Souris dans un appartement parisien

En janvier 2021, quand nous sommes retournés à Paris après les fêtes, H.V. que nous hébergions et qui était resté dans l’appartement, nous a accueillis d’un air préoccupé :

« Mauvaise nouvelle, a-t-il dit. J’ai vu une souris dans la cuisine »

Une souris, c’est mignon, tout petit, peu dérangeant et nous les célébrons dans les films pour enfants et dans les peluches.

Deux souris aux Champs Elysées 25 sept 2015, journée sans voitures

Oui ! une souris n’a rien de redoutable, mais toutes les trois semaines une femelle met au monde une douzaine de souriceaux, dont à peu près la moitié va à son tour faire de même ! Voir une souris, c’est prévoir la prolifération qui va s’en suivre.

J’ai vérifié tous les placards, inspecté les moindres recoins. Il n’y avait aucune trace suspecte. Les souris n’avaient pas touché aux provisions. J’ai presque été vexée de voir que rien ne les attiraient. Elles sont peut-être habituées aux pizzas, burgers et aux petits gâteaux d’autres habitants de l’immeuble.

Trois jours ont passé et nous avons découvert des crottes dans le salon sous des coussins du canapé. Tout a été fouillé. Nous avons trouvé quelques flocons de poussière et un vieux stylo, mais rien d’autre.

Mon mari a installé une tapette qui avait servi des années auparavant dans la petite ville où nous vivions. Nous avons mis des bouts de fromage. Bien sûr, c’était pénible d’infliger une mort cruelle à de pauvres bestioles, mais que faire d’autre ? La nuit, nous guettions le couinement des souris prises au piège. En vain. Quelques jours à nouveau, et un soir, dans la cuisine, une souris a refait une apparition. Elle a tout de suite filé derrière le réfrigérateur.

Avec un sentiment de quasi panique, mon mari a couru chez le dératiseur qui lui a vendu un gros sac de sachets de poison et d’appâts. « Il en faut pour toutes les pièces, pour tous les placards, partout où des souris peuvent passer. Elles ne résisteront pas à nos pièges », a-t-il dit. Et il ajouté : « cela fait 400 euros. » Nous avons disposé les pièges. Il y en avait partout, mais pas une souris n’est venue les visiter.

Des amis nous ont donné de sages conseils :  « Adoptez un chat, a dit l’un. De préférence une chatte ; ce sont de meilleures chasseuses ». « Moi j’ai mis un tapis de glu sur leur passage. Ça a été radical. » Ils ont vanté les boîtes avec aliments empoisonnés, les ultra-sons. Notre fille a préconisé les huiles essentielles car « les souris détestent particulièrement l’odeur de menthe poivrée » Une semaine a passé sans que rien ne change. Quelques traces au salon. Les pièges ne fonctionnaient pas. Le découragement s’est installé « – Au moins, la menthe, ça sent bon, a dit notre fille. » La menace que faisaient planer les envahisseurs exerçait une emprise constante sur notre vie. Chaque fois qu’on ouvrait la porte on s’attendait à être accueillis par une horde de souris en furie…

Le dératiseur de l’immeuble est venu. Après avoir tout regardé, installé ses propres pièges, il a dit « Je ne suis pas inquiet. Je crois que votre souris est une souris perdue,  sinon vous auriez déjà une invasion ! »  

Une souris perdue, ça change tout. Cela m’a rendue la souris sympathique ; je crois que c’est à cause de la complainte de Mandrin qui va être pendu et qui demande à ses amis de prévenir sa mère :

Ils m’ont jugé à pendre, ah, c’est dur à entendre
À pendre et étrangler sur la place du, vous m’entendez

À pendre et étrangler sur la place du marché

Monté sur la potence, je regardais la France
J’y vis mes compagnons à l’ombre d’un, vous m’entendez
J’y vis mes compagnons à l’ombre d’un buisson

Compagnons de misère, allez dire à ma mère
Qu’elle ne m’reverra plus, j’suis un enfant, vous m’entendez
Qu’elle ne m’reverra plus, j’suis un enfant perdu

Désormais, je pense à la souris perdue qui erre dans les étages de l’immeuble sans jamais retomber sur ceux qu’elle aime.  Elle ne trouve pas l’issue du labyrinthe qui lui rendrait son groupe et s’accroche à la piste qui la ramène régulièrement chez nous. Elle vient nous rendre visite tous les trois, quatre jours. Un chapelet de crottes signale son passage, ou bien elle fait une apparition rapide dans la cuisine et disparaît aussitôt. Elle ne s’attaque à rien et retourne dans les espaces interstitiels laissés entre les étages par la poussière de bois et le ciment effrités.

Un matin cependant, j’ai trouvé des bouts de papier déchiquetés devant une des bibliothèques de mon bureau. Je me suis précipitée. J’ai fébrilement dégagé la grosse Encyclopédie dite de Trévoux (achetée une misère chez un bouquiniste et qui a la noble allure des livres reliés au dix-huitième siècle). Les volumes sont intacts, mais la souris a construit un nid dans l’espace qui se situe entre les livres et le mur.

