L’ Autre Marais : du village Saint-Paul à l’Arsenal

Par certains côtés, ce début du 21ème siècle s’apparente au Moyen Âge : les écarts de fortune sont à nouveau démesurés. Google, qui aspire toutes nos données et les recrache en formatage publicitaire, est comme une de ces entités seigneuriales ou religieuses qui dominaient les paysans et leur imposaient croyances et règles de vie.

A l’école, j’avais appris que le grand mouvement d’émancipation avait commencé dans les villes, qu’elles avaient été les chaudrons d’où était sorti le monde moderne, les bourgeois arrachant peu à peu à leurs seigneurs des chartes où étaient énumérées les nouvelles franchises. Cela donne envie de parcourir de près cette histoire.

Pourtant, à Paris la réalité m’apparaît plus enchevêtrée car des pans entiers de la ville étaient la propriété de riches abbayes ou de puissants seigneurs. Un jour, j’essaierai de lire comment se sont articulés l’appel urbain à la liberté et les anciennes servitudes. Un homme qui déchargeait des sacs de grain pour l’abbaye d’Ouscamp ou pour l’abbayé de Sainte Geneviève, grand propriétaire de la rive gauche, était-il un franc bourgeois ou un serf de l’abbaye ?

Pour l’heure, nous voulions seulement parcourir un petit morceau du quatrième arrondissement qui conserve encore les traces du Paris médiéval et les mêlent à des entreprises plus récentes. Nous avons flâné de l’Hôtel de Sens au Port de l’Arsenal en passant par la muraille de Philippe Auguste et le village Saint-Paul, dans le quartier situé à droite de saint-Antoine.

 

Tournant le dos aux rues les plus célèbres, nous avons pris la rue du Prévôt, étroite, haute et sombre et qui malheureusement sent l’urine par endroits, pour le plaisir de rêver aux tortueuses rues médiévales. Rue du Prévôt dite rue PercéeIl y avait même à côté des lettres blanches sur fond bleu format obligatoire pour les plaques de rues, l’ancien nom, gravé à même la pierre, ruë Percée.

 

 

 

Rue du Prévôty3Il date sans doute de l’ordonnance de police de 1729 qui obligea à inscrire les noms des rues. On trouve ça et là dans Paris des traces de cette époque.

L’Hôtel de Sens : l’architecture médiévale civile

Sauf le nom d’un quai, il ne reste rien du port des Célestins, tel qu’il existait au Moyen Age, rien de cette Seine chargée de bateaux qui déversaient toute sorte de marchandises sur les pontons. Mais du Moyen Age subsiste encore l’Hôtel de Sens, bâti pour l’ecclésiastique le plus puissant de France, puisque l’archevêché de Sens comprenait jusqu’en 1622, sept diocèses Chartres, Auxerre, Orléans, Meaux, Nevers, Troyes et… Paris. Ce bâtiment de style flamboyant a été occupé par Marguerite de Valois, passée à la postérité sous le nom de reine Margot grâce au roman d’Alexandre Dumas. Son mariage avec Henri IV fut déclaré nul par l’Eglise en 1599 parce que la reine ne donnait pas d’héritier à la couronne. Le divorce, bien négocié par Marguerite en échange d’une pension importante lui permit de poursuivre une vie agréable. Ayant obtenu son retour à Paris, elle s’installera un an dans ce palais, avant de faire construire sa demeure en face du Louvre où elle mènera une vie de cour brillante.

Restauré, l’Hôtel de Sens abrite la bibliothèque Forney. Ce sera pour une autre fois. Aujourd’hui, nous nous contenterons d’une pause en contre-bas de la rue dans le jardin de buis de l’Hôtel.

Rue des Jardins Saint-Paul : un vestige de la muraille du 12e siècle

Nous sommes juste à l’arrière de Saint-Paul, église massive, chargée d’un dôme qui domine tout le quartier.

rue des Jardins Saint-Paul. Enceinte

Quelques gamins jouent au foot de l’autre côté de la grille, au pied d’une longue muraille qui est un vestige l’enceinte de Philippe Auguste.

 

 

 

 

 

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Philippe Auguste a régné entre 1180 à 1223. Il est le premier des grands rois parisiens. Il a fait entourer Paris d’une muraille de 5, 1 kilomètres de long et de 9 mètres de haut. De grosses tours ont été implantées tous les 60 mètres. Il s’agissait déjà de défendre Paris contre les envahisseurs anglais.

C’est aussi le roi qui fait édifier un fort puissant à l’emplacement du Louvre. Une fois l’aspect défensif assuré, ses successeurs se préoccuperont des églises et des palais.

