A la recherche du passé disparu. Les plus anciennes maisons de Paris

Rue François Miron : le Moyen Age reconstruit

Les guides emmènent les touristes visiter les numéros 11 et 13 de la rue François Miron situés sur l’axe Est-Ouest de Paris. Leurs colombages sont, disent-ils, de remarquables « témoins de l’architecture médiévale parisienne ». Le principe de construction repose sur une ossature de bois massif, généralement du chêne, sur laquelle viennent s’insérer des remplissages en torchis, en briques ou en plâtre. En fait, les immeubles, peut-être édifiés à la Renaissance, ont été refaits entièrement et leurs colombages en forme de croix de Saint-André ne datent que de la restauration de la fin des années 1960. Je ne sais pas si la restauration est de surface ou si elle a concerné le squelette de la maison.

immeuble de la rue François Miron : A l’enseigne du mouton

La maison qui se voulait médiévale dans la rue Volta

La rue Volta, étroite et ténébreuse, correspond parfaitement à notre représentation du Paris médiéval. On a longtemps cru que le numéro 3 remontait aux environs de 1300. Cette conviction s’est installée sous le Second Empire, à une époque où Hugo et ses amis cherchaient à protéger le Paris médiéval menacé par les destructions haussmanniennes. Quoi de plus mobilisateur que de défendre la plus ancienne maison de Paris !

Mais en 1979 une historienne découvrit un acte notarié établissant que le numéro 3 avait été construit en 1644, sur un terrain vierge. Son propriétaire, un menuisier, avait reproduit le style architectural médiéval, notamment les colombages interdits pourtant depuis 1607 à cause des risques d’incendie.

Ainsi, même au 16ème siècle, le Moyen Âge parisien pouvait être une recréation.

La maison du 3 rue Volta reconvertie en restaurant asiatique

Nicolas Flamel fait construire en 1407 la maison la plus ancienne de Paris

La véritable  plus ancienne maison de Paris se situe dans la partie prospère de la rue de Montmorency qui va de la rue Beaubourg à la rue des Archives, et qui comporte un bel hôtel où Nicolas Fouquet Madame de Sévigné ont vécu.

La maison construite en 1407 se trouve au numéro 51. Surprise : sa façade est en pierre de taille. Rien ici du pittoresque médiéval attendu.

Son commanditaire, Nicolas Flamel (1330-1418), était copiste et écrivain public avant de devenir libraire-juré de l’Université de Paris. Vers l’âge de quarante ans, il épousa Pernelle, une veuve aisée. Sans enfants, les époux multiplièrent fondations pieuses, chapelles, stèles et œuvres charitables. De cet ensemble ne subsiste aujourd’hui que la maison du 51 rue de Montmorency.

Maison de Nicolas Flamel

Cette générosité se situe au croisement de deux réalités : la profonde misère parisienne et la piété du couple.

Comme aujourd’hui, Paris regorge de gens venus de partout chercher du travail et qui servent de main d’œuvre bon marché. Au 15eme siècle, ils parlaient béarnais picard, bourguignon… et souvent les patrons les désignaient du nom de leur province d’origine. Les plus miséreux gagnaient à peine de quoi manger et erraient d’abris en abris, chassés par les propriétaires dès qu’ils ne pouvaient plus payer leur loyer.

Flamel et sa femme se souciaient des pauvres, et ils craignaient aussi pour le salut de leur âme. Ils espéraient être accompagnés, après leur mort, des prières des nécessiteux qu’ils avaient aidés et qui plaideraient pour eux au moment où il leur faudrait affronter le jugement de Dieu.   Une inscription longtemps dissimulée sous un mauvais badigeon le rappelle :

«Nous homes et femes laboureurs demourans ou porche de ceste maison qui fut faite en l’an de grâce mil quatre cens et sept somes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une paternostre et un ave maria en priant Dieu que sa grâce face pardon aus povres pescheurs trespasses Amen.

