Trois jours dans la région du Puy-en-Velay

Sur la route du retour à Paris, nous avions rendez-vous avec un ami amateur de volcans qui voulait montrer à des copains les traces du volcanisme de la région du Puy-en-Velay. Comme nous avions un jour d’avance sur la rencontre, nous sommes allés voir Polignac et sa formidable forteresse édifiée sur une butte basaltique et protégée par ses falaises escarpées.

Polignac : de la forteresse au château de la Loire

Le soleil inhabituellement chaud de ce mois de mai chauffait à blanc la raide montée qui conduit au promontoire.

Quand nous sommes arrivés là-haut, une famille était en train de partir. Nous sommes restés seuls sur une vaste étendue d’herbe avec du temps pour jouir tantôt de l’âpre forteresse, tantôt du paysage serein…

Forteresse de Polignac. Le donjon

Une partie des bâtiments est ruinée, mais le chemin de ronde, la cour d’honneur ont été restaurés, ainsi que la tour centrale.

Paysage du Velay, depuis le chemin de ronde de la forteresse de Polignac

Heureux d’être loin de la foule bruyante des touristes, nous sommes tranquillement restés en silence à regarder le vieux pays qui s’étendait jusqu’aux monts du Velay, le bleu des montagnes, les mille nuances de verts des champs.

Le paysage est particulièrement beau en mai quand toutes les nuances de vert se partagent les champs

Au 16e siècle, les Polignac ont abandonné leur nid d’aigle imprenable. Les grands fauves féodaux, rançonneurs de voyageurs ont fait bâtir un château plus souriant au bord d’une  Loire somnolente, devenant les premiers occupants d’un « château de la Loire » :

La Voulte-Polignac

L’abandon du métier de brigand seigneurial ne s’est accompagné d’aucun déclin. Les vicomtes de Polignac se rapprochant du pouvoir royal ont obtenu les titres de marquis en 1615, de ducs au 17e siècle, ont été faits princes romains par le pape en 1817. Au 19e siècle, la famille a su prendre le tournant des affaires en nouant des alliances fort utiles avec le champagne Pommery, les machines à coudre Singer, avec les princes de Monaco (un Polignac est l’ancêtre du prince Rainier) et est encore propriétaire de la forteresse.

L’après-midi nous revenons vers le Puy, son église haut-perchée et son énorme statue de fonte qui domine toute la ville

Le Puy depuis le musée Crozatier

Le musée Crozatier

A Paris, le nom de Crozatier est associé aux marchands de meubles du quartier Saint-Antoine. Au Puy, je découvre un Charles Crozatier, fondeur, né en 1875. Bronzier célèbre et fortuné, il a légué beaucoup de ses biens à sa ville natale. Sa veuve a complété ce legs qui a permis la construction d’un nouveau musée. J’aime beaucoup ces musées de provinces voulus par la Révolution pour que tous aient accès à la culture.  Celui-ci hésite un peu entre le musée et le cabinet de curiosités (momie égyptienne, vases grecs, statues médiévales, tableaux, dessins, minéralogie, reconstitution d’un mastodonte d’Auvergne, et objets célébrant la culture d’Auvergne, des carreaux de dentellière aux Vierges Noires

Reconstitution d’un mastodonte d’Auvergne (espèce qui vivait dans le climat chaud et humide qui régnait en Auvergne entre 6 et 2 millions d’années avant notre ère)
Détail d’un vitrail consacré à saint Jean-François Régis « sauveur de la dentelle du Puy (1937)
Vierge Noire (figure remontant à des déesses-mères pré-chrétiennes, ou représentation oxydée ?)

Dans cet inventaire disparate, les costumes en peau de serpent de Jean-Baptiste Courtol et de sa femme attirent l’attention. Orphelin très jeune, JBC fut placé dans une ferme, tira le mauvais numéro à la conscription et dut partir pour la guerre de Crimée. Il y perdit l’usage de sa main droite, gelée, décida de rejoindre sa bien-aimée au Puy-en-Velay et se fit herboriste. Il apprit un jour du facteur que l’administration donnait une prime pour chaque capture de vipère et devint chasseur de serpents en 1889.

Musée Crozatier. Costumes en peaux de vipères de Jean-Baptiste Courtol et de sa femme

Wikipédia dit qu’à sa mort en 1889, il avait capturé 40 000 vipères et vipéreaux et qu’il vivait bien de ses chasses. Il se fit confectionner des vêtements en peaux de serpents et une cape pour sa femme ; il « paradait » dans les rues du Puy en costume de chasseur de vipères. Une vie minuscule, comme celles dont parle Pierre Michon, pourtant pas si obscure car sa réputation lui vaut d’être invité à l’Exposition universelle de Lyon ainsi qu’à Chicago. Et chaque rencontre avec une vipère est un évènement qui vaut bien une grande bataille puisqu’on peut en mourir. D’ailleurs, Jean-Baptiste est mort d’une morsure d’aspic. Sa veuve a légué leurs costumes au musée où on peut toujours les voir. En ce moment, il est le clou d’une grande exposition… sur les serpents.

On trouve bien sûr des sculptures dans ce musée. Comme ces médaillons puissamment individualisés du 16e siècle.

J’augmente aussi ma collection de Mages noirs avec un tableau de Claude Vignon prêté par le Louvre. Les adorations des Mages célébraient la puissance et la sagesse terrestres venus s’incliner devant la gloire de Dieu, fût-elle dissimulée sous les traits d’un enfant misérable. Ce thème reste populaire jusque vers la fin du 18e siècle. A partir du 15e siècle, un noir fait partie des trois rois représentés. Je me suis intéressée à sa couleur car cela signifie que les commanditaires ecclésiastiques associaient les Africains aux sages touchés par la révélation, même pendant la période esclavagiste (cf https://passagedutemps.com/2020/10/15/balthazar-le-mage-noir/)

Claude Vignon, vers 1630, Adoration des Mages (détail du roi noir)

Le 19e siècle a beaucoup aimé les tableaux où Vercingétorix, malheureux au combat, surpasse son vainqueur par sa dignité héroïque. Moins célèbre que le tableau de Royer dont la reproduction ornait les manuels scolaires après la défaite de 1871 contre les Allemands et qui est aussi dans le musée, le tableau de H.P. Motte développe la même thématique de la grandeur dont les Français font montre jusque dans la défaite. Ici, le vaincu domine les vainqueurs repoussés dans les marges du tableau. On ne voit même pas César.

Musée Crozatier. Vercingétorix se rend à César, H.P. Motte 1887

Je ne peux regarder ces tableaux « pompiers », qui représentent Vercingétorix afin de parler de la défaite de Sedan, sans que revienne le souvenir des leçons de patriotisme que la maîtresse nous dispensait dans l’école de village que j’ai fréquentée trois mois et du manuel (de Lavisse ?) illustré par des vignettes qui célébraient les Gaulois et Vercingétorix.

… et puis, dans le musée Crozatier, il y a aussi des tableaux parfaitement intégrés à l’histoire de l’art comme on la raconte au 21e siècle, avec par exemple le rocher et la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe joliment peints par un ami de Signac et de Seurat.

Albert Dubois-Pillet. Le mont Aiguilhe

Le gendarmerie a interdit à cet homme de poursuivre son activité de peintre et l’a muté au Puy. Il est mort à 43 ans de la variole. Je n’oublierai pas la grâce un peu triste de son tableau.

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