Dès Charles V, il faut bâtir une nouvelle enceinte car la ville a débordé, mais les traces de la première enceinte se retrouvent un peu partout : au Louvre dans la cour carrée, on voit ainsi l’emplacement du donjon de la forteresse et 20 rue Estienne Marcel, la base d’une tour dite tour de Jean Sans Peur. Rue des Jardins Saint-Paul, la muraille et les tours, auparavant confondues avec les maisons, ont été dégagées et elles ont encore l’air redoutables.

Le village Saint-Paul

Situé entre les rues St-Paul, Ave Maria, Charlemagne et les Jardins St-Paul, le village Saint-Paul, où les voitures ne pénètrent pas, est un dédale de ruelles, de culs de sacs, de cours intérieures qui communiquent entre elles.

L’origine du village est religieuse : une basilique dédiée à Saint-Paul-de-Tébaïde au VIIe siècle. Après la construction des remparts de Philippe Auguste (1190-1209), le Village Saint-Paul sera nommé Saint-Paul hors les murs. Choisi par Charles V comme lieu de résidence en 1360, le Village Saint-Paul sera même la paroisse des Rois de France de 1361-1559. Puis il déclinera doucement, deviendra insalubre. Mais en 1980, quelqu’un a eu l’idée de rénover ces maisonnettes sans les jeter à bas, sans tailler, sans réorganiser, sans faire pousser deux ou trois immeubles. Le Village Saint-Paul devient alors un espace préservé, à l’écart de l’agitation de la rue Saint-Antoine. Des boutiques de designers, de brocanteurs et d’antiquaires  ont pris possession des rez-de chaussée. Bien sûr, on peut soupirer. Encore un quartier pour touristes qui vend des objets destinés à remplir des appartements déjà envahis de souvenirs ! Certaines de ces boutiques essaient cependant de renouveler le genre comme la Boutique des Inventions (13 Rue Saint-Paul, Cour intérieure Orange) qui sélectionne les objets pratiques et insolites conçus par des inventeurs en mal de distributeurs comme le pic-à-pain, moins encombrant que la corbeille, le drap de plage à piquets, utile par grand vent, ou l’imperméable qui change de couleur sous la pluie et devrait réconcilier les bambins avec un temps maussade.

 

 

 

 

 

D’autres sont particulièrement raffinées, ainsi au 23 rue Saint-Paul, Bien Fait, boutique de décors muraux. Après la visite, on s’arrête à l’Inattendu pour boire un café ou pour déjeuner sur le pouce d’une bruschetta.

Dans une des cours, il y a un arbre vigoureux qui donne envie de rester tranquille pour lire sous son ombre. Je crois que c’est un orme, ce qui me réjouit parce qu’il me semblait que les ormes avaient disparu, décimés par un champignon.

Village Saint-Paul Cour Rabelais

On se sent bien dans ces courettes qui font penser à des courettes de village.

cour village Saint Paul

Le Marais, c’est aussi la mémoire des années sanglantes de la dernière guerre. Il n’y a pas d’école sans une plaque à la mémoire des enfants juifs de ce quartier, massacrés pour la plupart après avoir été déportés. Dans la charmante rue Eginhard avec sa fontaine, ses arbres et ses oiseaux, une rescapée, Sarah Zajdner, a fait poser une plaque en souvenir de sa famille, son père et ses trois frères assassinés à Auschwitz. Le souvenir de ceux qui n’ont pas de sépulture est ainsi rappelé, alors que sont bien oubliés les noms de leurs bourreaux.

rue Eginhard Fontaine (1)

Rue Eginhardt mémorial Zajdner

L’Arsenal

Au bout de ces rues on débouche  sur des quais inondés de lumière. C’est l’ancien port de l’Arsenal, reconverti en port de plaisance et en jardin public. Le bassin a été construit à l’emplacement d’un fossé de l’enceinte de Charles V. Au 18ème siècle, on envisage de relier le canal d’ l’Ourcq vers la Villette et la Seine. Ce sera le canal saint-Martin, construit entre 1822 et 1825.

L'Arsenal

Il fait bon, il fait chaud, les dernières fleurs s’épanouissent au soleil. Les couples, les copains, les solitaires qui écoutent leurs baladeurs ou qui lisent sont là.

Arsenal. JArdin du port (1)

Ils se reposent sur les marches en regardant les péniches

Arsenal. Péniche habitée (1)

et les premières feuilles rouges.

 

Arsenal

Tout le monde sourit parce qu’on est en octobre et qu’il fait beau.

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