Paris-Avranches. Aller-retour

Nous sommes allés voir nos enfants à Avranches. Huit jours d’accalmie loin des orages sociétaux qui s’abattent sur Paris. On a quitté les entassements de poubelles, les graffitis appelant à la désobéissance au nom du droit à vivre des années heureuses de retraite, la tension palpable dans les rues.

Paris mars 2023. Grève des éboueurs contre l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites

En Normandie, les gens commentaient le printemps qui n’en finissait pas d’hésiter. De fait, un jour, il était là ; le lendemain, l’hiver menaçait de griller les repousses. A Paris, l’hiver ne me dérange pas. C’est un intermède entre deux espaces de chaleur, métro, appartements, cafés… Ici, le froid paraît plus mordant. Les ramilles des grands chênes sont encore nues et ne montrent qu’une dentelle noire.

Les arbres en mars

Il fallait s’approcher des saules pour voir les chatons qui avaient l’air de sortir de baguettes, mais quand même, les talus sont couverts de primevères. Les jonquilles commencent à défleurir et à leur tour les stellaires (je ne suis pas sûre du tout du nom) envahissent les talus. Je me demande pourquoi les fleurs de mars sont blanches et jaunes dans ce pays et pourquoi il faut attendre mai pour les coquelicots ?

Ce mois, premier mois de l’année, porte le nom du dieu de la guerre puisque les offensives militaires sont à nouveau possibles après la trêve hivernale.

On attendait la pluie et personne ne s’en plaint. Les Normands devenus experts en nappes phréatiques, savent qu’il n’y a pas assez d’eau pour bien passer l’été.

Stellaires

A la ferme, le seul défilé était celui des poules.

Le Défilé des poules

Les habitants donnaient l’impression de vivre, pas de survivre. Le temps n’était pas un problème. Le barbecue durerait ce qu’il durerait pour avoir de bonnes braises ! Et s’il fallait déjeuner à trois heures, ça laissait du temps pour la conversation.

Hasard de cette famille, sans doute. Mais c’était bien d’oublier la pression des horaires.

Nous  voici de retour à Paris. Mon logement n’a rien à voir avec une maison de famille où se sont déroulées les histoires de sept générations, inséparables de l’amour du lieu. Pas de chambre d’enfant tapissé de papier peint bleu pâle aux motifs fleuris ; pas de petits guéridons qu’on a toujours vus avec une pile de journaux, pas de buffets trop gros dont on ne se séparerait pour rien au monde, ni de grand-mère assise dans un fauteuil jaune qui attend éternellement votre arrivée. Comme beaucoup de gens des villes, j’ai déménagé plus de dix fois. Je suis passée de la Bretagne, à la région parisienne, à Nice, puis à Aix-en-Provence, avant de revenir à Paris. Je ne sais pas répondre à la question : « D’où-es-tu ? ». Je n’appartiens à aucune région. Mais tout de même, je vis depuis plus de 25 ans dans cet appartement et j’ai l’impression de rentrer chez moi quand j’ouvre la porte. Oserais-je écrire que j’appartiens à l’appartement. Hasard de mots qui ne sont pas apparentés : appartement vient du latin pars apparenté à partiri qui signifie « diviser » . C’est une partie d’un grand logis », explique Furetière au 17ème siècle ; Appartenir vient du latin pertinere « s’étendre de façon continue », « s’appliquer à, tendre à ». De là, le sens moderne « être la propriété de ». L’évidence de leur forme les rapproche pourtant.

4 réflexions sur “Paris-Avranches. Aller-retour

  1. Les premières fleurs du printemps, on ne les voit guère en ville, quelques lueurs colorées au détour des mini jardins sauvages improvisés au pied des arbres à Paris.
    Rien de comparable aux belles floraisons des terres méridionales , jasmin, amandiers…
    Je pense à Proust qui se promettait quand il serait grand « et même à Paris, les jours de printemps, au lieu d’aller faire des visites et écouter des niaiseries, de partir à la campagne voir les premières aubépines  » ( Du côté de chez Swann , La Pléiade, p.139)

    J’aime

    • La semaine était pluvieuse et froide. Comme la pluie ne durait pas toute la journée, on pouvait quand même se promener un peu, mais sur la grève, même le Mont Saint-Michel se jouait de nous. Tout à coup, le brouillard l’avalait, l’annulait.
      Le printemps de Combray dans mon souvenir était déjà bien fleuri… entre autres, bien sûr, d’aubépines ! Mais c’était juste avant Pâques !

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.