Place Vendôme

Je mets rarement les pieds dans le quartier Vendôme où les grands joailliers comme Chopard et Bréguet ont leurs boutiques, quartier tellement inséparable de l’opulence capitaliste mondialisée, que je n’ai rien à faire là. Bertrand Dreyfuss, un ami historien récemment disparu à qui je dédie ce billet, m’y a pourtant amenée un jour, en me rappelant que ce lieu avait longtemps été associé aux Lumières et à la Révolution française, plus tard à la Commune qui avait fait abattre la colonne Vendôme, symbole du militarisme de Napoléon ;

Depuis le 8 place Vendôme.

Colonne Vendôme. Depuis un hall d’immeuble

le quartier peut rappeler aussi les chemins de traverse qu’empruntait Victor Hugo pour retrouver Léonie Biard.

Place Vendôme

L’architecte Jules Hardoin a conçu cette place carrée à angles coupés en 1699 à la demande de Louis XIV. Il avait imposé le grand goût classique aux futurs propriétaires des immeubles : les nouveaux bâtiments, aux façades édifiées avant même les immeubles pour s’assurer qu’elles seraient identiques sont imposants, tout en étant rythmés par des pilastres monumentaux et par les lucarnes du dernier étage. Le nom d’origine de Place des Conquêtes célébrait les exploits guerriers de Louis XIV. Mais dès le XVIIIe siècle, la dénomination actuelle s’imposa d’après le nom de l’Hôtel du duc de Vendôme, fils d’Henri IX et de Gabrielle d’Estrée.

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Un voyage dans le passé révolutionnaire

Tandis que nous parcourions le quartier, Bertrand ravivait le souvenir de l’époque, invisible pour les passants pressés, où le quartier était le cœur de la révolution. En 1792, la place Vendôme fut rebaptisée place des Piques parce que les têtes coupées de deux gardes du roi y furent promenées au bout de piques. C’est aussi le nom dont fut baptisée la section des Piques, une des 48 sections qui avaient remplacé les anciens districts subordonnés à l’Etat et qui étaient devenus une instance politique majeure. 3 540 citoyens de toute condition participèrent à la Section des Piques. Robespierre, qui habitait alors tout près, chez le menuisier Duplay, au 398 rue Saint Honoré, en faisait partie. Bertrand m’avait montré la cour intérieure sur laquelle donnait la fenêtre de sa chambrette. « Il a habité là pendant trois ans », avait-il dit. Dans cette chambre minuscule, il n’y avait guère de place que pour un lit et sans doute une écritoire. La chambre d’un juste, qui vivait la vie modeste du peuple qu’il prétendait représenter ? Celle d’un ascète inquiétant, étranger aux aspirations normales des gens ?  Le logis de Duplay est une des rares demeures des grands acteurs de 1789 qui subsiste. Les maisons de Danton, de Marat, de Saint-Just ont disparu. Du moins, le souvenir du premier subsiste dans ce bâtiment du Ministère de la Justice où il avait installé le gouvernement provisoire de la République au lendemain du 10 août.

Le club des Jacobins qui a joué le rôle de laboratoire politique n’est plus là non plus. Il se trouvait à l’emplacement de l’actuel Marché Saint-Honoré dans l’ancien couvent des Dominicains, désaffecté après la confiscation des biens du clergé en octobre 1789. Le club des Amis de la Constitution avait alors loué ce couvent et prit le nom de club des Jacobins (d’après l’autre nom donné aux Dominicains). Fermé un peu après la chute de Robespierre le 9 Thermidor, le club a été rasé et on a aménagé à sa place le Marché du 9 Thermidor. Aujourd’hui, la halle chic qui occupe l’emplacement a été rebaptisée Marché Saint-Honoré.

marché St Honoré

Le lieu où a siégé la Convention à partir de 1793 n’existe plus. C’était aux Tuileries, au niveau du 230-232 rue de Rivoli, dans la Salle du Manège qui a brûlé pendant la Commune, en 1871.

A la section des Piques, il y avait beaucoup d’anonymes et quelques célébrités. En septembre 1792 ; Sade en a été le secrétaire en 1792 et il y a lu son Discours aux mânes de Marat et de Le Pelletier, lors d’une cérémonie organisée en hommage aux « deux martyrs de la liberté ». Ce qui me touche, c’est que Sade ait coexisté avec Robespierre et peut-être discuté avec lui. Evidemment, ils étaient contemporains, engagés tous les deux ; et tous deux ont mis leur vie en jeu dans cette époque brûlante.

Plus de pierres, plus de murs et de porches, ni de salles. Restent des noms, rue Neuve-des-Petits-Champs, rues Sainte-Croix, de l’Égout, Neuve-des-Mathurins, de la Ferme, Thiroux, Caumartin, Trudaine, Boudreau, Basse-du-Rempart, des noms, et encore, ils mutent au gré des changements d’opinion. Oui ! Certains noms concentrent les émotions. Au lieu de de dire Place des Conquêtes, on a trouvé commode de dire place Vendôme, puis ce souvenir de l’ancien régime a paru insupportable et on a préféré place des Piques. La Restauration a ramené Vendôme. En 1871, les Communards ont abattu la colonne qui célébrait les « vainqueurs de la boucherie d’Austerlitz » et pour célébrer l’humanité, ils ont choisi Place Internationale. Avec le triomphe des Versaillais, retour de Vendôme et nous y sommes toujours.

« C’est un joli métier que tu exerces, Bertrand, avais-je dit à notre ami. Tes mots font revivre les morts. Ils ont ressuscité pour un moment une époque terrible qui a vu trembler les puissants. Moi, je n’ai pas ton sens de la résurrection. Dans le temps même où je t’écoute, je vois les vitrines qui me rappellent le vitrage du Grand Hôtel de Balbec contre lequel se pressent les gens ordinaires afin d’apercevoir la vie luxueuse des dîneurs.

 »Betrand Dreyfuss. Chez AngelinaProust qui comparait la salle à manger de l’hôtel à un aquarium et les riches à des monstres marins ajoutait “ (c’est) une grande question sociale de savoir si la paroi de verre protègera toujours le festin des bêtes merveilleuses et si les gens obscurs qui regardent avidement la nuit ne viendront pas les cueillir dans leur aquarium et les manger”.

Léonie Biard et Victor Hugo : une pensée pour une femme vaillante

Aujourd’hui, je suis retournée place Vendôme, malgré le sentiment de vide que laisse la disparition de Bertrand Dreyfuss. J’ai marqué une halte au numéro 8 où le peintre Biard avait son atelier. On se souvient davantage de sa compagne Léonie d’Aunet Biard, née Thévenot d’Aunet  que sa biographe désigne comme l’autre passion de Victor Hugo.

8 place VendômeHall 8 place Vendôme (2) (1)

Quand le poète l’avait rencontrée vers 1841, Léonie était auréolée de gloire en raison de ses aventures dans le Grand Nord. Première femme à avoir traversé le cercle polaire arctique, elle était petite et fine, avec des cheveux clairs, un profil d’enluminure, une souplesse de valseuse.

Elle aimait raconter son voyage à bord de la corvette la Recherche. Le botaniste Paul Gaimard, chef de la Commission scientifique du Nord cherchait un peintre qui l’accompagne dans les régions nordiques et s’était adressée à Léonie pour qu’elle décide son compagnon, le peintre François Auguste Biard, à faire partie de l’expédition. Or, Léonie négocia son propre départ et obtint satisfaction contre la coutume de ne pas emmener de femme à bord des navires de l’État… En juin 1839, le couple s’était embarqué à Hammerfest en Norvège, suffisamment au nord pour qu’une femme soit présente à bord d’un navire de la marine royale sans qu’elle ait à se cacher. Léonie d’Aunet put donc visiter l’île du Spitzberg puis traverser la Laponie  à cheval et en canot, avant de revenir vers Stockholm pour rentrer à Paris au début de 1840. Le voyage était éprouvant et dangereux. Les glaces manquèrent d’emprisonner la corvette et les hommes d’équipage s’interrogeaient sur les chances de survie d’une jeune femme « pâlotte, menue, maigrelette, avec des pieds comme des biscuits à la cuiller, et des mains à ne pas soulever un aviron (Voyage, p. 181) ». Comme dit un timonier, cette femme « avec sa mine mièvre de Parisienne, elle est frileuse comme une perruche du Canada ». Lorsque la corvette se dégage et que le groupe parcourt la Laponie, la nature est tout aussi hostile, imposant de traverser marais et cours d’eau à des voyageurs qui doivent se remettre immédiatement à marcher dans leurs vêtements trempés pour se réchauffer. Mais l’endurante Léonie a vu aussi des spectacles inouïs dont elle rendra compte dans son Voyage au Spitzberg, publié en 1854, comme sa description du palais des glaces, changeant continuellement d’aspect et décourageant  les efforts du peintre comme ceux de l’écrivain.

