Avec l’association France Alzheimer. Conférencière : Marie-Cybèle
Nous venons visiter la galerie dorée, galerie de style Régence située dans l’hôtel de Toulouse à Paris, actuel siège de la Banque de France.
Marie-Cybèle, responsable du patrimoine historique et artistique de l’établissement nous arrête dans l’antichambre le temps de nous présenter le second des propriétaires de l’hôtel, Louis-Alexandre de Bourbon, fils de Louis XIV et de Madame de Montespan. C’est lui qui commanda le somptueux décor régence de lambris doré qui a donné sa physionomie à la célèbre galerie dorée.
Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, et le style régence de la galerie
Cette introduction est l’occasion de réviser le statut complexe des enfants adultérins de Louis XIV. Le roi les fait légitimer pour qu’ils puissent lui succéder en cas d’extinction de la Maison de Bourbon, mais en 1717, à la demande des princes « légitimes », un nouvel édit révoque cette décision, précisant qu’en cas d’extinction de la Maison de Bourbon le dernier Roi ne pourrait pas désigner de successeur, la nation reprenant ses droits. C’est dans ce contexte que Philippe d’Orléans, beau-frère du comte de Toulouse, assura la régence (Arnaud Manas 2017).
L’éblouissement : « C’est trop ! »
Et puis, la guide ouvre la porte de chêne et nous découvrons la Galerie dorée. C’est un oh ! général, tellement l’ensemble est fastueux, – C’est trop, dit quelqu’un à côté de moi !

Histoire d’une galerie
Entre 1635 et 1640, le marquis de la Vrillière avait fait construire ici une galerie par Mansart. Inspirée du Palais Farnèse, cette loggia fermée de 40 mètres de long servira plus tard de modèle à la Galerie d’Apollon au Louvre et à la Galerie des Glaces de Versailles.
En 1713, l’hôtel est vendu à Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, qui entreprend d’ambitieux travaux, confiés à l’architecte Robert de Cotte. D’un hôtel abimé, il va refaire un neuf. La galerie est aussi redécorée par le sculpteur François-Antoine Vassé, auteur d’extraordinaires lambris sculptés déclinant les thèmes de la chasse et de la marine, en référence aux charges du comte. Ce dernier avait été fait grand amiral de France dès l’âge de 5 ans, et plus tard, grand veneur. Evidemment, ces fonctions attribuées à un bambin prêtent à sourire, mais le comte de Toulouse ne fut pas un amiral de salon : au côté de son père, il participa aux campagnes terrestres de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) puis, sur mer, à la guerre de la Succession d’Espagne (1701-1713). Il s’illustra en Méditerranée : à Palerme et à Messine puis lors de la bataille de Malaga en août 1704. À la suite de cette dernière action, le roi Philippe V d’Espagne le décora de l’ordre de la Toison d’or.
Les décors de Vassé sont en tout cas un des beaux exemples de l’art de la Régence.


De façon plus inattendue, des armes iroquoises et guyanaises évoquent les opérations menées au Canada et en Guyane, qui sont à cette époque supervisées par la marine.

Devant un tel foisonnement je me perds avant d’apprivoiser les scènes et les grands miroirs où je m’aperçois dans un décor vertigineux contribuent à l’enchantement.
Toute la sculpture est dorée et le lieu blanc et doré sera désormais connu sous le nom de « Galerie Dorée ».

Réviser sa mythologie avec François Périer
Les peintures des plafonds ont été conçues par François Périer : elles me déçoivent, mais il impossible de savoir si François Périer en est responsable. Les fresques s’étant dégradées, elles ont été reproduites au 19eme siècle par Paul et Raymond Balze et les frères Denuelle. Reste à s’amuser à reconnaître les thèmes : les quatre éléments sont représentés dans quatre tableaux aux quatre coins de la galerie : l’eau avec Neptune et Amphitrite, la terre avec Pluton et Proserpine, le feu avec Jupiter et Sémélé et l’air avec Éole et Junon… Au centre, en majesté, le char d’Apollon précédé de l’étoile du matin et suivi de la Lune traversant le ciel.

Voici aussi l’enlèvement de Proserpine par Pluton,

L’identification de Cérès et de Déméter reste bien confuse pour moi : je ne suis pas habituée à une représentation négative de Cérès en vieille Cybèle.
De façon générale, cette façon de mêler à la vie des dieux la vie privée des puissants du moment ne donne pas du tout l’impression d’un drame cosmique. C’est un mélodrame auquel les personnages n’ont pas vraiment l’air de croire même s’ils font de grands gestes. Cependant, jouer à reconstituer les deux histoires qui se déroulent est un divertissement plaisant.
Les tableaux sont des copies, les originaux ayant été décrochés sous la Révolution. C’est au Louvre qu’il faudra chercher les toiles acquises par La Vrillière, signées Le Guerchin, Nicolas Poussin, Guido Reni, Alessandro Turchi et Pierre de Cortone. Un détail m’attire dans ces toiles : Marie Cybèle explique que ceux qui sont les seuls à nous dévisager d’un œil admoniteur (qui nous adresse des avertissements) sont le peintre et sa jeune femme Les autres personnages sont regardés ou se regardent. La jeune femme est peinte en sphinx, ce qui est logique puisque le tableau représente le Nil, mais je dois dire que me frappe le geste de l’époux qui la caresse comme une grosse chatte.

Le secret de la banque de France
En 1793, à la mort du fils du comte de Toulouse, l’hôtel est confisqué comme bien national. En 1808, il est racheté par la Banque de France, une banque privée créée par Napoléon pour gérer les réserves d’or et décider de l’émission de monnaie. La Galerie trouve alors une fonction officielle d’accueil des assemblées générales des gros actionnaires.
La banque est nationalisée en 2 étapes. Au moment du Front populaire, une loi réduit le pouvoir des actionnaires et du Conseil au profit de celui de l’Etat. En 1945, la banque est nationalisée afin de faciliter le financement de la reprise économique.
La Banque de France est toujours chargée de garder un trésor de 2500 tonnes d’or. Elle les conserve sous nos pieds dans un lieu appelé « la Souterraine », d’une superficie de plus de 10 000 m2. Cela explique le contrôle strict de nos identités et la vigilance du garde à la sortie.
Terriblement luxueuse, la galerie dorée. Trop ? En tout cas bien accordé à son statut de palais du pouvoir et de la richesse… Curieusement, nous n’y avons croisé que des portiers. Le personnel de la banque est invisible, laissant ce décor de théâtre à sa solitude dorée, comme si les fonctionnaires ne s’y réveillaient que les jours de fête.
Quelques références
Arnaud Manas, 2017, « Les transformations de la Galerie dorée du comte de Toulouse »,https://doi.org/10.4000/crcv.14438
Bertin Georges-Eugène, 1901, Notice sur l’hôtel de La Vrillière et de Toulouse, occupé depuis 1810 par la Banque de France, Paris, Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France.
Saint-Simon Louis de Rouvroy duc de, Œuvres complètes éditées par Cheruel https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70363.texteImage










































































