Au pavillon Sully du Louvre

Par les fenêtres du second étage

Le hasard a récemment fait se croiser la grande actualité politique et ma petite enquête personnelle sur le couple Biard. Je suis allée au Louvre il y a quelques jours pour voir l’original d’une vue du Spitzberg qui me semblait remarquable à en juger par les reproductions disponibles sur le net (Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale). Malheureusement, la salle 66 du pavillon Sully où se trouve le tableau était fermée. Déçue, j’allais d’un endroit à l’autre ne m’arrêtant que lorsqu’un tableau accrochait mon regard pour découvrir de qui il s’agissait. J’errais donc au second étage, lorsque je suis arrivée dans une salle où le Louvre représentait son histoire et ses missions. Il y avait là une petite toile… de Biard, une scène de genre où des gardiens en uniforme rouge essaient d’évacuer la foule à l’heure de la fermeture  du musée ? La toile est assez médiocre, et Biard paraît un peu déconcertant à changer tout le temps de style. On dirait qu’il ne croit pas à ce qu’il fait, mais j’étais venue pour lui et cette coïncidence m’a rendu ma bonne humeur.

Visite au Louvre. François Biard

Quatre heures au Salon (Le salon de  1846 dans la Grande Galerie)

Puisque j’étais là, je me suis approchée des grandes fenêtres : d’un côté, la Pyramide, le Carrousel et au-delà la verdure sombre des Tuileries.

Louvre. Côté Tuileries. Pyramide de Pei

De l’autre côté de la galerie, la Cour carrée dont le pavillon Sully forme le quatrième mur. Lorsqu’on regarde cette cour d’en haut, on ne voit plus vraiment qu’elle est composite, bien que chacun des rois qui ont participé à la construction ait infléchi le projet initial. Il reste le plaisir d’un espace gigantesque et clairement ordonné qui accentue l’impression de petitesse des visiteurs et le côté erratique de leurs déplacements.

Louvre. La cour carrée

La fête de Macron au Louvre

J’étais en avance sur le rendez-vous qu’Emmanuel Macron avait fixé pour fêter sa victoire. Aucune analogie, évidemment, mais le plaisir d’une nouvelle coïncidence : au moment, où je m’intéresse au Louvre comme lieu symbolisant une unité fabriquée à partir de morceaux divers d’architecture, le nouveau président choisissait cet espace pour célébrer sa victoire.

J’ai regardé à la télévision une partie de la cérémonie. Il y avait une telle accumulation de symboles que j’ai eu un vague sentiment d’indigestion, mais je n’étais pas mécontente d’assister à une fête solennelle qui faisait appel à la grande histoire. C’est d’ailleurs ainsi depuis le début du mouvement En Marche, dont je m’étonne qu’on n’ait pas davantage souligné que son nom venait du Livre V des Contemplations de Victor Hugo, manifeste politique autant qu’effort pour surmonter la mort de sa fille.

On dit qu’Emmanuel Macron avait d’abord demandé à organiser sa fête sur le Champ de Mars. Il a gagné au change car le Louvre, qui n’est ni la Bastille de Hollande, ni la Concorde de la droite, évoque la continuité du pouvoir depuis les rois de France jusqu’à Mitterrand.

Pour représenter les enjeux et la majesté du moment, les éclairagistes ont fait un gros travail de scénographie. Pas besoin de sémiologue pour déchiffrer leurs intentions : le nouveau président est sorti de la nuit pour monter vers la clarté. A la télévision, on a suivi sa silhouette solitaire. On a vu Emmanuel Macron traverser lentement l’espace noir de la cour carrée, prendre le temps qu’on perçoive sa démarche appesantie. De gros plans montraient la gravité sur le visage de l’homme à l’éternel sourire. Enfin, on l’a vu sortir des ténèbres pour rejoindre le « peuple » dans la lumière du podium.

Macron est clair, pédagogue, mais ce n’est pas un grand orateur. Il a peut-être, davantage le sens du théâtre. Est-il allé chercher dans le Henri V de Shakespeare, l’idée de la métamorphose d’un jeune homme en homme de pouvoir ? Ou bien a-t-il, comme l’ont souligné les commentateurs, trouvé simplement l’idée chez Mitterrand par-dessus le thème de la présidence « normale ». En tout cas, les Français (ou plutôt les journalistes) ne tarissaient pas d’éloges sur cette mise en scène. Ainsi vont les contradictions : après une campagne électorale où presque tous les candidats ont appelé à plus de démocratie et ont raillé la monarchie républicaine, les commentaires sur la rencontre d’un homme et d’un peuple rivalisaient d’empathie.

J’ai oublié la teneur du discours tenu aux militants. A la fin, sa femme ses enfants et ses petits enfants sont montés sur l’estrade ! Cette fois, je me suis dit : « Franchement, il exagère. On n’est pas encore complètement américanisés ! » Pourtant l’image signifie quand même tout doucement qu’il y a trente-six formes différentes de parentalité et qu’Emmanuel Macron est le grand-père de sept petits enfants dont aucun n’a ses gènes. Montrer que cette tribu est une famille qui va bien en dit plus que de longs discours.

Devant l’estrade, les milliers de personnes qui étaient venues fêter leur victoire agitaient leurs drapeaux tricolores. Ils avaient chanté la Marseillaise à l’annonce des résultats et écouté L’Hymne à la joie qui est aussi l’hymne de l’Europe. C’était une foule plutôt bigarrée, à l’image de la France urbaine qui l’avait élu, et surtout jeune. Elle avait patienté en écoutant un chanteur qui m’était totalement inconnu. Ensuite, était venu le groupe Magic System avec des danseuses dénudées terriblement hollywoodiennes… Nouvelles façons de faire la fête qui n’étaient pas pour moi : la rupture de génération ne pardonne pas ! Cependant, voir des gens heureux est un euphorisant. La fin de la campagne s’était déroulée dans un climat si tendu qu’on voulait croire ce soir-là que ce jeune président serait capable d’apaiser et de rassembler les Français ?

2 réflexions sur “Au pavillon Sully du Louvre

    • Oui. Merci braucoup de rappeler que François Biard est l’auteur d’un tableau célèbre intitulé L’Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, utilisé souvent pour illustrer les histoires de l’esclavage. C’est une commande de la jeune République française et je compte bien aller le voir à Versailles un de ces jours.
      Au fond, c’est comme les images de l’arrivée de Macron au Louvre, fabriquées (mais en est-il d’autres), mais efficaces (nécessaires ?)
      Merci

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