Dans sa Description de la ville de Paris (1434) citée par Wikipedia, Guillebert de Mets confirme l’existence de ces oeuvres charitables (en ligne sur princeton.edu [archive]) :

Gobert le souverain escripvain qui composa l’art d’escripre et de taillier plumes, et ses disciples par leur bien escripre furent retenus des princes, comme le jeune Flamel, du duc de Berry ; Sicart, du roy d’Angleterre ; Guillemin, du grand ministre de Rodes ; Crespy, du duc d’Orléans ; Perrin de l’Empereur Sigemundus de Romme » – « Item Flamel l’aisné, escripvain qui faisoit tant d’aumosnes et d’hospitalitez et fit plusieurs maisons ou gens de mestiers demouroient en bas et du loyer qu’ils paioent, estoient soutenus povres laboureurs  en haut. »

Nicolas, dans sa jeunesse, s’était lancé à corps perdu dans le travail, avait voulu compter dans la société, avait fait des affaires encore et encore ! Mais après la mort de Pernelle, le vieil homme avait peut-être voulu racheter son « moi » volontariste et orgueilleux et faire sienne la parole du Christ : « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre car le royaume de Dieu est à eux ». Cependant il demeurait homme d’affaires : c’est le loyer perçu par la boutique située au rez-de-chaussée qui devait financer l’hébergement gratuit des travailleurs pauvres du quartier.

La naissance d’un alchimiste

Nicolas Flamel fut enterré à l’église de Saint-Jacques -la Boucherie ; il avait fait sculpter, au flanc nord de l’église,  un portail orné de sculptures où il s’était fait représenter en compagnie de son épouse Pernelle. L’église fut détruite à la fin de la période  révolutionnaire et seul subsiste le clocher, la tour Saint-Jacques qui continue d’aimanter les rêveries parisiennes.

Sa pierre tombale est aujourd’hui conservée au musée de Cluny.

À sa mort, Flamel laissa de nombreuses propriétés. Pourtant, les historiens soulignent aujourd’hui que sa fortune fut probablement exagérée. Sa réputation de richesse naquit autant de l’imagination populaire que de la réalité de ses biens (voir l’excellente notice Wikipédia)

Mais les gens aiment les fortunes mystérieuses. On en vint bientôt à murmurer qu’il devait sa richesse à la découverte de la pierre philosophale, capable de transformer les métaux en or. En 1612, parait à Paris un livre attribué à Nicolas Flamel, le Livre des figures hiérogliphiques (aujourd’hui considéré généralement comme une œuvre de Béroalde de Verville). Le texte explique ce que l’on appelle en Alchimie « le Grand Œuvre », c’est à dire la réussite parfaite de la transmutation du plomb en or.

Dès lors, Nicolas Flamel devient le grand alchimiste français et sa fortune littéraire lui vaut l’immortalité que l’occultisme n’a pu lui donner.

Les Romantiques s’emparent du personnage. Gérard de Nerval en fait un homme ayant vendu son âme au diable pour obtenir l’or ; d’autres, comme Amans-Alexis Monteil, imaginent en lui un sage immortel détenteur de secrets qui permettent de voir ce que la société cache.

Aujourd’hui,  dans Harry Potter, J. K. Rowling reprend le mythe : Nicolas Flamel y apparaît comme le créateur de la pierre philosophale, cachée à Poudlard pour empêcher Voldemort de s’en emparer. La pierre est finalement détruite pour empêcher qu’elle ne tombe entre de mauvaises mains, mettant ainsi fin à l’immortalité de Flamel et de sa femme.

Les historiens contre les rêves

Les historiens sont terribles : en quelques articles, ils dissipent les mythes.

La maison de la rue François-Miron n’a que des colombages récents.
La prétendue maison médiévale de la rue Volta date du 17ème siècle.
Nicolas Flamel ne fut probablement jamais alchimiste.
Et il n’habita sans doute jamais la maison de la rue de Montmorency.

Pourtant, malgré les archives, malgré les dates, malgré les preuves, nous, promeneurs naïfs, continuons à nous raconter ces histoires que récuse l’Histoire.

Gérard de NervalNicolas Flamel, 1828.

Alexandre DumasLa Tour Saint-Jacques, 1856[108].

 Wikipédia (Nicolas Flamel, une notice remarquable)

Monteil, Amans -Alexis , 1846-1847 , « Le Souffleur », Histoire des Français des divers états, ou Histoire de France aux cinq derniers siècles. [Tome 2] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k92241f/f424.item.r=Amans%20Alexis%20MonteilFlamel%20flamel)

Rowling,

Au Marais, dans l’hôtel de Beauvais

Situé dans la jolie rue François Miron, l’Hôtel de Beauvais est un chef d’œuvre de l’architecture du 17e siècle. Rénové depuis quelques années, il abrite depuis 2004 la Cour administrative d’appel de Paris. Le lieu n’est théoriquement pas accessible, mais des visites sont organisées par les savants conférenciers de l’Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique qui se font un plaisir de montrer le bâtiment tout en rappelant son origine scabreuse.

