Poitiers, la ville aux cent clochers

Notre-Dame la Grande (en travaux) dont on ne voit que le clocher…

Vous avez certainement fait cette expérience d’une ville dont vous n’attendiez rien de spécial et qui vous séduit de plus en plus à mesure que le temps passe. Invitée pour une soirée d’étude, j’ai pris le temps de me promener à Poitiers avec un plaisir que chaque heure accroissait.

Le cœur historique de la ville s’élève au sommet d’un éperon rocheux haut de 120 mètres qui rejoint la ville par « les escaliers du diable » permettant de couper les lacets de la route.

Une ville à vivre

Je me suis retrouvée dans une ville universitaire charmante où il y a moins de retraités grisonnants que de jeunes gens, moins d’automobiles que de vélos. On va on vient. On s’arrête sur un banc pour voir les pigeons au bain. Au 137, de la Grand Rue, après des dizaines de galeries, boutiques bohèmes, petits restaurants, on fait une halte devant la vitrine d’une des dernières fabriques artisanales de parapluies.

On observe les allées et venues des gens à vélo et à pied, indifférents au séjour de Jeanne d’Arc dans leur ville, mais qui vous renseignent aimablement sur la plus belle rue où voir les maisons à colombages.

Rue de la Cathédrale. Emplacement de l’hôtellerie de la rose où Jeanne d’Arc a été logée.
Maison à colombages

On prend le temps d’un café au soleil. L’automne est délicieux car le beau temps n’est plus synonyme de chaleur brûlante.

Le palais d’Aliénor d’Aquitaine

Oh ! On allait passer sans entrer car de l’extérieur on voit un palais de justice de sous-préfecture. Or, la façade rajoutée dissimule une des entrées du palais d’Aliénor d’Aquitaine. A présent que le palais de justice a déménagé, on peut accéder à la grande salle gothique de 50 mètres de longueur sur 17 mètres de largeur où se rassemblait la cour d’Aliénor. La poussée féministe fait reparler de la duchesse, occupée de politique et pas seulement de vers de troubadours.

Aliénor, mariée très jeune à un fils de Louis VI le Gros devient vite reine de France à à la suite de la mort accidentelle du frère aîné de son mari et de la mort de son beau-père. Quinze ans plus tard, elle accompagne son mari à la seconde croisade, mais s’oppose à ses choix stratégiques. De son côté, Louis VII, fâché de ne pas avoir de fils (et lassé des infidélités de sa femme), finit par demander le divorce. Il l’obtient en 1152, sous prétexte d’un lien de consanguinité.  Deux mois plus tard, Aliénor se remarie avec le futur Henri II d’Angleterre, ce qui entraînera comme on sait cent ans de guerre entre les Anglais et les Français. Plus tard, (1173-1174), la reine sera emprisonnée pendant 15 ans par son second époux après la révolte de ses fils, alliés à des barons aquitains Elle profite dès 1189 de son veuvage pour reprendre les rênes de son Aquitaine, pour conseiller son fils Richard, nouveau roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, puis pour venir en aide à son dernier fils Jean sans Terre ayant succédé à Richard, mort prématurément en 1199. Jusqu’à la fin de sa vie en 1204, Aliénor tente de soustraire son duché à la convoitise de Philippe Auguste, nouveau roi de France.

Poitiers. Grande salle du Palais d’Aliénor d’Aquitaine

Baptistère, cathédrale et musée

On ne visitera pas Notre-Dame la Grande en travaux, mais au bas de la pente, un baptistère (le plus ancien d’Europe, explique la personne de l’accueil).

A l’intérieur, un bric à brac de sarcophages mérovingiens et des fresques fort bien conservées à la gloire de saint Jean le Baptiste… A ma grande honte, j’ai imaginé que les touffes qui sortaient des buttes de terre représentaient les fumerolles d’un volcan menaçant. Il s’agissait de touffes d’herbes.

Tout près se trouve la cathédrale Saint-Pierre. A l’extérieur, trois portails sculptés et peu endommagés : un peuple de statues sort des tombeaux pour le jugement dernier. L’artiste exprime l’énergie harmonieuse des corps… bien loin des clichés sur les figures grotesques de l’époque médiévale.

Tout près un de ces jolis musées de province qu’on visite sans en sortir épuisé, en compagnie de quelques amateurs. A Poitiers, il y a bien sûr des œuvres puissantes de Camille Claudel, depuis La Valse jusqu’à cette Niobide blessée qui meurt solitaire.

Camille Claudel. Niobide blessée

Mais je me suis arrêtée aussi devant des œuvres « mineures », de celles qui souvent ne vous arrêtent pas. Un petit cervidé mérovingien :

Musée Sainte-Croix. Cervidé mérovingien

Un chapiteau facétieux qui représente une scène de dispute que des épouses essaient d’interrompre.

La Dispute. Chapiteau 11e ou 12e siècle

… un sabbat chez les sorcières…de je ne sais de qui. Les diables qui accompagnent les dames (la jeune, nue sur son balai, la vieille, plongée dans un grimoire) sont sympathiques. Ce tableau n’est pas là pour effrayer. Ceux qui l’ont acheté ont-ils pris le risque d’être dénoncés ou bien la grande période de persécution était-elle finie ?

Musée Sainte-Croix. Le sabbat. Fragment

…l’incroyable tableau de Broc, Apollon et Hyacynthe : Hyacinthe était aimé d’Apollon et de Zéphyr. Il préféra Apollon et se mit à jouer au disque avec lui. Le dieu du vent, jaloux, dévia le coup d’Apollon qui blessa mortellement son amant. La tendresse évidente entre les deux hommes, les teintes pastels qui transforment en douce étreinte les derniers moments d’Hyacinthe, et même l’écharpe rose du dieu Zéphyr font de ce tableau un tendre manifeste homosexuel.

Au pied de la butte, la ville moderne sans forme avec ses entrepôts, ses hangars, ses hôtels bon marché, et puis la gare et Paris à 1h 40.

Je reviendrai à Poitiers.

3 réflexions sur “Poitiers, la ville aux cent clochers

  1. Ce petit mot de la gare de Poitiers où j’ai passé de mon plein gré 2 jours de villégiature. Je partage tout à fait tes impressions, en plus froid (fin novembre oblige). J’ai même failli acheter un parapluie local ! On pourrait ajouter qu’on peut s’y nourrir très bien pour beaucoup moins cher qu’à Paris!

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