Les glaces du pôle qu’aucune poussière n’a jamais souillées, aussi immaculées, aujourd’hui qu’au premier jour de la création, sont  teintées des couleurs les plus vives ; on dirait des rochers de pierres précieuses : c’est l’éclat du diamant, les nuances éblouissantes du saphir et de l’émeraude confondues dans une substance inconnue et merveilleuse. Ces îles flottantes, sans cesse minées par la mer, changent de formes à chaque instant ; un mouvement brusque, la base devient sommet, une aiguille se transforme en un champignon, une colonne imite une immense table, une tour se change en escalier ; tout ceci si rapide et si inattendu qu’on songe malgré soi à quelque volonté surnaturelle présidant à ces transformations subites [III] Je voyais se heurter autour de moi des morceaux d’architecture de tous les styles et de tous les temps : clochers , colonnes, minarets, ogives, pyramides, tourrettes, coupoles, créneaux, volutes, arcades, frontons, assises colossales, sculptures délicates comme celles qui courent sur les menus piliers de nos cathédrales, tout était là confondu, mélangé dans un commun désastre. Cet ensemble étrange et merveilleux, la palette ne peut le reproduire, la description ne peut le faire comprendre (Voyages ; éd 1855, p. 173-4)

La chute du paragraphe évoque la commune entreprise qui unit François Biard et Léonie d’Aunet. De fait, à son retour le peintre réalisera plusieurs toiles qui représentent les paysages désolés du grand nord et qui font un peu penser à Caspar David Friedrich. Au musée de Dieppe, la présence humaine est réduite à quelques silhouettes fragiles perdues au milieu des vagues de glace, des formes fouettées par le vent qui se dressent menaçantes.

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À Paris, Léonie d’Aunet, enceinte, avait épousé François Biard avant la naissance de leur fille. Au début tout allait bien. Le couple était à la mode. Dans les salons, dans les fêtes, tous les regards se focalisaient sur la première femme à avoir rejoint le Spitzberg et qui parlait si bien de son voyage. Les tableaux se vendaient.

Biard n’est pas apprécié des critiques contemporains. Pourtant le portrait de sa femme n’a rien de conventionnel. On peut penser que l’époux a su capter quelque chose du moi profond de Léonie. La jeune femme qui nous regarde gravement nous touche par-delà la mort.

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Cependant François Biard commençait à être jaloux et à maltraiter Léonie. Des accès de colère de plus en plus fréquents à propos de tout et de rien. Elle avait parlé un peu trop longtemps avec un jeune homme, elle avait dansé deux fois avec un ami du couple, elle avait souri à ses plaisanteries. Elle ne voyait pas venir les crises. Elle ne savait pas les arrêter. Au début, elle n’avait rien  dit; elle attendait que ça passe. Toutefois elle n’était pas une personne à supporter l’humiliation et à se laisser interdire tout contact avec les autres. C’est alors que Victor Hugo la rencontra.

J’avais trente-neuf ans quand je vis cette femme.
De son regard plein d’ombre il sortit une flamme,
Et je l’aimai

Léonie abandonna l’atelier de la place Vendôme, demanda la séparation de corps et de biens et s’engloutit dans le bonheur de son amour pour Hugo. Les lettres qui se succèdent donnent l’impression d’une tornade de sentiments. En voici deux :

Samedi – trois heures du matin. Je rentre.

J’ai ta lettre. Cette douce lettre, je l’avais lue aujourd’hui dans tes yeux. Que tu étais belle tantôt aux Tuileries sous ce ciel de printemps, sous ces arbres verts, avec ces lilas en fleurs au-dessus de ta tête. Toute cette nature semblait faire une fête autour de toi. Vois-tu, mon ange, les arbres et les fleurs te connaissent et te saluent. Tu es reine dans ce monde charmant des choses qui embaument et qui s’épanouissent comme tu es reine dans mon coeur.

Oui, j’avais lu dans tes yeux ravissants cette lettre exquise, délicate et tendre que je relis ce soir avec tant de bonheur, ce que ta plume écrit si bien, ton regard adorable le dit avec un charme qui m’enivre. Comme j’étais fier en te voyant si belle! Comme j’étais heureux en te voyant si tendre !

Voici une fleur que j’ai cueillie pour toi. Elle t’arrivera fanée, mais parfumée encore ; doux emblème de l’amour dans la vieillesse. Garde-la ; tu me la montreras dans trente ans. Dans trente ans tu seras belle encore, dans trente ans je serai encore amoureux. Nous nous aimerons, n’est-ce pas, mon ange, comme aujourd’hui, et nous remercierons Dieu à genoux.

Hélas ! Toute la journée de demain dimanche sans te voir ! Tu ne me seras rendue que lundi. Que vais-je faire d’ici là ? Penser à toi, t’aimer, t’envoyer mon coeur et mon âme. Oh! De ton côté sois à moi! A lundi ! — à toujours ! »

                                  Victor Hugo

Et la réponse de Léonie

Cette Fleur me touche droit au coeur, tu es l’air que je respire, la lumière qui me donne la joie de vivre. Ce dimanche, en accompagnant ma chère sœur chez le coiffeur, tu me manquais tellement, tu hantais mes pensées. Le temps s’écoulait si lentement sans toi, j’attends avec impatience d’être entre tes bras, si doux, si chaud. Je garderais cette fleur pour le reste de ma vie, en pensent chaque jour à la chance que la vie ma donnée de te rencontrer.

Il faudrait citer tous les poèmes de Victor Hugo dont la rhétorique a moins vieilli et qui disent sans mièvrerie l’éblouissement de l’amour :

C’était la première soirée
Du mois d’avril
Je m’en souviens mon adorée
T’en souvient-il ?
Notre-Dame parmi les dômes
Des vieux faubourgs
Dressait comme deux grands fantômes
Ses grandes tours
La Seine découpant les ombres
En angles noirs
Faisait luire sous les ponts sombres
De clairs miroirs

Mais François Biard fait suivre sa femme afin de démontrer son infidélité et d’éviter de payer une pension pour ses deux enfants. Le 3 ou le 4 juillet 1845 (la date est incertaine), accompagné d’un commissaire de police, François Biard fait irruption dans une chambre meublée du passage Saint-Roch pour faire constater le flagrant délit d’adultère.

passage Saint Roch (1)Il découvre que l’amant est Victor Hugo, lequel Victor Hugo sort de sa poche sa carte de Pair de France. Il n’est pas inquiété en raison de son immunité parlementaire.  Si la loi épargne le pair de France, elle s’acharne sur la femme.

Aujourd’hui, le passage Saint-Roch est tranquille. Un clochard y a trouvé refuge. Sur le mur de l’église quelqu’un a tracé une inscription optimiste.

Passage Saint Roch graffiti

L’avenir de Léonie est plus sombre. Elle est enfermée deux mois et demi à Saint-Lazare, prison des femmes prostituées (aujourd’hui la médiathèque Françoise Sagan a remplacé la prison). Il faut l’intervention de la duchesse d’Orléans, sœur du roi, pour que le mari se laisse acheter et accepte en échange de commandes officielles que la peine de l’épouse infidèle soit commuée. Elle passe encore quatre mois au couvent des Augustines. Livrée aux bonnes sœurs, la pute devient une pécheresse qu’il faut ramener au Seigneur. Bien sûr, elle perd la garde de ses enfants, et Biard n’est plus tenu de l’aider. On peut voir dans la Galerie de Minéralogie du Museum des scènes de chasse au Grand Nord qui sont le prix de la délivrance de sa femme. Elles sont médiocres et menteuses. Le peintre représente des scènes de chasse alors que le récit de voyage de son épouse dit explicitement que les rennes avaient déserté le Spitzberg. Une jeune femme blonde s’occupe d’un chien. Est-ce que le peintre a voulu représenter Léonie ? On sait qu’il lui laissera en fin de compte élever ses enfants…

François Biard. Chasse au Spitzberg

François Biard. Scènes au SpitzbergVictor Hugo s’était réfugié chez sa maîtresse officielle, Juliette Drouet. A-t-il versé des larmes pour Léonie ou s’est-il surtout préoccupé que Juliette Drouet, ne sache rien ? Il a en tout cas cherché avec succès à empêcher que son nom soit divulgué dans la presse.

Aujourd’hui, le pouvoir patriarcal est en miettes. L’adultère n’est plus un crime ; les femmes partagent la puissance parentale avec les hommes, on a peine à imaginer la férocité de la société du XIXe siècle. Certaines femmes ont pu s’épanouir dans la société du XVIIIe siècle à la fin de l’Ancien Régime. Au XIXe, ne reste que la domination. Malheur à celles qui s’obstinent à vivre pour elles-mêmes.

Réfugiée chez une tante, Léonie d’Aunet reprend pourtant ses relations avec Victor Hugo jusqu’au départ en exil de l’écrivain après le coup d’Etat du futur Napoléon III. Adèle Hugo, la femme légitime, se rapproche d’elle, l’aide comme elle peut. La rupture intervient quand Léonie propose de rejoindre Victor Hugo en Belgique et que le poète envoie Adèle lui expliquer qu’il ne dérangera pas l’équilibre de sa vie pour elle. Léonie ne le reverra jamais, même si la famille Hugo l’aide assez régulièrement à élever les deux enfants. La vie n’est plus remplie d’amour et de beaux projets. Pour gagner de l’argent, elle écrit : d’abord quelques chroniques de mode dans le journal L’Evènement sous le nom de Thérèse de Blaru,.puis dans la Revue de Paris (qui publie des textes des textes de tous les grands auteurs de l’époque ; ensuite, grâce à la protection d’Adèle Hugo, chez Hachette où elle  publie, en 1854, le récit de son voyage en Laponie qui connaîtra de nombreuses rééditions et ensuite quelques romans (Un mariage en province, Une vengeance, L’Héritage du Marquis d’Elvigny), quelques contes édifiants (Étiennette, Silvère, Le Secret) et une pièce de théâtre, Jane Osborn, représentée avec succès sur le théâtre de la Porte Saint-Martin. Il s’agit d’œuvres qui  évoquent souvent l’inégalité des rapports entre les sexes, mais on y cherche en vain le mélange d’enjouement et de sens de la description grandiose qui fait le charme du Voyage d’une femme au Spitzberg.

