Paris en métro

Plusieurs de mes amis n’aiment pas le métro qu’ils voient comme un monde parallèle inquiétant. Les bus, les taxis et les Uber sont les moyens de déplacement des habitants du monde auquel ils appartiennent. Ces amis ont peur des pauvres, des Arabes, des Noirs, des Roms, des Chinois.., des mendiants, qui peuplent le monde d’en bas. Ils ont peur des pickpockets qui les guettent sur les lignes surpeuplées. Ils se perdent dans le dédale des couloirs, de Châtelet, s’égarent aux embranchements incompréhensibles, s’épuisent dans les escaliers interminables qui vous donnent l’impression de descendre au fond de la terre. Ils détestent les stations envahies par les clochards, les recoins malodorants où de vieux incontinents se cachent pour pisser.

Moi, je trouve qu’on n’a quand même rien trouvé de mieux pour se déplacer dans Paris. Quelques minutes d’attente et une rame est là qui vous emporte où vous voulez aller.

Et puis, parfois, il y a de belles surprises. La ligne 6 et la ligne 2, qui parcourent Paris d’Est en Ouest, alternent viaducs et souterrains. Quand il est aérien, le métro se fait funambule pour offrir des vues imprenables sur les immeubles. Il surgit de terre à Passy et traverse la Seine sur le pont Bir Hakeim. Pendant qu’il brinqueballe sur le pont de fer, j’ai le temps d’un coup d’œil vers l’Ile aux Cygnes. Déjà, surgit la Tour Eiffel couverte d’ampoules clignotantes qui étincellent dans la nuit.

La Tour Eiffel depuis le pont Bir-Hakeim


Le métro poursuit sa chevauchée sur le viaduc, le temps de plonger le regard dans des salons illuminés, des chambres à coucher aux éclairages tendres, sur des rues vides… et le métro brinquebalant nous emporte à la station suivante.

Je prends le métro tous les jours ou presque, tantôt sur des tronçons réputés tranquilles, tantôt sur les lignes plus populaires comme dans certaines parties de la 2 et de la 7.  Il m’arrive d’être très, très, contente au milieu de ces voyageurs de toutes les couleurs et de toutes les langues. J’essaie de deviner d’où viennent ces femmes en  habits traditionnels et dans quelle langue parlent mes voisins. Je suis fascinée par leurs voix, et peut-être parce que le sens m’est incompréhensible, j’entends mieux des phrasés, des inflexions quasi musicales. Alors je pense : comme c’est bien, cet incroyable mélange qui fait voyager sans quitter Paris !

Aux Quatre Chemins

Comme la majorité des Parisiens, je viens d’ailleurs, et je trouve normal, que des gens traversent le monde pour venir jusqu’ici. Pour beaucoup, le voyage, l’arrivée, la recherche du travail est une petite épopée, plus ou moins héroïque, et c’est même miracle de voir des paysans venus du fond d’une Afrique rurale s’adapter à toute vitesse.

Ligne 9

Il m’arrive de me sentir au contraire très malheureuse. Je n’arrive plus à imaginer qu’un sentiment de cohésion puisse naître d’une telle juxtaposition de gens incapables de parler ensemble. « Bon débarras, les peuples », disent d’une quasi même voix les capitalistes heureux de voir arriver une main d’œuvre docile et les alter mondialistes. Le peuple, c’est ce qui empêche des gens de venir « librement » s’installer où ils le souhaitent et de consentir à faire les métiers que les sociétés d’accueil ne veulent plus faire. Le peuple, c’est une illusion qui empêche de voir les conflits de classe, pour la gauche internationaliste.…  Mais nous, gens d’ici, nous souffrons de vivre dans une société désagrégée ou le lien social élémentaire que permet la langue se défait sous nos yeux. Est-ce qu’on peut continuer à laisser les adultes se débrouiller pour apprendre le français. Est-ce que les Français n’auraient pas intérêt à les accueillir avec des cours de langue obligatoires ?

En principe, personne ne s’adresse à moi quand je voyage seule si ce n’est les mendiants. Encore est-ce le plus souvent collectif et glaçant : « J’ai faim. Je crève de faim. Donnez-moi un peu d’argent pour que je puisse manger ». Que je détourne les yeux ou bien que je donne un euro, le suivant s’approche, qui essaie d’accrocher un regard : « Je me permets de passer parmi vous et de vous solliciter d’un ou de deux euros, afin de pouvoir rester propre… »

L’autre jour pourtant deux jeunes femmes se sont assises en face de moi. L’une disait à l’autre avec enthousiasme qu’elle était allée au Sacré-Cœur et je n’ai pu m’empêcher de faire la moue.

– Vous n’aimez pas le Sacré Cœur ?

– Son emplacement, oui, mais pas son côté chou à la crème.

– Et alors qu’est-ce que vous aimez ?

– Et bien plein d’endroits, mais pour un jour à Paris, l’île de la Cité et puis la vue de Notre Dame depuis le pont de la Tournelle.

– Nous voilà réconciliées, moi aussi.

– Et qu’est-ce que vous aimez encore ?


– Je vais peut-être vous surprendre, j’aime bien voir la façon dont le 13ème change. Je vais m’y balader de temps en temps.

– Moi, j’y travaille.

– Alors vous connaissez peut-être cet immeuble qui donne l’impression d’avoir été vissé sur lui-même au bout de l’avenue de France, à gauche.

– Oui ! Oui ! Je vois très bien. Il n’est pas comme les autres au moins !

Nous avons continué à échanger sur nos balades, mes marches sur la coulée verte, la navigation de la blonde sur un bateau mouche, les tours en vélo lib de la brune, la chorale ukrainienne de Concorde qui mérite qu’on fasse un détour (J’aurais pu leur parler aussi de l’accordéoniste russe de Sèvres-Babylone, du Vietnamien de Nation qui joue sur un violon traditionnel à deux cordes et de tant d’autres…).

Groupe des Ukrainiens de Lviv

Nous nous sommes quittées bonnes amies. Elles revenaient de leur chorale où elles avaient chanté du gospel ; je revenais de la mienne où j’avais chanté des chants russes.

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