L’Hôtel de Beauvais a tout pour séduire les piétons de Paris. Sa beauté bien sûr, mais aussi l’ascension sociale surprenante de celle qui l’a fait édifier. On peut se faire une idée de sa vie grâce à Jules Cousin « L’Hôtel de Beauvais, rue Saint-Antoine » (1864. Extrait de la Revue universelle des arts.», Bruxelles, Mertens et fils,)

L’ascension de Catherine Bélier

Catherine Bélier (ou Bellier), dite Cateau-la-borgnesse parce qu’elle était borgne ou parce qu’elle souffrait de strabisme, fille d’un fripier, épouse en 1634 le marchand de rubans Pierre Beauvais, deviendra baronne, se fera construire un palais et ce, dans la société de caste du 17ème siècle où pareille ascension sociale paraît improbable.

Vers 1650, Catherine Bélier est la femme de chambre d’Anne d’Autriche, chargée en particulier de la purger (ce qui à l’époque est à la fois fréquent et douloureux puisqu’il faut introduire un clystère dans un derrière). Son toucher délicat et sa propreté font merveille. Une relation étroite se noue entre la reine et sa femme de chambre. Elle est évoquée dans des stances obscènes :

STANCES A MADAME DE B*** SUR SON ADRESSE A DONNER DES LAVEMENTS

Vous qu’on ne peut assez louer
Et que le Ciel voulut douer
De vertus, d’appas et d’adresse,
Que votre sort me semble doux.
Voyant qu’une grande princesse
Ne saurait se passer de vous.

Il faut bien que dans ses besoins
Elle ait éprouvé que vos soins
luy sont tout à fait nécessaires,
Puisqu’on tient même pour certain
Qu’elle ne fait point ses affaires.
Que quand vous y mettez la main.

Par là vous estes bien en cour,
C’est ce qui fait que chaque jour
La Reine vous reçoit au Louvre.
Et qu’un chacun estant couché,
Fort souvent elle vous découvre
Ce qu’elle tient de plus caché.

Dans cet employ qui vous plaît tant,
Votre esprit seroit plus content,
Si ce n’estait qu’il appréhende
Parmy les soins que vous prenez
Que sur l’heure elle ne vous rende
Ce que parfois vous luy donnez.

Ne vous tourmentez qu’à propos,
Et pour vivre plus en repos,
Mettez toute crainte en arrière,
Puisque si l’objet de vos soins
Vous tourne parfois le derrière,
Il ne vous en aime pas moins.

Vous devez pourtant redouter
Qu’une autre pour vous supplanter
Ne vous dresse enfin quelque piège,
Car les esprits seront jaloux
Qu’une Reine vous offre un siège
Lorsqu’elle vous voit à genoux.

Suitte du nouveau recueil de plusieurs et diverses pièces galantes de ce temps, mdci.xv, citée par Jules Cousin (1864 :6)

Portrait présumé de Catherine Bélier

Catherine Bélier a sûrement des qualités qui en font une confidente appréciée. Bien qu’elle soit déjà âgée, laide, peut-être borgne, ou justement parce qu’elle est âgée, laide, borgne et ne risque pas de séduire le prince, Anne d’Autriche s’adresse à elle pour initier son fils à l’amour : Louis se fait grand et on ne lui connaît pas d’activité sexuelle… La régente a de quoi s’inquiéter car elle a l’expérience de son mari si peu attiré par les femmes qu’il lui a fallu vingt-deux ans pour concevoir un fils. En 1654, Anne d’Autriche demande donc à sa confidente de lui prodiguer quelques leçons. On imagine les promesses échangées avec la reine :

– Je suis toute à Votre Majesté et je tirerai bien volontiers Votre Majesté d’embarras

– Faites et vous assurez la couronne. La France saura se montrer reconnaissante

–  Votre Majesté agit sagement en s’adressant à une vilaine crapaude comme moi. Il n’y a pas de risque que son fils tombe amoureux d’une femme de quarante ans dont les yeux ne sont même pas capables de regarder du même côté, mais j’ai la main douce et je mettrai du cœur à l’ouvrage.

