Il a neigé à Paris

7 février : La pièce où j’écris donne sur les toits et sur le ciel de Paris. Je regarde le soleil, blanc et bas sur le ciel, les nuages qui glissent lentement de la droite vers la gauche. La neige ne tournoie plus dans le ciel. elle est encore accumulée sur les toits. Tout est blanc et noir.

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Hier, Lulu, âgée de 4 ans et demi était descendue dans la rue. Elle n’en revenait pas de voir tomber des milliers de papillons blancs qui fondaient dans sa main, si légers, si froids. C’étaient ses premiers flocons.

Et moi, je n’en revenais pas du silence des rues débarrassées toute circulation. Rentrer chez moi, c’était comme s’aventurer dans un film ancien, privé de sons et de couleurs… un film d’aventures. Quand je me retournais, je voyais les traces de mes pas et je m’imaginais que j’étais une naufragée du désert qui s’enfonçait dans le Sahara à la recherche d’une oasis.

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Le lendemain matin, j’habitais une ville métamorphosée. Les trottoirs étaient ensevelis, les couleurs estompées. Il ne restait que du blanc pour éclairer, du noir pour le rythme, du beige pour les façades. Un champ de neige menait au pavillon Ledoux. Je l’ai traversé à petits pas à cause des plaques de verglas. De toute façon, personne ne respectait les heures de rendez-vous et on pouvait garder le temps de rêver.

20180207_Place de la RéunionJe me répétais « blanc comme la neige, noir comme les arbres, beige comme la pierre », mais  le mot « neige » imposait le rouge cruel du conte de Grimm: « Oh, puissè-je avoir une enfant aussi blanche que la neige, aussi rouge que le sang et aussi noire que le bois de ce cadre ! »  La petite fille qui naquit avait les lèvres aussi rouges que le sang que sa belle-mère rêvait de faire couler.

De retour à la maison, je retrouvais les critiques en boucle de la radio : « A Moscou et à Montréal, ça ne se passerait pas comme ça. Une armée de chasse-neige prêts à intervenir aurait nettoyé la ville. » Inutile de faire remarquer que dans une capitale où il neige seulement deux jours les années exceptionnelles, l’entretien d’une flotte de chasse-neige coûterait des millions d’euros et que, les mêmes qui accusaient, se plaindraient des impôts !  Chacun se répandait sur les ondes en se demandant ce que pouvaient bien faire les fonctionnaires (qu’on avait envoyés vivre dans des banlieues lointaines où ils étaient bloqués comme les banlieusards rouspéteurs). On accusait les autorités d’insuffisance : «  Je paie des impôts et c’est le bordel ! »,« Vous avez voté l’incompétence au pouvoir, vous l’avez ! » Par ailleurs, tous ces Parisiens oubliaient volontiers que la loi enjoint à chacun de déblayer le trottoir devant son habitation.

Bref ! Je m’étonnais une fois de plus de voir les mêmes mots de ras-le-bol, calvaire appliqués sans distinction aux sans-abris qui n’avaient pas de logis pour se protéger, aux personnes qui avaient dû faire quelques kilomètres dans la neige avant de rentrer dans leur appartement, et aux voyageurs dont les trains avaient pris deux heures de retard.

Au bout de quelques jours la douceur est revenue. La glace s’est changée en boue sur la chaussée, l’eau a commencé à dégoutter des toits. L’hiver était terminé !

Au revoir, à bientôt.

J’ai pris l’habitude de rythmer les mois par l’écriture de petits billets. Aujourd’hui, je mets entre parenthèses ce blog.

 

Une réflexion sur “Il a neigé à Paris

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