Des musées au Vietnam (8)

Le musée de la sculpture cham

L’Empire Cham a son musée à Danang au centre du Vietnam. Ce musée construit de 1915 à 1919 par l’école française d’Extrême Orient a été voulu et conçu par Henri Parmentier, un archéologue français, quand personne ne s’intéressait à l’empire disparu et aux traces qu’il avait laissées derrière lui.

Malgré les notices (la traduction en français est très maladroite, ce qui montre l’état pitoyable de la connaissance de notre langue à Danang), il me manque des clés essentielles pour pouvoir apprécier le savoir que cet art cherchait à délivrer. Je ne sais pas si les sculptures en grès qui vont du 5e au 15e siècle, sont une simple copie de l’art hindouiste et bouddhique venu de l’Inde ou une réinterprétation originale. Mon ignorance me permet seulement des « j’aime », « je n’aime pas » et je vais courir au musée Guimet de Paris pour mettre si possible cette visite en perspective.

J’ai aimé la raideur d’un guerrier de pierre à l’entrée du musée.

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et j’ai admiré la façon dont les sculpteurs montraient le mouvement.

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Puis, ces créatures mythologiques mi-hommes, mi-bêtes, comme l’ aigle Garuda en train de dévorer un serpent :

Cham. Garuda dévorant Naga_12eDSC0243

Ces sculptures sont souvent pleines d’humour. Elles font sourire. En tout cas, elles m’ont fait sourire.

Cham. JM.P1030786

Et puis, il y a eu une Apsara. Les Apsara sont des danseuses célestes sorties des flots comme Aphrodite. Elles dansent au fronton des temples khmers, offrent le spectacle d’une quasi nudité, taille fine et seins bombés. Celle-ci, yeux mi-clos, sourire offert, arrondi du bras et de la main retournée, avait une grâce à part. L’âme dansait avec le temps.

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Le musée des Beaux-Arts d’Hanoi

Au musée des Beaux-Arts d’Hanoi, on peut s’intéresser à bien des œuvres (et les guides en dressent une grande liste). Dans ce billet, j’évoque seulement les souvenirs qui persistent une fois le voyage achevé. J’ai sans doute admiré autre chose, mais les limites de ma mémoire font que j’ai retenu seulement deux ou trois sculptures.

Je me souviens de la  déesse de la Compassion en bois laqué, datée du 18e siècle, avec sa grande roue d’yeux attentifs et tous ses bras secourables. Bien qu’elle soit très belle, elle évoquait d’autres images traditionnelles rencontrées au musée Guimet à Paris. Cette figure était le chef d’œuvre d’un artisan pour qui refaire infiniment un remède symbolique au désespoir du monde suffisait.

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Et je me souviens de la figure mélancolique d’un patriarche en méditation, presque délié de tout attachement terrestre. Il figurait dans un ensemble de copies de sculptures du 17e et du 18e siècles, dont les originaux se trouvent à la pagode de Tai Phuong non loin de Hanoi. Après les innombrables sculptures qui représentaient des symboles codifiés, j’ai été fascinée par cette salle où apparaissait tout à coup des personnes irréductibles les unes aux autres. Si on y trouvait l’évocation de la spiritualité bouddhique, c’était à partir de l’expérience de personnes individuées.

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Qu’importe si ce sont des oeuvres copiées que l’artiste a peut-être modernisées en amplifiant les effets recherchés par les maîtres de Tai Phuong.

Nous avons regardé trop vite les peintures contemporaines, sans savoir quoi que ce soit des artistes et de leurs recherches. La source d’eau de Nguyen Trong Kiem, (1933-1991),  pleine de bons sentiments communistes, évite au moins le « réalisme » soviétique et fait penser à un imagier populaire.

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D’autres tableaux marient peinture et technique ancienne de la laque et produisent des peintures assez décoratives, mais je préfère celles qui cherchent autre chose. Un tableau m’arrête: il montre une jeune femme et une vieille femme par une fin d’après-midi. Il n’est pas désagréable que le sens en reste incertain.

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Un musée où l’on a rencontré ne serait-ce qu’une œuvre nous est devenu exceptionnel. Nous aimons le lieu où nous pourrons la revoir. Le musée des Beaux-Arts d’Hanoi restera d’abord pour moi celui des patriarches.

Le musée d’ethnologie d’Hanoï

Nous avons passé des heures dans l’admirable musée d’ethnologie de Hanoi. L’intérieur est passionnant avec ses collections d’objets venus des 54 ethnies du pays, ses scènes de vie quotidiennes reconstituées, et ses nombreux petits films.

Hanoi. Mat rituel musée ethno. _DSC0547

Les visiteurs sont encore plus attirés par l’extérieur où sont exposées les formes d’habitats inventées par les différentes ethnies. Des maisons traditionnelles et des tombeaux ont été démontés, transportés et remontés par des artisans de leur région d’origine.

Nous retrouvons la pauvre demeure de Hmongs aux plantes disjointes malgré le rude climat de la montagne. A Sapa, nous avions vu surtout des toits de tôle :Sapa_DSC0407 tandis qu’au musée, le toit est un toit de bardeaux.

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Photo Rolanf Ley. Hanoï. Musée d’ethnologie. Habitat Hmong

La plus spectaculaire est la Maison commune des Bahnar, qui vivent dans les hauts plateaux du centre. La maison est construite sur de hauts pilotis à 3 m du sol et atteint 19 mètres de haut pour une surface de 90 m2.

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Hanoi. Musée ethno. _DSC0576Le tombeau des Jörai, qui vivent essentiellement au Sud, célèbre bien tranquillement la fécondité pour consoler les morts: femmes enceintes, hommes en érection.

