Dernier billet depuis le lac Hoan Kiem d’Hanoï (Vietnam 9)

Le train de Sapa était arrivé à 5h30. L’hôtel voulait bien garder nos valises mais nous attendait vers 10 heures. Heureusement, qu’on se lève tôt au Vietnam et qu’il y avait déjà des cafés ouverts : nous avons opté pour un établissement avec terrasse, situé au bord du lac Hoan Kiem au centre de la vieille ville.

La légende explique que le nom Hoan Kiem évoque la lutte pour l’indépendance : un pêcheur avait pris dans ses filets une épée magique et l’avait remise à Lê Loi. Grâce au pouvoir de l’épée, le pays s’était libéré de l’emprise des Mings. Lê Loi se promenait tranquillement au bord du lac lorsqu’une tortue géante s’adressa à lui : « Puisque la paix et l’ordre règnent désormais dans le pays, tu n’as plus besoin de ce présent de l’Empereur Lac Long Quân. Rends-lui l’épée » Lê Loi comprit que celui qui l’avait aidé était le souverain du Royaume des Eaux. Il remit l’épée à la tortue qui l’emporta dans les profondeurs. Depuis lors, le lac s’appelle Lac de l’épée restituée.

Hanoï. Lac de l'épée restituée d'Hanoï

Le lac est le cœur de Hanoi. Dès le matin, on y croise des Vietnamiens occupés à faire de la gymnastique sous les flamboyants.

20180306_084359

Le soir, les bords du lac s’embrasent : le petit pont vermillon rutile, le temple jaune a des couleurs fluo et on voit partout des arbres de lumière… C’est joyeusement bariolé et la foule a l’air ravi.

Hanoi._illuminationDSC0539

On vend des ballons, des jeux, des boissons, des ballons

Hanoi.vendeur de ballons20180308_185559

Et puis il y a toujours des bancs dans l’ombre pour les amoureux.

HAnoi.lac Nocturne20180308_185556

Le dimanche est le jour des familles : la circulation est interdite et les piétons ont enfin un vaste espace à eux.

20180311_164107

Ils  écoutent des orchestres de rue, grignotent, s’amusent à qui fera la plus grosse bulle de savon, essaient des skates ; les  petits s’exercent à conduire des mini-motos ou des chars de guerre miniatures  (l’éducation patriotique n’est jamais loin).

Hanoi 20180311_11244Hanoi 2

Ainsi va le Vietnam dont l’économie a progressé de telle sorte qu’il peut offrir un peu de consommation et de temps libre au peuple des villes. Ce n’est pas la prospérité, mais ça permet de goûter la vie.

 

.

 

Pendant le voyage, je me suis souvent étonnée de l’absence d’allusions à l’agression coloniale, que ce soit les humiliations d’un régime qui spoliait les habitants ou les atrocités de la guerre. Peut-être est-ce que l’hospitalité confucéenne explique cette discrétion, peut-être la solidité des structures familiales qui organisent une société solidaire et persévérante, plutôt optimiste, peut-être la volonté du gouvernement de regarder résolument vers l’avenir. Les succès de l’armée de libération ont dû aider car les Vietnamiens ont des raisons d’être fiers de leur victoire, ce qui aide à ne pas ressasser les traumatismes du passé.

Cet accueil généreux n’empêchait pas un sentiment profond de mon étrangeté. Bien sûr, la raison principale est que je ne comprends pas la langue. Aller au Vietnam sans parler le vietnamien, c’était savoir que je serai exclue et tant pis pour moi (j’aurais pu raconter deux, trois anecdotes où le manque de compréhension a entraîné des malentendus, ou bien, comme dans les taxis, a permis la multiplication par dix du prix local d’une course). Je veux évoquer un sentiment plus profond : je suis immédiatement repérable dans ce pays. Je ne peux être qu’une touriste de passage ou une expatriée employée par une compagnie internationale qui rentrera un jour chez elle. On me dévisage ; on me photographie parfois (juste retour des choses, puisque je suis moi-même venue photographier l’étranger !!). Je crois que cette distance raciale ne peut disparaitre dans un  pays dont les habitants, quelle que soit leur hétérogénéité, sont tous des Asiatiques.

A l’arrivée à Roissy-Charles de Gaulle, j’ai dû prendre le RER. Toutes les couleurs, de peau, de cheveux et d’yeux se mêlaient dans le wagon et j’aurais été bien incapable (c’est très bien ainsi) de distinguer immigrés, touristes et compatriotes. Quoi qu’en disent les Noirs et les derniers arrivés, qui trouvent que les Français tardent à leur faire une place, les peuples sont tellement mélangés à Paris depuis 50 ans qu’on ne « voit » plus qui est étranger. Cela ne veut pas dire qu’on ne voit pas de différences sociales, mais que les catégories de « l’indigène » et de « l’étranger » ne fonctionnent plus.

Pour autant, je ne me sens pas seulement une habitante du monde global quand je reviens à Paris. J’y retrouve le français, ses accents, la musique des échanges oraux. Combien m’est nécessaire cette langue pour que je me sente appartenir à une société, pour que je sois d’ici et non de n’importe où !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.