Les premiers biographes de Victor Hugo ont eu des mots très durs pour Léonie d’Aunet ; ils pardonnaient à l’humble Juliette Drouet puisqu’Adèle avait trompé son mari avec Sainte-Beuve et qu’elle lui refusait tout rapport sexuel. Mais Léonie d’Aunet, rebelle, sensuelle, cultivée, ne pouvait être qu’une créature mauvaise puisqu’elle avait détourné le génie de ses devoirs. Ils appelaient provocation le fait qu’elle ait voulu jouir de la vie sans se soucier de ce qui était convenable pour une femme. Pour que justice lui soit rendue, il a fallu attendre le livre de Françoise Lapeyre parue en 2005, Léonie d’Aunet, Paris, JC Lattès.

D’elle, je garde l’image, non pas triomphante, mais émouvante, d’une femme qui a su se reconstruire de façon indépendante, élever les enfants que le père lui avait finalement laissés, se professionnaliser et dont la malchance a été de naître dans une époque si féroce pour les femmes libres.

Quelques références

Bertrand Dreyfuss a écrit pour la collection Parigramme de précieux guides qui invitent à la promenade érudite dans le 6e, le 5e, et le 20e arrondissement

Pour la Révolution Française, on consultera l’incontournable http://www.parisrevolutionnaire.com

Daniel Claustre, « Voyager, aimer, écrire: la vie d’une femme du XIXeme siecle (Léonie d’ Aunet, 1820-1879) », file:///C:/Users/Windows/Downloads/207847-285814-1-PB%20(2).pdf

Françoise Lapeyre, 2005, Léonie d’Aunet, Paris, JC Lattès.

On peut voir des toiles de François Biard L’Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises en 1848, 1848-1849, huile sur toile, au château de Versailles ; Magdalena Bay. Vue prise de la presqu’île des Tombeaux, au nord du Spitzberg. Effet d’aurore boréale, 1841, huile sur toile, au Musée du Louvre.

Les bacs + 5 en recherche d’emploi

Titulaire d’un Master-Pro, T. était le premier de sa promotion. Pendant des semaines, il a envoyé des CV sans même obtenir un accusé de réception. A Pôle Emploi, on le tançait : « Monsieur T., rechercher une situation est un métier à temps plein. Vous n’avez pas rempli votre quota de candidatures ! ». Les conseillers connaissaient mal son secteur et ne savaient pas quoi lui proposer, mais ils réclamaient des preuves de recherche active. Leurs critiques n’étaient pas complètement inutiles car T. avait souvent envie  d’arrêter ces envois en aveugle (des candidatures spontanées, comme il avait appris à dire). Et pourtant, il passait ses journées en employé modèle de l’entreprise « Recherche d’emploi », levé dès 7h 30, adaptant ses CV aux postes offerts sur les sites dédiés, corrigeant vingt fois une phrase d’une  lettre de motivation, se demandant s’il valait mieux écrire « Ma formation m’a permis d’acquérir les compétences que vous recherchez »…  ou plutôt insister sur son engagement dans le domaine « Passionné par la biologie, un travail dans votre entreprise me permettrait… » ? Comme sa tante disait que l’employeur n’était pas à son service et qu’il fallait peut-être démarrer par l’éloge de l’entreprise, il pouvait peut-être essayer  « votre entreprise participe à la protection de l’environnement ce qui m’amène à prendre contact »… Tout ça n’avait guère de sens. L’après-midi, il révisait ses cours et les prolongeait dans l’espoir qu’un jour ils seraient utiles. Pour remplir le vide des journées, il s’imposait un entrainement sportif intensif. Pompes, barres parallèles, comme remèdes à la maladie du  chômage.

Au premier entretien, la directrice des ressources humaines lui avait reproché son manque d’expérience, tout en offrant un salaire de débutant !

Les conseils de la tante qui l’hébergeait ne faisaient que déprimer T. davantage, car elle l’invitait à dissimuler le mieux qu’il pourrait une tendance au scrupule où un recruteur pourrait bien voir de la rigidité. Au lieu d’expliquer ses échecs par la conjoncture, elle semblait croire que des défauts de caractère empêcheraient son recrutement… Il aurait fait n’importe quoi pour que les amis de cette même tante ne lui demandent pas « ce qu’il faisait dans la vie », pour qu’ils ne lui conseillent pas « d’être moins exigeant » : « Si tu ne trouves pas de boulot dans ta branche, élargis tes recherches ». Il demandait : « Et  pour vous, ça s’est passé comment ? » On lui répondait « Oui, mais il n’y avait pas de crise ! ». D’autres affirmaient avec un grand rire : « Quand on veut, on peut ! » Il se sentait tout le temps jugé. Trop ceci, pas assez cela ! Au moins, l’irritation le protégeait un peu : « –Si c’est de mon caractère qu’il s’agit,  je n’y peux rien. Je ne me changerai pas !», mais il se torturait à chercher le sens de ce qui lui arrivait.

Il dormait mal. Le jour était occupé, mais la nuit, les questions tournaient impitoyablement. Fallait-il chercher autre chose ? Un petit boulot ? Il pensait avoir choisi une voie raisonnable ; il avait sacrifié ses weekends pendant deux ans, travaillé sans arrêt. Et là, il ne comprenait rien à ce qui lui arrivait. Les heures se trainaient. Il rallumait, relisait un vieux cours. Ces nuits étaient vraiment trop longues.

Garder des liens avec le copain de promotion, parfois moins travailleur, qui venait d’être embauché devenait difficile. Il était heureux qu’il y en ait un qui soit tiré d’affaire, mais il se tourmentait en se demandant ce qui ne marchait pas chez lui. Bientôt, l’autre se faisait distant. Ou bien c’était lui. Mais de quoi auraient-ils parlé ? Déjà, le recruté avait à raconter des incidents de bureau et lui, rien. Il s’installait dans la maladie du sans-emploi.

Aujourd’hui, il a trouvé du travail. C’est un rescapé qui va se jeter dans son métier, faire des projets, vivre avec sa copine. Je me demande à quelle allure il oubliera les difficultés de sa génération qui peine malgré ses beaux diplômes à bac + 5.

Encore a-t-il été embauché au bout de six mois ?  Combien ont des diplômes, qui à la fin de leurs études ont pris un peu de temps, pour se demander s’ils n’étaient pas plutôt des poètes, des professeurs de tangos, des voyageurs… avant d’envoyer inutilement leurs CV. Deux ans pour réfléchir cela suffit pour qu’aucun patron ne prenne la peine d’un entretien.

Bois de Vincennes : le Jardin d’agronomie tropicale

L’accès le plus commode pour aller au Jardin d’agronomie tropicale, situé à la lisière est du bois de Vincennes, est de passer par l’avenue de la Belle-Gabrielle (M° Château de Vincennes, puis, si on ne veut pas traverser le bois à pied, bus 114 jusqu’à l’arrêt de Nogent-sur-Marne).

Aujourd’hui, le jardin est quasi oublié. Il remonte à 1899 quand des agronomes d’un Jardin d’essais colonial ont été chargés d’acclimater des végétaux exotiques dans des espaces où ces plantes n’étaient pas endémiques. Ils cultivaient sous serre des plants de café, de cacaoyer, de vanille, des bananiers… et ils expédiaient plantes et graines vers les colonies. Aujourd’hui, il existe toujours des services de coopération internationale qui travaillent sur la recherche agronomique pour le développement (la Cirad), mais l’essentiel des activités semble délocalisé à Montpellier et dans les territoires d’Outremer. C’est sans doute pourquoi il ne reste des serres que des vitres brisées, et des carcasses rouillées, ainsi que des bananiers retournés à l’état sauvage qui forment avec les bambous, les chênes et les bouleaux des buissons composites et délicieux.

Jardin tropical. Les serres

En 1907, le site a abrité une exposition coloniale moins connue que la grande exposition de 1931. Cette exposition était destinée à montrer les richesses des territoires que dominait la France sur les 5 continents, mais je ne sais pas si, pour présenter la mission civilisatrice des Français, on contraignait déjà les habitants des colonies à jouer le rôle de sauvages à la façon qu’évoque livre de Didier Daeninckx, Cannibales, paru aux éditions Verdier en 1998. (Didier Daeninckx y retrace le traitement indigne que la France coloniale en 1931 avait réservé à 111 Kanaks enfermés et exhibés comme des cannibales).

les pavillons ont ensuite été laissés dans un grand état d’abandon. Peu à peu, l’Etat et la ville les restaurent. Le pavillon de l’Indochine accueille à nouveau des visiteurs et le pavillon de Tunisie deviendra un restaurant. En attendant, on peut s’adosser aux piliers décolorés du portail chinois, errer dans le jardin,

Jardin d'agronomie tropicale. Le portail chinois

Jardin d’agronomie tropicale. Le portail chinois

découvrir le Persée moussu et verdi qui brandit sa tête de Méduse…

et la belle femme mutilée qui git à terre, et dont le buste orné de perles mêlé aux feuilles mortes symbolise si bien la fin des empires coloniaux.

statue coloniale VIncennes

J’ai vu le jardin l’hiver sous un ciel noir, quand le bois entier était brun, mouillé, un peu funèbre.