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Seuls les gardiens solitaires, postés aux quatre coins, paraissent pensifs (ou angoissés).

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A heures régulières, on peut voir le théâtre de marionnettes sur l’eau :

Hanoi. Musée ethno. _DSC0571.JPG

PS : loin du bruit de la rue, le restaurant du musée permet de se poser au calme. On y mange très bien.

A Hanoï, nous avons aussi visité le lourd mausolée destiné à honorer Ho Chi Minh. Il avait bien recommandé qu’on l’incinère et que ses cendres soient dispersées à travers le pays. Ses successeurs n’en ont rien fait et lui ont bâti un tombeau dont la taille rappelle les extravagantes sépultures des empereurs de Hué. Tout autour, la police veille à ce que les règles de décence soient respectées. Habits convenables, démarche et conduites respectueuses.

Hanoï. Mausolée d'Ho Chi Minh. Photo Marie Ley IMG_3324

Hanoï. Mausolée d’Ho Chi Minh. Photo Marie Ley

Enfin, nous avons fait un tour au musée de la Révolution destiné à célébrer l’héroïsme de la nation. On y trouve des photos, des armes, des instuments de torture (c’était la première fois que je j’approchais une guillotine), des chars, des avions qui témoignent de la férocité des Français puis des Américains. Dans les rencontres quotidiennes pourtant les guerres paraissent loin. On nous a parlé de tout ce que les Français ont laissé, chemin de fer, bâtiments, hopitaux, musées…, mais pas de l’injustice coloniale. Par ailleurs, les Vietnamiens apprennent l’anglais sans état d’âme. Les touristes américains sont les bienvenus… comme les anciens boat people.

Beaucoup d’écritures pour un seul pays

Les systèmes d’écriture voyagent avec les religions : il n’y a qu’à voir l’alphabet latin et le Nouveau testament, l’écriture arabe et le Coran… Au Vietnam, tout est compliqué à cause du caractère composite du pays. Le Nord a connu mille ans d’occupation chinoise et a été sinisé en profondeur. Le Champa, au Centre, a vécu des siècles sous influence indienne en adoptant le sanscrit et les Occidentaux sont venus bouleverser la région à partir du 17ème siècle.

De 1000 avant J.C env. à 938 après J.C. env.

Pendant 1 000 ans le Nord a vécu sous occupation chinoise. Après l’indépendance conquise en 938, sous la dynastie des Ly (1009-1225) puis sous celles des Trân (1226-1400), l’étude de la langue chinoise n’a fait que se développer comme le montre la construction du Temple de La Littérature à Hanoi à partir de 1070. Les rois organisèrent alors des concours fondés essentiellement sur l’acquisition de la culture confucéenne.  Sur la photo trop pâle d’une des stèles conservées au temple de la Littérature à Hanoi, on devine les caractères chinois des stèles des lauréats.

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Photo Jean-Marie Branca. Hanoï. Temple de la Littérature. Une des 82 stèles en caractères chinois dressées sur le dos d’une tortue

Du 10ème siècle après J.C. au début 20ème siècle après J.C.

Parallèlement se développe une écriture appelée nôm ou quôc âm, qui ajoute aux sinogrammes, des caractères pour exprimer les six tons de la langue vietnamienne.
Au 18e siècle, les documents administratifs et la plupart des œuvres littéraires et ouvrages historiques étaient écrits dans cette écriture.

Le pays Cham

Cependant, dans les territoires indianisés du Champa, on utilise un alphabet originaire de l’Inde (dès le Ile ou le Ille siècle de notre ère). Là aussi, l’alphabet est adapté pour exprimer les voyelles complexes de la langue cham. Des Chams du Vietnam connaissent encore cette écriture et peuvent lire les textes de leur littérature.

Du 17ème siècle à maintenant : le quôc ngu

Au 17e siècle des missionnaires européens viennent évangéliser la Cochinchine et le Tonkin. Le père Alexandre de Rhodes, jésuite polyglotte, apprend le vietnamien, et met au point la première transcription de la langue en caractères latins. Il est l’auteur d’un  dictionnaire trilingue vietnamien-portugais-latin édité à Rome en 1651. Au 20ème siècle, ce système, appelé « Quốc ngữ » prend un essor considérable et devient finalement en 1954, l’écriture officielle au Vietnam.

Les caractères latins de l’alphabet sont complétés par des signes diacritiques indiquant le ton sur lequel elles doivent être prononcées. Il y a 6 tons possibles, exemple :

la (sans accent) : la note la, crier

là (accent grave) : être

lá (accent aigu) : feuille

lả (crochet) : fatigué

lã (tilde) : eau non bouillie

lạ (point) : inconnu, bizarre

https://www.normalesup.org/~pham/divers/ecriture.html

2 réflexions sur “Des musées au Vietnam (8)

  1. Merci de ce voyage que je fais par Sonia interposée. C’est un pays que je ne connais pas, que je n’ai jamais visité. J’ai beaucoup aimé la statue du patriarche au Musée Beaux-Arts d’Hanoi. Toujours, n’est-ce pas, les grands lobes d’oreilles: signe de savoir? de sagesse? les divinité aussi ont des lobes d’oreille importants. Le tableau des deux femmes, au premier pan la plus agée, est mystérieux, intrigant juste ce qu’il faut pour plaire.
    mariagrazia

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    • Merci d’envoyer ces messages qui font une bonne part du plaisir du blog. Je suis très contente qaund j’ai l’impression de partager mes rencontres. Quand aux oreilles bouddhiques, je ne sais pas. Sur Internet des gens écrivent qu’elles signifient la capacité d’écouter, mais c’est peut-être trop simple. Décidément, le meilleur du voyage, c’est le prolongement qu’on peut lui donner au retour.

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