L’Ile de la Cité

Je connais beaucoup de gens venus des quatre coins de la Terre qui ne voudraient pas vivre ailleurs qu’à Paris. Pour rien au monde. Et moi aussi, je suis née n’importe où, mais j’ai choisi cette ville et je ne voudrais pas vivre ailleurs.

Il y a quelques années des ennuis de santé m’ont amenée à fréquenter régulièrement l’Hôpital de l’Hôtel Dieu, situé juste à côté de Notre-Dame. Pour aller au travail après mon rendez-vous, je devais traverser la Seine au pont de l’Archevêché et rejoindre la rue des Bernardins, puis la rue Monge. Je n’arrivais pas à être triste, tant était forte la séduction opérée par les lieux que je parcourais. Souvent, je revenais sur mes pas et je passais par le pont de la Tournelle qui offre une vue admirable sur l’île de la Cité. Là, je m’arrêtais un moment.

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L’ïle de la Cité depuis le pont des Tournelles

Dans le fil du fleuve, l’île avait la forme d’un vaisseau. Je pensais nef  et l’image des armoiries de la ville se superposait à la vue du beau vaisseau (de face et non de profil) et se mêlait au souvenir des vers de Péguy récités en classe :

« Etoile de la mer voici la lourde nef

Où nous ramons tout nus sous vos commandements. »

J’admirais le jeu simple de la flèche élancée qui compense la masse des tours et emmène la cathédrale vers le ciel et dont la verticale venait couper le plan horizontal des deux ponts, celui de l’Archevêché et le pont Saint-Louis, qui enjambent la Seine et mènent l’un vers l’ancien monde universitaire de la rive gauche et l’autre vers le pouvoir temporel qu’incarne l’Hôtel de Ville.

Ce lieu parfait survivrait aux bateaux mouches qui ont presque remplacé les péniches et aux milliers de touristes qui venaient prendre des photos : un espace clos en forme de navire, tout entouré d’eau et relié au ciel par le haut mât de Notre-Dame, et eux qui souriaient sur la photo. Une fois l’image dans l’appareil, ils partaient très vite. Ils avaient mis Paris en boîte.

Je faisais comme eux : un coup de vent chassait les nuages ; le soleil revenait brusquement et la Seine se mettait à briller. Mon regard descendait le long du fleuve et emmenait mon esprit au loin. Tout coïncidait… J’oubliais mes soucis et je repartais en emportant en moi cet autre monde.

 

 

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