Bois de Vincennes.Nous avons envie d’oublier la période coloniale, les massacres qui ont accompagné les conquêtes, la domination méprisante qui s’en est suivi, mais le siècle dernier est aussi un temps qui a appris aux Français la diversité des cultures humaines, le charme d’architectures inconnues, la beauté des gens d’ailleurs.

Les serres effondrées, les tâches jaunes sur le torse de Persée, la statue tombée sont la marque de cette époque contradictoire… Restent des vestiges qui ont perdu leur sens orgueilleux et ne dialoguent plus qu’avec le passage des saisons, la pluie, le froid, puis le retour de la chaleur.

Au nord de Paris : le quartier de l’hôpital Saint-Louis et du canal Saint-Martin

A Paris je flâne à travers les époques. Je parcours des siècles en traversant le quartier de l’hôpital Saint-Louis, passant de l’architecture classique de l’hôpital, aux bâtiments industriels du 19ème siècle, au Paris branché des bords du canal Saint-Martin.

Nous arrivons à l’hôpital par la rue Bichat, rue anodine du Paris bobo avec ses bars décontractés et ses terrasses pleine de monde jusqu’au 13 novembre 2015 où Abdelhamid Abaaoud et Brahim Abdeslam ont attaqué à la kalachnikov les clients du café Le Carillon, tenu par un patron d’origine Kabyle, et du restaurant Le Petit Cambodge. Toutes les nationalités se côtoyaient dans ces lieux accueillants et c’est d’abord ce brassage de populations que haïssaient les terroristes. Les commerces ont rouverts. Mais on ne revient pas en arrière et les clients peuvent lire les plaques apposées en souvenir des victimes. Que penseraient-elles, ces victimes si elles voyaient à deux pas l’armurerie de la gare de l’Est qui ces jours-ci propose une mitrailleuse en vitrine?

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Une kalachnikov en solde. Armurerie de la gare de l’Est

Cette kalachnikov en solde… Je ne savais pas que les armes de guerre étaient des produits anodins soumis au même rythme commercial que les robes.

L’HOPITAL SAINT-LOUIS

Juste après le croisement de la rue Allibert commence le mur d’enceinte de l’hôpital Saint-Louis. Le roi Henri IV, roi bâtisseur, puisqu’on lui doit la place des Vosges (à l’époque, place Royale), ordonna, par l’édit du 16 mai 1607,  la création de ce lieu situé à l’extérieur de la capitale pour  y accueillir et y enfermer les malades contagieux en cas d’épidémies. Saint-Louis est actuellement un des grands hôpitaux de Paris, spécialisé dans les maladies dermatologiques. Mais sa partie ancienne subsiste encore, miraculeusement intacte.

Les malades étaient isolés de l’extérieur par des corps de bâtiments en équerre où logeait le personnel. On voit toujours ces murs de briques encadrés de blanc, qui rappellent la place des Vosges par le plan et par l’unité. Cet ensemble un peu sévère, dépourvu de l’ostentation qui gâte pour moi bien des monuments parisiens, a de plus le charme des lieux délaissés.

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Cour de l’Hôpital Saint-Louis

Deux personnes sont venues partager un café au soleil. Elles sont tranquilles sur leur banc. Je remarque leurs portables qui sont comme des emblèmes hyperréalistes venant déplacer un peu l’image classique d’un bâtiment Louis XIII (fenêtres à barreaux,  murs de pierres et de briques,  jardin d’hiver aux ombres douces).

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Hôpital Saint-Louis. La pause

CANAL SAINT MARTIN

Plus de deux siècles séparent l’hôpital et le canal Saint-Martin, auquel mène la suite de la rue de Bichat qui aboutit à la passerelle en arc du même nom.

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Le canal depuis la passerelle Bichat

Canal Saint-Martin2.JPGLe canal Saint-Martin relie le bassin de la Villette à la Seine. Il court sur  4,55 km (dont 2 km de souterrains ce qui rend agréables et un peu mystérieuses les croisières qu’on y organise. En hiver, il fait trop froid pour se lancer, mais l’été, la fraîcheur est délicieuse). Sa création a été décidée pendant la période thermidorienne, mais retardée par la crise financière que connaît la France en guerre. Finalement, ce sont des capitaux privés qui permettront d’achever sa construction en 1825. En 1860, Haussmann voudrait s’en débarrasser pour favoriser la circulation terrestre. Il fait couvrir ce qui deviendra le boulevard Richard Lenoir. Plus tard, on prolongera ce recouvrement pour créer le boulevard Jules Ferry, tout en abaissant le niveau afin de permettre la navigation sous les voutes.

Tantôt les ponts dominent le canal ; tantôt ce sont des ponts mobiles dont les deux moitiés s’écartent pour laisser passer l’eau des écluses.

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Ecoliers sur la passerelle

Les ateliers et les usines ont presque disparu de Paris. Un commercial croisé sur le trottoir nous dit que l’entreprise de papeterie Exacompta est la dernière manufacture qui subsiste. La famille qui la dirige a su conserver son capital et opérer les regroupements qui permettent de tenir. J’écris encore sur des cahiers Clairefontaine et j’achète leurs agendas Quo Vadis.

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L’entreprise Exacompte. Quai de Jemmapes

Il n’y a plus d’avenir pour le monde ouvrier dans ces quartiers. Les petites boutiques de l’enseigne Antoine & Lili ont été repeintes en vert anis, jaune moutarde, vieux rose, des couleurs pimpantes et « tendances » qui s’adressent à une clientèle de jeunes cadres dynamiques. De fait, on y trouve des vêtements et de la déco qui conviennent aux chineurs du canal. Cette population coexiste avec les habitants des logements sociaux et les migrants qui viennent échouer de temps à autre sur les bords du canal.

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L’HOTEL DU NORD ET LE COMPTOIR GENERAL 80 QUAI DE JEMMAPES

Au 102 du quai de Jemmapes, se trouve  l’Hôtel du Nord, rendu célèbre par le film de Marcel Carné tourné en 1938. C’est un faux hôtel du Nord, car celui du film est une reconstitution en studio. Où est le mensonge ?  Dès qu’on entre, l’hôtel du quai ne ressemble à rien, avec sa grande salle qui peut accueillir des cars de touristes. On visite cet hôtel pour avoir l’illusion d’entrer dans le monde du film, et on ne reconnaît rien. Oui, un fragment d’un réel transformé par la fiction devrait ressembler au décor du film aimé, au « vrai » hôtel du Nord. Celui de nos souvenirs.

Un cercle d’initiés de moins en moins restreint fréquente le Comptoir Général, dissimulé au fond d’une allée où pousse l’aubépine. Ce vaste café a d’abord été une sorte d’étable ou d’écurie, puis il a été racheté et est devenu un centre d’aide au travail, avant de finir en café branché qui a conservé quelques activités culturelles militantes. Les soirs de weekends ce n’est pas la peine d’essayer d’y venir, mais en semaine, son calme contraste avec le bruit des cafés alignés le long du quai de Jemmapes.

La décoration rappelle un style colonial de bric et de broc avec des tables et des bureaux d’écolier récupérés dans des brocantes, des canapés dépareillés, de vieilles cartes de géographie, des masques africains évoquant le monde colonial, le tout réinterprété en multiculturel tranquille. Le café donne sur un jardin tropical protégé par une  verrière. Des plantes poussent aussi à l’intérieur. Cet espace démesuré permet de se parler à voix basse en s’isolant des autres.

A la sortie, nous rencontrons des fresquistes.

– Mais qu’est-ce que vous écrivez ?

­–Fraternité.

– Ah ! Le R n’est pas en bout de ligne  mais au début de la ligne suivante, alors on n’arrivait pas à lire parce qu’on a l’habitude de couper le mot autrement.

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Nous les quittons et déjà je regrette de n’avoir pas parlé davantage avec eux. Qui sont-ils ? Ont-ils décidé seuls de  répondre ainsi aux menaces qui flottent dans l’air de Paris en cette année 1917, ou bien quelqu’un leur a t-il demandé de décorer le mur ?

http://www.evous.fr/L-histoire-de-l-hopital-Saint-Louis,1162775.html#CLSrQm2G5mXhHTcb.99

Je viens de tomber sur le billet incontournable d’A. Rustenholtz consacré au canal Saint-Martin (Un canal à gueule d’atmosphère)à l’adresse : http://rustenholz1.rssing.com/browser.php?indx=6595869&item=65

Tenue correcte

 

Petite Madeleine : les années soixante

Dans les années soixante, il n’était pas question de laisser flotter ses cheveux. Mes tresses serrées faisaient le tour de ma tête, ce qui déclenchait de violentes migraines. Le contrôle de nos coiffures était un accompagnement au strict contrôle de nos sexualités car les cheveux dénoués paraissaient à eux seuls une invite érotique. (J’ai opté pour une coupe courte au début de mon adolescence, ce qui m’a paru la seule solution).