Puis Catherine Bélier s’assure en deux phrases de la complaisance de son mari.

– Il s’agit de sauver l’Etat !

– Et mon honneur, Madame ?

– Si vous voulez bien ne pas vous alarmer, il y a de l’argent à gagner. Et un titre de baron.

Cela a suffi sans doute. Catherine Bélier se glisse dans la chambre du jeune Louis. Avant que le jour ne se lève, Cateau et Louis se sont embrassés, caressés, mordillés, chevauchés car l’élève se révèle fort intéressé aux jeux de l’amour. Catherine peut rassurer la reine qui tient ses promesses. Pierre Beauvais devient conseiller du roi et baron. Grâce à une forte somme d’argent, sa femme achète ce qui deviendra l’hôtel de Beauvais sur  la Grande rue traversière de Paris qui va d’est en Ouest, la rue Saint-Antoine. (Plus récemment, la portion sur laquelle s’élève l’hôtel a été renommée rue François-Miron). Les travaux commencent en 1656. Madame la baronne demande et obtient gratuitement des pierres primitivement destinées au Louvre et qui atterrissent sur le chantier de l’hôtel de Beauvais.

Par manque de place, l’architecte Lepautre n’a pas bâti le corps principal entre cour et jardin, comme il était d’usage sous Louis XIV. La façade surplombe la rue. C’est une façade  classique qui n’a de remarquable qu’un balcon à encorbellement, ornement rare à l’époque.

Par Antoine Lepautre Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11552636; voir Blondel, Jacques-François, 1652, L’Architecture française, t.2, 121.

Au rez-de-chaussée. Encadrant la porte d’entrée sur la rue, on trouve quatre arcades. Cateau est madame la baronne, mais elle a le sens des affaires. Elle fait construire des boutiques pour les louer à des artisans. C’est un scandale  pour un « vrai » noble qui vit des revenus de ses domaines et qui oublie que son  merveilleux désintéressement n’est possible que parce qu’il pressure ses manants ! (Il faudra plus d’un siècle pour que le duc d’Orléans, très endetté, se lance à son tour dans la location des rez-de-chaussée du Palais Royal).

Quand, le 26 août 1660, Paris oublie la Fronde pour fêter le mariage de Louis XIV avec Marie Thérèse par un beau cortège qui va de la place du Trône (aujourd’hui place de la Nation) au Louvre, Catherine  Bélier est autorisée à convier la crème de la cour à voir passer le défilé depuis le balcon principal de l’hôtel de Beauvais (On se rappelle que le balcon donnait sur la rue). Anne d’Autriche, la reine d’Angleterre et sa fille, Mazarin, Turenne et d’autres dignitaires sont là. Catherine-Henriette Bellier a soin de se tenir un peu en arrière et de se contenter de jouir de l’honneur que la présence de tous ces grands personnages fait à sa maison.

La fortune de la baronne de Beauvais se poursuit. Elle fait construire un second hôtel pour son fils qui é été élevé avec le roi à l’indignation perceptible de Saint-Simon qui concède toutefois que le capitaine se souvient de la distance infranchissable qui sépare un homme de peu d’un seigneur authentique :

Son fils, qui s’était fait appeler le baron de Beauvais, avait la capitainerie des plaines d’autour de Paris Il avait été élevé, au subalterne près, avec le roi ; il avait été de ses ballets et de ses parties, et, galant, hardi, bien fait, soutenu par sa mère et par un goût personnel du roi, il avait tenu son coin, mêlé à l’élite de la cour et depuis traité du roi toute sa vie avec une distinction qui le faisait craindre et rechercher. Il était fin courtisan et gâté, mais ami à rompre des lances auprès du roi avec succès, et ennemi de même; d’ailleurs honnête homme, et toutefois respectueux avec les seigneurs. Je l’ai vu encore donner les modes (1.124)

La Bruyère raille peut-être sous les traits d’Ergaste  sa « faim insatiable d’avoir et de posséder ». Trait de famille, semble-t-il.

