus sont André Honnorat, alors ministre de L’Instruction Publique, Paul Appell, le recteur de l’université de Paris, Emile Deutsch de la Meurthe, qui devait sa fortune au pétrole et à l’aviation et quelques autres. Ils ont  inventé ce « monde en miniature » où plus de 5 500 étudiants forment une communauté regroupant plus de 130 nationalités. Chaque pays doit accepter d’accueillir dans son pavillon 30% au moins d’étudiants d’une autre nationalité pour favoriser le ‘vivre ensemble’.

Une quarantaine de « maisons » sont aujourd’hui réparties dans 34 ha de verdure :

Entre pastiche réussi et modernité, ce sont 100 ans d’architecture qui sont rassemblés dans le parc.

Le bâtiment central,  la Maison Internationale, qui abrite la bibliothèque, le restaurant, un théâtre, etc,est construit  dans un style qui imite le château de Fontainebleau.

Maison Internationale

La fondation Emile et Louise Deutsch de la Meurthe, du nom d’un grand industriel philanthrope et de sa femme a été édifiée la première, dès 1925. Elle fait penser aux résidences universitaires d’Oxford, bien que l’architecte  Lucien Bechmann ait déclaré s’être plutôt inspiré du style médiéval normand.


Le beffroi et l’arrière de la fondation un peu dissimulé par un cèdre pleureur 

Grande verrière « à gradins » et toits à forte pente rappellent les villes flamandes

Des échauguettes décorées de fenêtres à meneaux donnent aux 7 bâtiments disposés autour d’un jardin intérieur un style néo-médiéval, qui s’accommode très bien de la couleur brun-rouge des briques et des vélos écolo des étudiants.

Pavilleon Gréard (Fondation Deutsch de la Meurthe)
Massif d’Hortensias blancs au pavillon Appell (Fondation Deutsch de la Meurthe)

Répondant à l’appel des fondateurs, des personnalités ou des gouvernements étrangers prennent rapidement d’autres initiatives en faveur de la construction de résidences.

Vers l’Est

Après la délicieuse atmosphère néo créée par les premiers architectes, on peut aller voir les réalisations de Le Corbusier (Paris en compte peu). La Fondation suisse (1933) est un des premiers exemples de ses constructions géométriques sur pilotis qui seront ensuite développées à la Cité radieuse de Marseille, bien plus connue.

Pavillon suisse (Le Corbusier)
Le pavillon de Norvège depuis la dalle du pavillon suisse

On peut trouver (c’est mon cas) l’ensemble un peu sévère. Il aurait peut-être fallu entrer pour voir le mobilier réalisé par Charlotte Perriand qu’on redécouvre aujourd’hui. La fondation danoise, dessinée par l’architecte Kaj Gottlob en 1932 est elle aussi très austère, même si les briques sombres ont de l’allure.

Fondation danoise 1932 (Kaj Gottlob)

Les Suédois ont choisi un style élégant et intimiste. On a l’impression d’arriver juste à temps pour le goûter dans une demeure du 18ème où l’on est attendu !

Pavillon suédois (1931 Peder Clason, Germain Debré)

Patrick Modiano évoque dans Une Jeunesse, les bains de soleil sur l’immense pelouse de la Cité Universitaire bordée par l’église de Sacré-Cœur. Je connais bien cette église car elle est coincée au bord de l’autoroute A6. Quand je la vois, je sais que le voyage est fini, qu’on est arrivés ! Mais jamais je ne suis allée la voir. l’église est trop associée au bruit de l’autoroute, à l’odeur d’essence, aux embouteillages. Aujourd’hui, il me suffirait de prendre une passerelle au bout du parc pour voir de près les anges de bronze du clocher.

La flèche du Sacré-Coeur de Gentilly depuis la pelouse

Mais il fait trop chaud. Il n’y a personne au soleil. La plupart des étudiants  sont partis, chassés par l’épidémie et ceux qui n’ont pas pu retourner dans leur famille cherchent l’ombre sous les bouquets d’arbres.