L’hiver, j’avais très froid en pédalant sur mon vélo pour rejoindre les petites classes du lycée de l’Ouest. (Les amies à qui je raconte ces souvenirs évoquent elles aussi leurs genoux glacés entre la jupe écossaise et les socquettes blanches…!) Plus tard, le fuseau de ski a fait son apparition quelques jours par an, quand il gelait, et à condition d’être dissimulé sous un vêtement long ; le pantalon restait prohibé le restant de l’année. C’est à l’université que j’ai commencé à mettre régulièrement des jeans. Pour en revenir, aux années 60, il s’agissait évidemment de bien distinguer identité féminine et identité masculine. On avait étudié l’histoire de Jeanne d’Arc, déclarée relaps et finalement brûlée pour avoir transgressé sa promesse de ne plus s’habiller en homme, mais si on s’indignait des pièges tendus par l’évêque Cauchon, on n’en tirait aucun motif pour s’insurger contre les règles qui nous étaient imposées. Personne ne commentait la loi du 26 brumaire an IX : « Toute femme désirant s’habiller en homme doit se présenter à la Préfecture de police pour en obtenir l’autorisation.  Cette autorisation ne peut être donnée qu’au vu d’un certificat d’un officier de santé… ». C’est à présent qu’elle est abolie qu’on la commente un peu partout

Une blouse claire – de polyester sans doute–  dissimulait nos vêtements et nos seins naissants.

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Photo de classe. Années 60

Les jupes des années soixante se devaient d’être ni trop courtes, ni trop longues, et nous apprenions à nous asseoir sans écarter les cuisses, attitude permise seulement aux garçons. Nous gardions les genoux serrés, et les jambes parallèles, ou croisées près des chevilles sans qu’il soit besoin de rappeler le règlement car les normes avaient été déjà transmises par nos mères.

Le maquillage était exclu. Un jour, en terminale, une de nos camarades avait mis un peu de rouge à lèvres. Le cours avait commencé paisiblement, notre professeure ne voyant d’abord qu’une masse indistincte de jeunes filles. Mais tout à coup, arriva à sa conscience l’image d’une bouche trop rouge au milieu des visages pâles de la classe. Horrifiée, elle s’était précipitée sur la délinquante dont elle avait frotté frénétiquement la bouche avec son mouchoir. Elle haletait, criait, menaçait de faire exclure une élève indécente, une fille perdue, une future aventurière qui déshonorait le lycée Nous avions le droit d’étudier, et nos enseignantes étaient très impliquées dans notre formation, mais nous devions rester invisibles et la plus minime transgression était considérée comme l’amorce d’un dérèglement général.

Après 1968, nous n’avons plus accepté de choisir entre une vie dans l’espace public et le droit de jouir de nos corps. Nous voulions pouvoir « en faire trop » si bon nous semblait. Nos cheveux dénoués, le rouge à lèvres-quand-il-nous-plaît étaient les signes de notre émancipation. Et bien sûr, le pantalon ! Quelle revanche sur les interdits inscrits dans la loi depuis 1800 et sur les siècles où l’émancipation et le droit à la culotte se confondaient.

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La grande Querelle du ménage. estampe de la fabrique de Pellerin décrite par Christine Bard dans son ouvrage Une histoire politique du pantalon, Le Seuil, 2010.

J’ai vécu ces années dans l’allégresse et je m’inquiète aujourd’hui que notre « libération » laisse presque indifférentes les jeunes générations.

Jeans, shorts, jupes et voiles

Soixante ans plus tard, il est pourtant clair que le triomphe du pantalon ne se laisse pas déchiffrer de façon univoque comme un affranchissement des règles patriarcales. Une jeune Chinoise me rappelle que le retour aux robes et aux jupes a été vécu par ses parents comme une émancipation après le bleu de travail imposé dans la période maoïste. L’uniforme asexué accompagnait un système politique totalitaire qui cherchait à contrôler toute la vie et vouait les Chinois au travail. L’amour, et plus encore l’amour physique, faisaient partie des zones de résistance en faisant une place à l’oisiveté, à l’intime, au bonheur au présent… en refusant de tout sacrifier aux promesses révolutionnaires du futur !

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Aujourd’hui, le film de Jean-Paul Lilienfeld,  La journée de la jupe, qu’Isabelle Adjani a rendu si populaire, raconte que la jupe peut devenir un symbole de liberté dans les banlieues populaires. De fait, dans de nombreux établissements scolaires, les garçons (aidés par les imams et par les sites salafistes) ont pris le relais des règlements administratifs et imposent aux jeunes filles de masquer leurs corps dans des pantalons de survêtement, et en particulier de dissimuler leurs fesses sous d’amples tuniques. En mars 2013, des collégiennes de l’Ain ont donc décidé de porter une jupe pour célébrer la journée des femmes. Les garçons les ont insultées et immédiatement, la direction a baissé les bras et invité les collégiennes à se changer pour éviter les problèmes.

Hélas ! Si une chose ne change pas, c’est que les garçons font la loi. Ce sont eux qui décident qu’un habit est obscène ! Et ne change pas aussi, l’espèce de contradiction où les jeunes femmes sont prises entre l’envie de parer leur corps et d’éblouir les spectateurs et le besoin d’invisibilité qui protège des agressions masculines.

Pas de conclusion à ces souvenirs : nous finissons par suivre les normes vestimentaires dominantes. Celles qui nous contraignaient sont complètement oubliées par les nouvelles générations qui n’ont pas plus conscience du changement des silhouettes que de ce que pouvait être une vie sans ordinateurs, sans surgelés ou sans contraception. Un monde entièrement différent de l’ancien l’a recouvert et les lycéennes sages portent le jean ou les pantalons moulants, comme nous la jupe plissée et les ballerines.

La transgression accompagne la mode et crée d’incessants et minuscules scandales : les jeunes filles qui ont arboré un short en premier ont presque déclenché des émeutes. Les mêmes sont en passe de l’abandonner à présent qu’il s’est largement répandu. Elles cherchent d’autres façons d’être sulfureuses, par exemple en portant des cuissardes longtemps cantonnées aux adeptes d’une sexualité sado-masochiste ?

Toutes les modes sont ambivalentes et peuvent quasi arbitrairement inverser la valeur d’un vêtement. Je me représente la mini-jupe comme un moyen d’affranchissement qui permet d’exhiber un corps heureux et de narguer les tenants d’un ordre patriarcal réactionnaire, mais on la dénonce aussi comme un signe d’aliénation qui oblige les femmes à se dévêtir, dans une surenchère quasi pornographique,

Même disparate dans l’interprétation du voile. Des musulmanes lui trouvent un sens purement religieux. Elles veulent seulement respecter les injonctions de la sourate 24 enjoignant aux croyantes de rabattre leurs voiles sur les échancrures de leurs habits. Leurs difficultés scolaires, leur malaise devant les transformations de leur corps, leur malheur de vivre une vie éphémère et de découvrir la solitude… tout leur paraît découler du monde impie dans lequel elles vivaient avant leur conversion. Tout est réparé, puisqu’elles sont chastes et pures, se soumettent au prophète et dissimulent leur beauté afin de ne pas tenter les garçons ! Le voile exprime aussi certainement une affiliation salafiste et la lutte très organisée de militantes pour l’implantation politique de l’Islam dans l’espace européen.foulard

La dimension identitaire prend le relai chez celles dont la foi est clignotante. Elles utilisent foulards, hidjabs, abayas… comme des signes d’affirmation de leur différence. Par un paradoxe souvent constaté quand il s’agit de vêtement, il ne s’agit pas de cacher une partie du corps, mais de montrer qu’on la cache. Cette exposition de « soi comme autre » rattache les jeunes filles à la communauté culturelle perdue lors de l’immigration.

C’est enfin une « mode » qui se répand dans les banlieues de façon virale et je rêve de le voir se « démoder » pour laisser place à des silhouettes moins informes et à une conception de la vie plus joyeuse.

L’Ile de la Cité

Je connais beaucoup de gens venus des quatre coins de la Terre qui ne voudraient pas vivre ailleurs qu’à Paris. Pour rien au monde. Et moi aussi, je suis née n’importe où, mais j’ai choisi cette ville et je ne voudrais pas vivre ailleurs.

Il y a quelques années des ennuis de santé m’ont amenée à fréquenter régulièrement l’Hôpital de l’Hôtel Dieu, situé juste à côté de Notre-Dame. Pour aller au travail après mon rendez-vous, je devais traverser la Seine au pont de l’Archevêché et rejoindre la rue des Bernardins, puis la rue Monge. Je n’arrivais pas à être triste, tant était forte la séduction opérée par les lieux que je parcourais. Souvent, je revenais sur mes pas et je passais par le pont de la Tournelle qui offre une vue admirable sur l’île de la Cité. Là, je m’arrêtais un moment.

