Vœux de janvier

Voeux de bonne année

Les vœux des amis se font circonspects. Il y a ceux qui anticipent sur les épreuves à traverser et précisent « il y en aura sans doute » ; ceux qui s’excusent de formuler des vœux « un peu fous » parce qu’ils souhaitent que la société française retrouve la boussole du bien commun, ceux qui n’essaient même pas de formuler des vœux pour l’avenir «  n’y a que des pensées amicales qui chauffent le cœur », écrit un ami de Shanghai confronté aux incohérences brutales de la gestion chinoise du Covid.

Et c’est vrai, déjà 10 mois de guerre : le spectacle quotidien de l’Ukraine dévastée, des blessés et des morts, la peur de représailles chimiques, voire atomiques quand les Russes perdent du terrain.

En France, 30 ans de dérégulation et la désindustrialisation massive qui en résulte. 30 ans pendant lesquels, on a répété aux nouvelles générations que leurs métiers seraient remplacés par des « métiers de service », en omettant de leur dire que ces emplois médiocres allaient les dégoûter ; 30 ans pour constater l’effondrement des services publics, hôpitaux, justice, école… Comment s’étonner des jacqueries violentes, et de l’impression d’une rupture de la société française.

Depuis 1995, début des conférences sur le climat, le réchauffement climatique et la baisse de la biodiversité ne font que s’accélérer et il n’y a pas de chance qu’il en aille autrement jusqu’aux dernières gouttes de pétrole. Nous assisterons donc à des cyclones violents, des sécheresses prolongées suivies d’inondations catastrophiques.

Fleurs de trottoir

Et pourtant. J’ai beau lire que la douceur du mois de janvier n’est pas une bonne nouvelle, j’aime regarder quand je marche sous les vieux nuages, les brins d’herbe qui s’élèvent déjà comme de petites langues vertes.

J’aime les feuilles de la ruine de Rome qui se déplient en silence dans les fissures des murs lépreux. Chaque plante solitaire dans sa fente et pourtant toutes ensembles au même moment suivant le même rythme. Petit monde parallèle, silencieux à côté du bruit incessant de la ville, bruit continu des automobiles que vient percer le passage d’une moto ou la voix aiguë d’un enfant se disputant avec sa mère.

Des lauriers, dans un triste jardinet boulevard Vaugirard, souillé par les papiers qu’y jettent les passants. Premiers boutons ; premières fleurs épanouies en plein mois de janvier au milieu des feuilles mortes à demi-décomposées.

La Pirozzi

On voulait entendre Anna Netrebko chanter Pace, pace mio Dio dans la Force du Destin, craquer en écoutant sa voix suspendue se perdre dans un souffle.

Un mail de l’Opéra nous a appris que de Netrebko, il n’y aurait pas, parce que la diva était malade.

Sa remplaçante, l’autre Anna a commencé à chanter devant les spectateurs déçus et circonspects. Sa voix généreuse a rempli la salle et on ne s’est plus demandé ce qu’aurait fait Anna Netrebko. A l’entracte j’ai regardé qui était Anna Pirozzi. Une chanteuse de karaoké qui jusqu’à 25 ans n’avait chanté que de la pop. Dans l’interview, Anna Pirozzi se plaisait à raconter que sa carrière avait eu du mal à démarrer à la fin de son apprentissage. Les directeurs de théâtre et les metteurs en scène ne voulaient pas engager une chanteuse de 36 ans sans curriculum : « Quel dommage, avec une si belle voix que vous soyez trop vieille pour le rôle ». Et ses amis peu charitables lui racontaient qu’on la surnommait « la grosse » … Les metteurs en scène veulent des sylphides sur les affiches. Oubliées Maria Callas avant sa cure d’amaigrissement fatale, et Montserrat Caballe à qui son obésité interdisait tout déplacement risqué sur la scène et qui pourtant hypnotisait les salles par ses pianissimi prolongés à l’infini. Je l’ai vue quand j’avais vingt ans et qu’elle jouait le rôle de Marie Stuart, arcboutée sur des cuisses grosses comme des colonnes. Il n’y avait que ses mains qui bougeaient avec éloquence pour accompagner une voix veloutée et tendre qui s’envolait.

J’ai bien aimé le franc parler d’Anna Pirozzi qui réclame le droit de ne pas s’affamer : « Pendant le confinement, j’ai perdu 16 kilos, mais ce n’est toujours pas suffisant. À ce stade, j’ai décidé de ne plus souffrir. Je suis ce que je suis, les spaghettis améliorent mon humeur et je ne me retiens pas.(https://operawire-com.translate.goog/anna-pirozzi-denounces-body-shaming/?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc)

Elle exagère un peu la grossophobie des directeurs car elle a commencé une carrière internationale. Elle n’a pas seulement la puissance et l’agilité des grandes sopranes. Elle chante à faire pleurer les grands airs de Verdi et le public de l’opéra Bastille, chaviré, lui fait un triomphe.

Et nous qui étions venus pour la grande Anna Nebtreko, nous sommes repartis avec la grande Anna Pirozzi.

https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/musique-matin/la-matinale-avec-anna-pirozzi-3177682 (une interview en français vers 1h 30)

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