Nous rejoignons les tilleuls qui bordent une grande allée. Quelques personnes se reposent sous la voûte de leur feuillage. Paris a l’air très loin

Allée des tilleuls

Vers l’Ouest

A l’Ouest, on retrouve de jolis pastiches. En 1930, deux architectes français, Pierre Martin et Maurice Vieu se sont inspirés des traditions vietnamiennes pour créer une Maison de l’Indochine, aujourd’hui la Maison d’Asie du Sud Est.

Maison de l’Asie du Sud-Est

Inaugurée aussi en 1930, la Maison des Etudiants Arméniens représente une nation qui, 10 ans plus tôt, venait de perdre sa souveraineté. Son fondateur, Boghos Nubar Pacha, (Centralien, nommé administrateur des chemins de fer égyptiens collaborateur du baron Empain pour la création de la ville d’Héliopolis, près du Caire. Il invente une machine à labourer fort remarquée lors de l’Exposition universelle de 1900 à Paris) consacre la fin de son existence à la survie d’une intelligentsia arménienne. Conçue par l’architecte Léon Nafilyan, la résidence présente des façades ornées de frises à motifs géométriques et floraux inspirées de celles d’un monastère arménien

Maison des étudiants arméniens 1930

Tout près le pavillon grec multiplie aussi les références. C’est un petit temple qui accueille les étudiants, occasion de réviser le nom des colonnes, ah oui, ioniques !

Fondation hellénique

De la résidence Lucien Paye construite par Laprade (l’architecte de la porte Dorée), je retiens surtout la belle surprise des bas-reliefs d’Anna Quinquaud, qui met en valeur la puissance et la grâce de ses modèles. Dans ce monde si dur de l’art, même quand elle fait une belle carrière, une femme est vite oubliée. Qui connaît aujourd’hui Anna Quinquaud ?

Résidence en l’honneur de Lucien Paye. (1949) Bas-relief d’Anna Quinquaud

Nouvelles maisons

L’histoire continue. Au bout du parc s’achève la maison de la Tunisie. Deux artistes tunisiens, le calligraphe Shoof  et le designer Wissem Soussi. l’ont habillée de lettres arabes

Deuxiième fondation tunisienne
Calligraphie et aluminum. Le travail de Soof et de Wissem Soussi

Et une pancarte annonce déjà la maison de Chine, une imposante résidence de 300 chambres.

Deuxième pavillon de Tunisie. Projet chinois

La Chine veut s’afficher comme puissance intellectuelle. Le chantier, qui a pris du retard cette année, devrait bientôt démarrer.

2 réflexions sur “La Cité Universitaire : 100 ans d’architecture et d’utopie universitaire

  1. Qui connaît aujourd’hui Anna Quinquaud?
    C’est l’occasion de rappeler d’autres œuvres de cette artiste à Paris : le bas-relief » Indochine « à l’entrée du Palais de Chaillot et la femme Maure au bord du miroir d’eau du Palais de Tokyo.
    Et si cette artiste a été oubliée, ce n’est peut-être pas seulement parce que c’était une femme.
    Inspirée par les arts africains, elle est associée à l’histoire coloniale de la France.
    D’autres sculpteurs , hommes , sont eux aussi bien tombés dans l’oubli comme Honoré Icard ( né à Tourtouse, petit village de l’Ariege ) dont le buste en marbre de Colbert orne le site Richelieu de la Bibliothèque nationale.

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  2. Oui. Tout a joué contre elle… Sans doute aussi le choix de l’art figuratif ! En tout cas, j’ignorais jusqu’à son nom avant de tomber en arrêt devant le bas-relief de la Cité Universitaire.
    Quant à notre époque, elle discute beaucoup des statues à déboulonner, laisse vide les socles de celles qui ont été fondues pendant la deuxième guerre mondiale et à ma connaissance a presque cessé d’en commander à des artistes…
    Sonia

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