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L’ïle de la Cité depuis le pont des Tournelles

Dans le fil du fleuve, l’île avait la forme d’un vaisseau. Je pensais nef  et l’image des armoiries de la ville se superposait à la vue du beau vaisseau (de face et non de profil) et se mêlait au souvenir des vers de Péguy récités en classe :

« Etoile de la mer voici la lourde nef

Où nous ramons tout nus sous vos commandements. »

J’admirais le jeu simple de la flèche élancée qui compense la masse des tours et emmène la cathédrale vers le ciel et dont la verticale venait couper le plan horizontal des deux ponts, celui de l’Archevêché et le pont Saint-Louis, qui enjambent la Seine et mènent l’un vers l’ancien monde universitaire de la rive gauche et l’autre vers le pouvoir temporel qu’incarne l’Hôtel de Ville.

Ce lieu parfait survivrait aux bateaux mouches qui ont presque remplacé les péniches et aux milliers de touristes qui venaient prendre des photos : un espace clos en forme de navire, tout entouré d’eau et relié au ciel par le haut mât de Notre-Dame, et eux qui souriaient sur la photo. Une fois l’image dans l’appareil, ils partaient très vite. Ils avaient mis Paris en boîte.

Je faisais comme eux : un coup de vent chassait les nuages ; le soleil revenait brusquement et la Seine se mettait à briller. Mon regard descendait le long du fleuve et emmenait mon esprit au loin. Tout coïncidait… J’oubliais mes soucis et je repartais en emportant en moi cet autre monde.

 

 

Quartiers d’hiver

L’harmonie mélancolique des toits parisiens : gris clair, gris sombre… cheminées où perchent les mouettes, les goélands et les corneilles qui se substituent peu à peu aux pigeons. Leurs cris aigres remplacent les incessants roucoulements. En termes sportifs, nous avons gagné au change car devant les fenêtres ce sont des piqués, des glissements acrobatiques dans le ciel du matin, bien plus vigoureux que l’envol des pigeons.toits-carrefour-st-martin-fbg-st-martin

oiseaux-de-mer-paris-2Je suis repassée devant le magasin calciné qui fait l’angle Picpus rue du Rendez-vous : les mauvaises langues disent que le commerce marchait mal et que la prime d’assurance était une solution. Le matin on passe et on sent l’odeur de brûlé qui ne s’en ira qu’avec la démolition. Un peu plus loin la boutique de produits de la Baltique. Elle était tenue par une Polonaise venue en France, sans doute parce qu’elle aimait Victor Hugo et Zola. Elle n’aimait pas vendre les harengs et elle a fait faillite. Derrière la vitrine, on voit les dernières bouteilles de vodka dont les étiquettes se décollent  et un papier peint beige sale encore plus triste que les planches qui masquent l’intérieur du magasin brûlé. Le verre de sa vitrine a la couleur de la poussière.

L’imposteur et les employés

Nocturne BNF7.jpgSamedi, à la bibliothèque, deux employés du vestiaire, un frisé et un rouquin, discutaient de l’affaire Fillon en distribuant les valisettes transparentes où il faut glisser son ordinateur avant d’accéder aux salles de recherche :

–  C’est des enfants différents des autres, tu vois. Eux, ils ont besoin de 3800  euros d’argent de poche par mois…

­–  J’aurais bien voulu avoir cet argent. Résultat je me retrouve comme un con à bosser dans ce vestiaire. Ça n’aide pas beaucoup pour avancer ma thèse !

– Oui, mais eux, ils sont habitués à mener la grande vie. Pauvres châtelains, ils sont obligés de puiser dans la caisse. Et puis, dans leur milieu, il faut un diplôme américain et ça coûte cher l’université en Amérique.

– Aussi ils feront des carrières juteuses comme leur papa.

– Moi, je veux bien travailler 39 heures payées 35 pour cette somme, reprenait le frisé.

– Dire que c’est cette face de triste chrétien qui nous parlait de servir la France et les Français. Pour nous, les coupes budgétaires et les 35 heures payées 39. Pendant ce temps-là, lui il se servait !

– Tous des Ripoublicains.

– Tu crois que ça irait mieux si on se débarrassait de la droite. J’en crois rien. C’est la Ripoublique

Ce que les jeunes gens ne supportaient pas c’était d’abord l’inégalité : au peuple, les sacrifices ; aux puissants, l’argent volé avec naturel. Mais l’imposture ajoutait à la colère. Fillon avait vendu l’image de sa probité ; il s’était réclamé du général de Gaulle ; il avait dénoncé les magouilles de Sarkozy et on l’attrapait à faire pareil. Je me disais que le plus démoralisant c’était la façon dont son parti minimisait la faute, comme s’il voulait persuader les Français qu’il n’y avait rien à faire contre la corruption.

Butte-aux-Cailles

Les vœux.

Le premier sens de vœu qui figure dans Le Petit Robert est la « promesse faite à une divinité, à Dieu, en remerciement d’une demande exaucée ». On montrait sa gratitude, en promettant d’être chaste pendant des années, de renoncer à la richesse, d’édifier une chapelle ou une église. Les vœux, c’étaient aussi les serments que prononçait un religieux avant de s’engager. Ces sens ont quasi disparu.

Nos vœux de janvier, qu’ils soient inscrits sur des cartes dites justement cartes de vœux ou qu’ils restent virtuels, concernent des bienfaits à venir : nous souhaitons que la santé, la prospérité, l’amour, le travail… embellissent les vies de nos correspondants. Si les changements de vocabulaire signalent des remaniements dans nos croyances, voilà une marque de la déchristianisation de nos sociétés.

Mais qu’est-ce que c’est que cette drôle d’action qui passe entièrement par le langage puisque nous n’avons pas l’intention d’agir pour améliorer la fortune ou la santé de nos correspondants, ou plutôt puisque notre action reste entièrement verbale et que nous disons seulement que nous espérons que le destin ne malmène pas trop ceux que nous aimons bien. De plus, il y a belle lurette que nous avons, du moins la plupart d’entre nous, cessé de communiquer avec un ciel compatissant chargé de conjurer le mauvais sort ; nous ne croyons pas qu’un souhait puisse transformer de façon magique la situation et pourtant nous envoyons des vœux à tout notre entourage.

Est-ce que nous répétons des coutumes anciennes, sans y croire, avec l’indulgence qu’on a pour les traditions (comme nous accrochons à nos portes des couronnes de bienvenue, comme nous posons des lentilles sur de la ouate humide pour qu’elles aient grandi au seuil de la nouvelle année, comme nous mangeons des grains de raisin pendant que s’égrènent les douze coups de cloche de minuit le 31 décembre), avec l’indulgence que l’on a pour les croyances des enfants, le père Noël, le lièvre de Pâques, la petite souris ?

Nous savons que l’efficacité magique des vœux est une illusion, que l’on est sans protection face aux menaces de l’avenir et qu’il n’y a personne à implorer et pourtant nous marquons la frontière de la nouvelle année, (Dans les chansons russes, ce seuil est très concret : le nouvel an apparaît à la porte. Il frappe à la fenêtre et pénètre dans la maison ! et comme tout nouveau venu, il peut tout changer. Le passage de l’an appelle à la réinvention de la vie).

Cependant, la répétition ne va pas sans métamorphose. On envoie moins de cartes de vœux. Celles-ci accompagnaient la scolarisation de masse, les débuts de la société de consommation, la démocratisation des années d’après-guerre. Elles étaient l’occasion de renforcer les liens distendus dans les familles (c’était le rôle des femmes d’écrire aux parents un peu éloignés à qui on n’avait pas grand-chose à dire afin de « maintenir le contact »). Aujourd’hui, le téléphone portable facilite tellement les échanges qu’il n’est plus besoin de réaffirmer l’unité familiale à date fixe. D’autre part, Internet fourmille de sites dédiés qui fournissent des messages préfabriqués « originaux ». Il suffit de cliquer pour envoyer des vœux tout frais qui se gardent bien de répéter les formules consacrées.

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Cartes de voeux au Bon Marché

Les cartes qu’on trouve dans les magasins sont souvent des objets décoratifs, bibelots destinés à rester quelques temps sur une étagère et il y a moins de choix.

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Carte de voeux.

Envoyer des vœux est peut-être un « acte de langage », mais son étrange efficacité n’est pas là où elle dit qu’elle est : les vœux ne mettent plus en relation avec des divinités. Ils permettent plutôt d’éprouver un bref moment de communion avec des êtres humains : « Je ne suis pas (encore) renvoyé à la solitude puisque je suis le destinataire de tous ces voeux, alors même que ma vie professionnelle s’est arrêtée, que le nombre de correspondants commence à diminuer ! » et pour les plus jeunes : « mon carnet d’adresses est bien rempli. J’ai de multiples correspondants au-delà du cercle familial. Me voici au cœur d’un réseau ».

Cette année, les vœux que je reçois sont étrangement précautionneux : En vieillissant, nos amis sont désabusés. Ils se résignent à faire deux parts dans leur vie : celle de la désolation politique et celle de l’amour de leurs proches. « Que la catastrophe nous épargne pour cette année et nous laisse encore le loisir de vivre en paix », ou encore dans sa version espagnole, « A pesar de todo ». Ils se rabattent donc sur le triplet santé, prospérité, amitié, ou encore curiosité, énergie, vitalité.