Louis XIV n’avait pas gardé un mauvais souvenir de son initiatrice à qui il rend visite quand il passe dans le quartier ; elle gardera aussi le privilège d’assister à son lever. Cateau, malgré son visage bouffi, son nez épaté, ses grosses lèvres, son œil borgne, devait évidemment avoir des talents capables de faire plaisir à un homme. Il semble de surcroit qu’elle n’était pas sotte et toute sa vie montre combien elle aimait avidement les plaisirs de ce bas monde ce qui en faisait sûrement une personne réjouisssante. De l’aveu de saint-Simon qui n’est pas connu pour son esprit charitable, c’est « une « créature de beaucoup d’esprit, d’une grande intrigue, fort audacieuse, qui eut le grappin sur la reine-mère, et qui était plus que galante… »2.  Mémoires ch. 7 tome 1 p. 69

Je l’ai encore vue vieille, chassieuse et borgnesse, à la toilette de Mme la dauphine de Bavière où toute la cour lui faisait merveilles, parce que de temps en temps elle venait à Versailles, où elle causait toujours avec le roi en particulier, qui avait conservé beaucoup de considération pour elle. »

Le dénouement est moins joyeux. Madame de Beauvais, ruinée par le goût du jeu et par de jeunes amants dispendieux, meurt à 76 ans à Arrou en Eure-et-Loir. En fin de compte, elle avait peu résidé dans son bel hôtel, car le Marais était passé de mode.

On retrouve en 1755 l’Hôtel de Beauvais lorsqu’il est loué au comte d’Eyck, ambassadeur du duc de Bavière, qui le transforme en tripot, ce qui est parfaitement légal vu le privilège d’extraterritorialité dont jouit monsieur l’Ambassadeur. En novembre 1763, le comte, et sa femme qui aime jouer du clavecin, accueillent pendant cinq mois Wolfgang Mozart âgé de 7 ans, et sa sœur Marie-Anna qui a dix ans. Les Mozart ont peut-être habité le deuxième étage et en tout cas, ils ont joué dans cet hôtel.

En 1943, la mairie de Paris achète l’hôtel une bouchée de pain à la famille juive Simon, après la déportation du fils de la famille. Dans l’après-guerre, l’hôtel devient un immeuble de logements locatifs. C’est un bâtiment défiguré que la municipalité veut faire démolir avant de se raviser. Après sa rénovation en 2004 il accueille la Cour administrative d’appel de Paris.

Le palais baroque de l’architecte Lepautre

La façade de la rue est assez classique. L’intérieur du bâtiment est totalement séduisant.

Hôtel de Beauvais. La cour depuis le péristyle

L’architecte Lepautre pour s’adapter au manque d’espace a dû renoncer aux symétries classiques. Il a dessiné une cour en forme de triangle arrondi en son sommet, à laquelle on accède par un péristyle orné de colonnes. Le lieu est à la fois clos et ouvert. Le mur du fond est encadré par de vastes fenêtres de forme concave et ceux qui ont décrit cour et péristyle ont comparé l’ensemble à une scène de théâtre :

De l’entrée de ce péristyle, la perspective de la cour produit un effet surprenant. Encadrée par les lignes sévères du porche et favorisée par le demi-jour de cette espèce d’avant-scène, cette décoration théâtrale étonne et séduit le regard ; elle se détache, prend du fond, comme une vue d’optique parfaitement à son point.

L’ornementation et tout aussi remarquable avec des colonnes, des sculptures, et  une frise où alternent de nobles lions bien classiques et des têtes de béliers qui semblent une allusion au patronyme de Catherine Bellier.

Les mascarons de la cour seraient des portraits : à côté de la vilaine face de Catherine Bélier figurerait  la tête distinguée de la reine-mère, sa protectrice.

Les décors intérieurs ont disparu. L’appartement principal du premier étage, donnant sur la rue, est occupé par la grande salle du tribunal qu’un président, épris d’art moderne a fait décorer par Bernard Pifarretti.

On voit encore deux beaux escaliers, le premier, monumental à souhait ; le second,  mon favori, un escalier ovale à vis et rampe en fer forgé.

Inattendues, les superbes caves gothiques sur lesquelles repose le fond de la cour subsistent intactes. Elles appartenaient à une maison de l’abbaye de Chaalis qui y stockait des denrées alimentaires.

 

Les habitants des demeures ordinaires sont oubliés et disparaissent de nos mémoires. Il en va autrement des habitants des palais. Parce qu’un guide et quelques documents trouvés sur internet m’ont restitué un peu du passé des fondateurs du bel hôtel de Beauvais, j’ajoute désormais au plaisir de le contempler, le plaisir du roman de la vie de Cateau, faite baronne pour avoir su purger la reine-mère et dépuceler son fils.