Le prix de la reine-claude

Septembre 2026

Aujourd’hui, c’est jour de marché. Certains commerçants n’ont pas honte d’afficher des reines-claudes à 11 euros.  11 euros vraiment ?

Je passe mon chemin, et je trouve des prix moins déraisonnables, mais j’ai du mal à absorber ce qui arrive.

Notre maraîcher vend ses tomates 7 euros : il a eu la sécheresse, l’été a été si chand que ses tomates n’ont pas poussé et hier, les sangliers assoiffés ont retourné la terre et ont dévasté un champ en quelques heures. Quand il est arrivé le matin, il a eu envie de tout arrêter. Bien sûr, il va replanter, mais combien de fois ! Il en veut aux sangliers et aux lois qui interdit de les abattre.

Bon. Je vais quand même acheter quelques tomates. Au moins, celles qui ont poussé sont savoureuses.

Ceux qui ont un niveau de vie moins confortable que le mien renoncent au marché de plein air et vont acheter au supermarché de quoi faire manger les enfants :les grandes surfaces sont moins chères que les petits producteurs et les haricots surgelés sont encore abordables !

Et voilà comment le réchauffement climatique n’est plus seulement le souvenir d’un été brûlant. Il accélère la décomposition du centre-ville et nous pousse à renoncer au marché.

Mon cœur d’avare

L’expression « avare de bouts de chandelle » désigne une personne qui cherche à faire de petites économies insignifiantes, des « économies de bouts de chandelle » et qui dépense une énergie qui pourrait être mieux employée pour sauver des sommes dérisoires. Je me reconnais dans cette radinerie. A l’époque où l’on allumait encore le gaz avec des allumettes, quel plaisir j’avais à sauver des allumettes déjà employées. Je les sauvegardais dans une soucoupe. Si un deuxième feu brûlait sur la cuisinière, je les retournais pour les allumer par l’autre bout.

Aujourd’hui, je garde les élastiques que les maraichers emploient pour nouer des bottes de légumes et je réutilise comme sacs poubelles les sachets des commerçants.

Je me sépare difficilement de la vaisselle ébréchée. J’ai encore le vieux pied d’un mixer plongeant alors que nous en avons acheté un nouveau plus efficace, « parce que ça peut toujours servir. ».

En forêt, j’adore ramasser du muguet, des châtaignes, des champignons et je suis la première à repérer des fraises des bois que je savoure, même si elles sont desséchées.

Ces manies parcimonieuses me ramènent au temps où toute une génération pratiquait la chasse au gaspillage. Dans le tiroir de son buffet, ma grand-mère accumulait des boutons dépareillés, serrés dans une boîte de pastilles, des bouts de ficelle roulés en pelote, des vis, un mètre de couturière, des piles dont personne ne savait si elles marchaient encore, des clés qui n’ouvraient plus rien depuis vingt ans, des cartes postales que je lui envoyais et encore un tas d’objets dont je ne me souviens pas. Le refus de jeter allait de pair avec une épargne permanente. Ma grand-mère calculait tout. Son repas du soir était fait de chicorée au lait et de tartines de beurre (car depuis la fin de la guerre, on ne l’économisait plus le beurre !). Moi, j’avais de la soupe.

Quand j’étais petite, nous n’étions pas riches, pourtant j’ai le souvenir de n’avoir été privée de rien. Peut-être étions nous trop occupés à imaginer un avenir meilleur pour manquer de quelque chose. C’est ce qui rend impossible la comparaison entre nos années d’après-guerre et cette rentrée 2026, où tant de gens constatent, avec amertume, qu’ils seront plus pauvres que leurs parents.

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