Le médium

Un de nos amis que j’appellerai Martin a raconté l’histoire suivante : « Cet automne, j’ai vécu une étrange expérience à laquelle je ne m’attendais pas du tout. J’ai toujours été un homme rationnel, un cartésien qui n’était pas prêt à renoncer à ses convictions.

J’étais avec une jeune femme. Il bruinait et nous sommes entrés dans un troquet de la Butte aux Cailles pour nous protéger. Les tables étant toutes occupées, nous nous sommes dirigés vers le comptoir pour prendre un café en attendant que des places se libèrent.

Des clients étaient déjà là accoudés et l’un d’eux s’est brusquement adressé à moi : « Toi aussi tu es né sous le signe de la Vierge. Pour un musicien, ce n’est pas si mal ». Il a ajouté : Tu as connu une grande crise, mais tu vas la surmonter. A partir de février, tu entreras dans un nouveau cycle ».

Les révélations qu’on venait de me faire ne pouvaient pas avoir été préparées à l’avance : je n’avais jamais rencontré cet homme et ses compagnons.  Je n’avais jamais mis les pieds dans cet endroit où personne n’avait entendu parler de moi, et nous avions seulement eu le temps de prononcer les phrases indispensables pour commander nos cafés. On ne pouvait pas lui avoir indiqué mon signe du zodiaque et ma profession.

Le garçon vida son verre, salua ses amis et s’en alla, sans ajouter un mot. Je demandais à ses compagnons qui il était.

­– C’est un médium, répondit l’un d’entre eux, comme si c’était normal de m’annoncer que les esprits existent, qu’ils savent tout de nous et qu’ils confient des bribes de nos histoires à des jeunes gens qui trainent dans les cafés.

J’ai toujours été un homme rationnel, et je n’ai pas su que faire de cet autre monde qui s’était tellement rapproché. Je n’ai plus rencontré le jeune homme, bien que je me sois approché plusieurs fois du café. Quelquefois, il me semble que la conversation a été une illusion et pourtant la rencontre s’est vraiment passée comme je viens de la raconter. Quelquefois je me dis que quelqu’un quelque part sait tout de moi ».

Pourquoi le médium s’était-il adressé à notre ami. Il n’avait rien demandé en échange de son savoir qui avait l’air complètement désintéressé. Que voulait-il ? Peut-être seulement exister aux yeux de ses amis qui admiraient ses pouvoirs. Est-ce qu’il avait rencontré Martin par hasard ? Mais sait-on ce qu’est le hasard ?

L’aube de l’année à la Butte-aux-Cailles

Nous sommes retournés sur la Butte-aux-Cailles. On découvre cette colline abrupte qui domine le boulevard Blanqui une fois passée la voûte de l’escalier Atget, juste en face du métro Corvisart. Une fois traversé l’immeuble on est ailleurs : une volée de marches et déjà le parfum d’un figuier, l’anse d’un jardin cerné par les immeubles. Sur la butte, proprement dite, il n’ya que de petites maisons car le terrain, réputé fragile, ne supporterait pas les fondations des grands immeubles.

La Butte aux Cailles a un joli nom qui fait penser aux oiseaux des champs, mais elle le doit à  un certain Caille, propriétaire d’une vigne, plantée sur ce coteau au XVIe siècle. De la butte à Caille, à la Butte-aux-Cailles, il suffisait d’ajouter un s. Elle réapparaît dans l’histoire pendant la Commune de Paris quand les « Fédérés commandés par Walery Wroblewski repoussent par quatre fois les troupes versaillaises »  (24 et 25 mai 1871). (Wikipédia) Chaque année l’Association des Amis de la Commune de Paris commémore ces deux jours-là. On a donné le nom de la commune à une place. Aux batailles mémorielles a succédé là aussi un tourisme de la mémoire.

Je crois bien que Le Temps des cerises a été composé par Jean-Baptiste Clément en souvenir d’une infirmière de la Butte, tombée sous les balles des Versaillais. Aujourd’hui, c’est un nom de café !

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le-temps-des-cerisesLa rue des Cinq Diamants est un haut lieu bobo. Mais quelque chose demeure de l’esprit d’insoumission parmi les jeunes gens qui opposent leur envie de vivre l’instant présent à ceux qui leur disent d’économiser leurs forces, et de chercher sérieusement du travail. Ils vont donc chez Gladines, ou chez Mamane manger comme dans une cantine (les tables étant collées les unes contre les autres on ne peut que fraterniser avec ses voisins). Quand il n’y a vraiment plus de place, ils se retrouvent au Passage des artistes. Il y a tant de monde qu’on patiente dehors, un verre à la main. On est donc toujours sûr de rencontrer quelqu’un.

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Au Passage-des-artistes-Butte-aux-cailles

Quant on sort du restaurant, on peut arpenter les rues pavées Paulin Mery et rue Gérard,  photographier les oeuvres de street art…Dans ce haut lieu de l’art de rue, j’aime surtout les pochoirs de Miss-Tic, qui signe d’un pseudo féminin, redoublant les images qu’elle installe un peu partout dans le quartier, et qui la montrent en belle jeune femme charnelle, chasseuse d’hommes sans culpabilité.

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Miss-Tic. Alerte à la bombe. Chez Gladines

Les images sont toujours accompagnées de calembours qui déconstruisent les stéréotypes, tout en racontant des histoires de cœur. Tantôt la belle est une séductrice féministe affirmant fort son droit au désir : « Alerte à la bombe » «  Il fait un temps de chienne ».

Tantôt elle s’interroge : « Le masculin l’emporte, mais où ?»,

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Miss Tic. Rue Jean-Marie Jégo

ou bien joue des à peu près phonétiques : « Le temps est un serial qui leurre »

Miss-Tic. Le temps est un serial qui leurre

Miss-Tic. Le temps est un serial qui leurre

miss-tic-rue-du-moulin-des-presLorsqu’on est un habitant de la Butte, on va remplir des bouteilles d’eau à la fontaine de la place Paul Verlaine (l’eau qui sort d’un puits artésien profond de 582 mètres est la plus pure de Paris et il y a toujours quelqu’un qui vient se ravitailler). Lorsqu’on habite à la Butte, on va à la piscine de la Butte, une des plus anciennes de Paris (1924), dont les bassins seont alimentés en eau naturellement chauffée à 28°C par un puits artésien.

La Piscine de la Butte-aux-Cailles

La Piscine de la Butte-aux-Cailles

Les courageux poussent jusqu’à la rue Barrault : au numéro 22, de petites maisons rappellent le souvenir des Russes qui pouvaient vivre dans ce quartier modeste. Rue Daviel, c’est la Petite Alsace avec ses pavillons à colombage et surtout la Villa Daviel. Jadis, des demeures pour les ouvriers. A présent hors de prix.

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On reviendra au printemps pour voir les glycines et les roses mousseuses… Aujourd’hui, Paris est encore plus sombre que le jour où notre ami a rencontré le médium. eglise-sainte-anneMais c’est égal la pluie emporte dans les caniveaux les derniers débris des mauvais jours. Il suffit d’attendre février et tout ira bien.

Deux musées de la ville de Paris : Cognacq-Jay et Zadkine

Parfois, dans un musée, la petite quantité d’œuvres assemblées est préférable à la masse. Je sais bien qu’il s’agit d’un paradoxe et, si je passais deux jours à Paris, j’irais au Louvre et à Orsay. Mais pourquoi les milliers de Parisiens courent-ils aux mêmes lieux, délaissant les petits musées de la ville, alors que ceux-ci sont gratuits, tranquilles et permettent des rencontres passionnantes?

Le musée Cognacq-Jay

Le musée Cognacq Jay, situé rue Elzévir en plein cœur du Marais, est surtout consacré au XVIIIe siècle. On se met à regarder des œuvres qu’on négligerait ailleurs, comme ces porcelaines de couleur ivoire, rehaussées d’un peu de rose et d’or dont j’aurais méprisé les grâces.

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Elles sont aussi des témoins de leur temps : la dame penchée sur son écritoire ne bovaryse pas, c’est une ménagère qui tient ses comptes (témoignant par là même de la petite avancée de l’alphabétisation féminine dans les classes intermédiaires urbaines).

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Le couple Cognacq-Jay  a aussi collectionné des tableaux de genre : voici  le  portrait d’un charlatan venu d’Orient (il porte un turban) qui conseille une épouse bien saine sur la santé d’un mari bien jaune.le-charlatan-et-le-malade

Un peu plus loin, Boucher, qui me déplaisait tant à l’adolescence, célèbre la beauté des femmes : rien de grand, rien de majestueux dans son portrait de Diane, mais le spectacle de la chair fraîche, l’explosion des corps offerts à la chaleur du printemps.