Et voilà,  sa chambre de souris, c’était là.

D’où pouvaient venir ces papiers couverts d’une écriture manuscrite ? J’ai tout de suite su : dans la bibliothèque d’à côté, il y a une boite à chaussures où nous gardons nos anciennes lettres d’amoureux. Le couvercle était bien en place et pourtant une fois ôté, on a vu que les lettres avaient été rongées. Dans un coin du carton, il y avait quelques rubans de papier prêts à être emportés vers le nid.

Ces lettres, nous les avions gardées sans les relire comme si elles enfermaient pour toujours la joie extraordinaire de l’amour qui se confondait avec notre jeunesse. Désormais, la boîte contient des lettres trouées, des morceaux de passé incohérents. Pourtant, nous l’avons remise à sa place.

Ayant ainsi dévoré un peu de notre vie, la souris a déménagé. En tout cas, elle n’est plus jamais revenue.

9 réflexions sur “Souris dans un appartement parisien

    • Je ne suis pas sûre que c’est l’aspect « littéraire » de nos lettres qui lui plaisait (littérature bien emphatique et non exempte de clichés en tout cas). Je l’ai perçue plutôt comme une souris mangeuse de passé (et c’est troublant, je t’assure !)

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  1. « Loir dans un chalet Megevan »

    Dans ma lingerie au sous sol, ou je conserve le linge propre lave repasse, je trouve de tres grosses crottes de souris.

    Je relave les draps, les nappes, seche, repasse. Je pense que le proprietaire des crottes n’a pas aime l’odeur de tres propre des piles de linge, et j’oublie.

    Quelques jours plus tard, un de mes fils se plaint que le paquet de biscuits qu’il cachait dans son placard avait ete entamme « et en plus, il y a des traces de dents!! »

    On vide donc tous les placards de l’etage de leurs chambres, nettoye, range (bonne idee de ranger ce fourbi) et retire tous les biscuits caches.

    L’animal etait deja monte d’un etage. Je l’attends de pied ferme dans la cuisine, au dessus des chambres des enfants.

    Tot- trop tot- un matin d’hiver , a un moment ou je commence le petit dejeuner, pas encore bien reveillee, J’ouvre un tiroir et je hurle. Mon cri attie toute la maison Mari en train de se raser, les enfants encore moins reveilles que moi, a moitie -au quart habilles-.

    -Il me regarde -Qui? Lui! Il me regarde dans ce tiroir!

    Tout le monde se penche pour Le voir. Un joli loir a la fourrure brillante- evidement, il a ete bien nourri. Il a encore plus peur que moi, il me regarde de ses yeux maquilles de noir, et je vois son pauvre petit coeur battre. C’est lui qui va avoir une crise cardiaque.Le tiroir referme, il faut prendre une decision.

    J’appelle un ami veterinaire, et lui explique la situation. Pas de probleme me dit il, je t’envoie ce qu’il faut pour t’en debarrasser..

    Je n’ose plus ouvrir mes tiroirs, mais je fais un inventaire de mes placards. Il prefere un cake dodu aux fruits, C’est le seul gateau qui est goute.

    Quand le produit arrive, j’appelle mon ami. Et ca va lui faire quoi, au loir? Eh bien ce que font les produits contre les rongeurs! Ca les tue! Tu pensais quoi? Je sais pas, moi, que ca le ferait dormir, c’est un loir tout de meme, et c’est l’hiver!

    Apres consultation familiale, il nest pas question que ce pauvre petit soit assassine dans ma maison.

    Mari va chez le quincailler acheter un piege a rat. . Je vide completement mes placards, place un morceau de cake aux fruits dedans, installe la trappe d’entree. Une fois entre, plus de sortie possible.

    Le lendemain matin, petit loir est coince dans son piege, -Tu as vu comme il respire? Il a peur- Evidement qu’il a peur.- du bout du doigt, a travers les mailles, les enfants le carressent.

    Bon, et qu’est ce qu’on va faire maintenant? Il fait moins 15 dehors, il va mourrir tout de suite si on le met dans la neige..

    Mari mets piege-et loir- dans la voiture, va dans un hameau a quelques kilomeres- Le piege sous l’anorak, choisit une fenetre aux carreaux casses d’une ferme, -La jument d’Ambroise lui dit que c’est pas encore l’heure du repas, les petites tarines levent leur muffle mouille- -T’es qui toi?

    La trappe d’ouvertue est relevee juste devant la fenetre, Il faut le pousser pour qu’il en sorte.

    De la chaleur, du foin a volonte, des mangeoires ou s’installer. Et des greniers pour faire des rencontres.

    Nous aimons penser que dans une ferme d’alpage du Plan, il y a maintenant une jolie famille de loirs qui se transmettent leur histoire de terreur dans les tiroirs et de voyage en voiture .

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