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Boucher, Le Retour de la chasse de Diane

Et Fragonard dans « Perrette et le pot au lait » : flot jaillissant du lait, grand mouvement tourbillonnant de jupes, éclat des jambes, la volupté de peindre qui ressemble à la volupté tout court malgré (ou à cause) des larmes de la laitière :

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Fragonard: Perrette et le pot-au-lait

ou encore « Le Petit Garçon au gilet rouge » de Greuze. « Greuze ? Bof ! Trop moralisateur ! » Mais là, Greuze ne veut rien. Il peint seulement un portrait charmant …

Tous les portraits d’enfants rassemblés ici sont d’ailleurs passionnants. Est-ce parce que le couple n’a pu avoir d’enfants qu’il a été si attentif à des détails qui montrent l’évolution de la place qu’on faisait à la vie puérile ? La collection juxtapose l’ancien (un nourrisson, Louis Antoine de Bourbon, peint avec les armes et les décorations de la famille posées sur ses langes) et le moderne (la fillette, admirée par son cadet, qui se déguise en dame au grand chapeau ; le garçonnet qui pose avec un polichinelle) .

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Greuze. Le Garçon au gilet rouge

Et puis voici Hubert Robert dans une petite toile intitulée « L’Accident ».

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Hubert Robert. L’Accident

Comment parler de la mort en peinture ? A première vue, Hubert Robert a peint un homme en train de tomber du monument qu’il avait voulu escalader pour cueillir quelques fleurs. Sur la toile, il est encore suspendu entre le milieu du tableau et le sol, bien que sa position – la tête entraînant le corps – montre qu’il est condamné ; d’ailleurs, la femme la plus proche fuit la chute pour sauver sa propre vie, tandis que les  spectateurs un peu plus éloignés accourent, pour lui porter secours, même si c’est en vain.

Ces silhouettes sont minuscules par rapport à la masse immobile des ruines antiques (sol jonché de décombres au premier plan, pyramide effritée vers la droite, colonne ruinée du monument de gauche, dont l’effondrement a entraîné la dégringolade du grimpeur). L’homme qui va mourir est presque un intrus, un détail.

Mais le tableau loin d’opposer la vie brève des hommes à l’éternelle beauté des pierres,  montre la fragilité des monuments les plus orgueilleux. Je pense, malgré l’anachronisme, au jeune du Bellay découvrant Rome au 16ème siècle :

Arcs triomphaux, pointes du ciel voisines,

Qui de vous voir le ciel mesme estonnez,

Las, peu à peu cendre vous devenez,

Fable du peuple, et publiques rapines !

Et bien qu’au temps pour un temps fassent guerre

Les bastimens, si est-ce que le temps

Œuvres et noms finablement atterre.

L’atelier-musée de Zadkine

Je dirai encore quelques mots de l’atelier-musée de Zadkine situé au 100 rue d’Assas. C’est un lieu sauvegardé à deux pas du Luxembourg. Un jardin, une verrière : rien n’a changé depuis le temps où le sculpteur russe travaillait.  Entre les murs, la ville se montre, mais le jardin est calme comme un jardin de couvent.

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Atelier-Zadkine-la-cour

Les sculpures émergent des buissons. Les plus belles à mon avis sont celles qui n’essaient pas de rendre le détail des traits, mais l’entente des corps, ou leur jaillissement (leur façon d’émerger de la matière brute, bois ou métal). Une de mes préférées : Théo et son frère Van Gogh.

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Théo et Vincent Van Gogh

Joyeux Noël !

Marchés de Noël

Quand Noël arrive, les adultes soupirent. Les femmes surtout, parce que ce sont surtout elles qui se livrent à la recherche frénétique des cadeaux, qui cherchent comment renouveler les menus trop riches à l’ère des régimes. Ce sont elles qui arpentent les marchés de Noël, rangées de maisonnettes recouvertes de fausse neige, avant de réaliser qu’il vaut mieux aller à la FNAC ou pianoter sur leur ordinateur.

A Paris, les Champs Elysées sont faits pour la perspective ; les illuminations un peu chiches ne parviennent pas à métamorphoser l’avenue en chemin de lumière.

Aux Champs Elysées

Champs-Elysées

Comme je reviens d’Allemagne, je ne peux que comparer. A Heidelberg, malgré leur dimension touristique évidente, les marchés de Noël paraissent moins tristes.

Peut-être parce que les places de la ville étant petites, l’effet d’accumulation finit par paraître fantastique. On aperçoit toujours au fond du décor une église baroque ou un pan du château, dont les ruines rougeâtres sont savamment entretenues, ce qui donne à l’ensemble une autre allure. Peut-être, la différence vient-elle aussi des Allemands qui se pressent sur les stands pour déguster le vin chaud, la tarte flambée, les saucisses grillées, alors que, ce vendredi,  les marchands de Paris attendaient encore leurs touristes !

Aux Champs Elysées. Noël 2017

Aux Champs Elysées. Noël 2016

Ou bien parce que de nombreux appartements d’Heidelberg sont eux aussi illuminés, que toute la ville est transfigurée, comme si les ancêtres de tous ces Allemands les accompagnent pour célébrer la communauté, alors qu’à Paris, Noël s’adresse à des consommateurs au mieux regroupés autour de leurs enfants.

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Pour nous consoler, remontons au numéro 103, jusqu’à l’Elysée Palace Hôtel. Longtemps l’hôtel, conçu en 1899 par Georges Chedanne, prix de Rome d’architecture, a été la propriété de la banque HSBC. Aujourd’hui, c’est le Qatar qui l’a racheté. Ainsi va le monde. Ce n’est pas pour regarder la façade, élégante malgré la taille du bâtiment, que nous nous arrêtons, mais parce que chaque façade est ornée d’une merveille de décor Art nouveau. Les plus jolies parties sont les oculi, décorés de figures d’enfants nus et de petits faunes qui jouent, s’effrayent, dansent, escaladent des chênes, se goinfrent de raisin. Leur énergie est éclatante, irrésistible.

Champs Elysées

Avec Hippolyte Lefebvre, ils nourrissent des cygnes ou partent chasser.103-109-champs-elysees-laigle951

103-109 Champs Elysées. occulus d'Hippolyte LefebvreElysées Palace Hôtel. 103-109 Champs Elysées. Oculus de Louis Baralis

avec Louis Baralis, ils vendangent, se chamaillent, fuient un serpent dangereux. Ceux de Paul Gasq cueillent des fleurs … (aujourd’hui, ces sculpteurs seraient accusés de pédophilie, tant les corps sont sensuels).

Sous les balcons, une végétation et des animaux totalement inattendus qui vont du homard aux sangliers et aux boucs des côtés latéraux.le-homard-103-109-champs-elysees

Mon beau sapin !

Ce qui m’a mis de mauvaise humeur avec ce Noël, c’est aussi la vertueuse, écologique et économique disparition des sapins dans mon quartier (la place de la Nation). J’aurais préféré ne rien voir du tout plutôt que l’épouvantail de béton et de paille que l’on a dressé au croisement du boulevard de Picpus et de la rue du Rendez-Vous.  Oui, je sais, c’est un gaspillage idiot de couper des arbres ! Mais enfin, les producteurs qui font commerce de sapins de Noël, coupent et replantent, apparemment sans épuiser leurs sols. Et puis, on peut acheter un arbre avec des racines, et le recycler après la fête !

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L’arbre vert à Heidelberg, son parfum quand on passait tout près des branches, du fond de l’hiver brouillardeux, c’était la promesse du printemps qui allait revenir.

Marché de Noël. Heidelberg

Marché de Noël. Heidelberg

Pour achever, la dame qui affiche régulièrement des petits mots souvent plaisants sur la façade de sa maison n’a pu s’empêcher de faire la morale au quartier. Comme d’habitude, elle a raison ! Comme souvent, elle est mesquine.

rue du Pensionnat

rue du Pensionnat

« Je veux bien vous souhaiter un joyeux Noël et une Bonne Année», a-t-on vu vœux moins généreux ?

Pour les esseulés, les fêtes sont un avant-goût de l’enfer. Comment survivre à une période où le bonheur est une obligation ? Pendant l’année, ils font comme tout le monde : ils savourent les petits plaisirs du quotidien (la liste est ouverte et chacun peut ajouter qui le plaisir de maîtriser l’alphabet russe, d’avoir enfin réussi un moëlleux au chocolat moëlleux, ou de lire une carte IGN à l’ancienne en se baladant d’un nom à l’autre, d’une couleur pastel à l’autre en rêvant à des forêts et à des fleuves, ce qui n’a rien à voir avec le guidage de Google map).

­ « Je ne fais rien cette année ! Je pars à New-York » dit Martine. Mais peut-on laisser derrière soi l’ami éclopé qui se plaint doucement : « Pas beaucoup d’appels, ces temps-ci ! » et le frère vieillissant, si inquiet à l’idée qu’on pourrait se défiler : « Alors ! Qu’est-ce qu’on fait à Noël ? ». Quelle joie de n’être pas seuls ! Pour moi, la vie partagée avec J.M., les amis qui nous accompagnent.

Bon ! bientôt les fêtes, les débats animés qui rappellent la fameuse fugue que Glenn Gould a composée à partir de discussions de café, polyphonie de phrases toutes faites et de stéréotypes formant une basse continue sur fond de quoi se détache la voix forte de quelqu’un qui s’excite à propos de la primaire de gauche, ou d’un amateur de spectacles. Pour que tout continue joyeusement encore un peu, Ivan sortira sa guitare et nous n’aurons pas honte de chanter nos vieilles chansons de Brassens et nos canons d’anciens boys scouts.