Marchés de Paris

Chaque secteur de Paris a le sien. Le plus célèbre est le marché d’Aligre qui a encore la réputation d’être le moins cher de Paris, bien qu’il y ait à présent trois marchés sous un même nom : une rue où les vendeurs vendent à bas prix des légumes qui ne sont pas toujours de la première fraîcheur ; une fripe sur la place ;  enfin, une halle réservée aux commerces de luxe qui s’adresse aux bobos, à présent les plus nombreux dans le quartier. C’est aussi aux bobos que sont destinés les cafés branchés et les « petits restos sympas » des rues avoisinantes.

Il m’arrive de pousser jusqu’au marché couvert de La Chapelle, mais c’est pour le plaisir de l’exploration, pour les odeurs exotiques et les habits multicolores des clientes.

D’habitude, comme tout Parisien qui se respecte je suis fidèle au marché de mon quartier. Le mien a lieu deux fois par semaine, le mercredi et le samedi matin, sur le Cours de Vincennes entre le boulevard de Picpus et la porte de Vincennes. C’est un marché de plein vent que protège à peine un toit de lattes que l’on enroule à la fin de la matinée.

Traiteurs. Au bonheur des paresseux

Près des colonnes de la barrière du Trône, des traiteurs permettent de bien vivre sans rien cuisiner. Le Bar à harengs propose des harengs marinés à toutes les sauces, depuis la simple crème, jusqu’aux marinades sucrées au miel ou aux betteraves. Pour ceux qui n’ont pas la nostalgie de la Pologne, voici les Libanais avec leurs samboussik à la viande, leurs falafels, hoummos, taboulé libanais, feuilletés au fromage et aux épinards. Le pain pita est donné avec un sourire. De retour, on mettra tout dans des bols et on laissera les invités remplir leur assiette à leur guise. On ne se lèvera que pour le café.

A deux pas, chez Naouri, on trouve des olives qui viennent de toute la Méditerranée, des taramas sans colorants, des artichauts à la provençale, une tapenade aux artichauts qui ferait renoncer les plus vertueux à toute cure d’amaigrissement et bien sûr tous les fruits secs. Ce mercredi, la vendeuse est seule et comme il est 8 heures, elle a le temps de bavarder. Elle me raconte comment elle est passée du statut d’enfant à qui on offrait de l’angélique ou des dattes à celui de vendeuse.

Naouri. Marché Nation

Chez le traiteur asiatique, les bobos se fournissent en bobuns frais. Ceux du cours de Vincennes ont un bon équilibre entre herbes, légumes et vermicelles. Un peu plus loin les gâteaux, les fromages, les pizzas, les raviolis du Portugais.

Une halte chez les marchands de fromages et chez le marchand d’œufs qui me donne des nouvelles de son petit-fils. Inutile d’aller au marché quand on n’aime pas les gens. Avec les commerçants, j’échange des petits bouts de vie. Si je m’absente, ils me diront en me revoyant. « On était inquiets ». Je sais ce que font leurs enfants, où ils partent en vacances… Je connais leurs opinions sur la maire de Paris, sur les plans anti-voitures (ils sont contre), sur les élections…

Abondance

Je vais surtout au marché pour « mon » maraicher. Je ne fréquente pas les revendeurs-bio, très chers, je m’en tiens à Martinet, un producteur de Picardie, qui use très modérément des pesticides. Son étal est d’abord un régal pour les yeux. Le matin, les vendeurs disparaissent derrière des montagnes de brocolis, des carottes allongées en piles, une muraille de salades…. C’est là que Sophie m’a appris le goût de la Bérénice, de la Grenobloise, de la Trévise d’hiver. A midi, tout est parti ! En hiver, les maraîchers vendent aussi des endives de pleine terre et ils réconcilieraient n’importe qui avec leurs betteraves. Au printemps, les asperges sont les meilleures du marché… En été, c’est la fête des tomates camparis, des haricots verts que j’accepte de payer cher, tellement ils sont savoureux.

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Un autre must, c’est la poissonnerie Anthony Marée. On se lève tôt pour arriver avant la cohue. Aujourd’hui, weekend du 14 juillet, il n’y a pas grand monde dans le quartier, mais il faut quand-même attendre pour être servi par Riri. On écoute vaguement les voix qui se répondent comme dans une fugue. D’abord, le baryton d’un poissonnier : « Les soles, les soles… la moule de Bouchot » ; puis le contre-sujet exposé d’une voix aiguë par la fruitière : « Framboises toutes fraîches. Deux paniers. 4 euros. »

Riri. Anthony Marée

 

Et puisque c’est mon tour.

Alors vos soles ? Vous me les videz n’est-ce pas ?

– Bien sûr. Et voici du persil avec les compliments du poissonnier en plus.

On vient aussi de tout Paris pour Klein, sa charcuterie maison, son saumon, sa choucroute jamais aigre. Hélas, Klein est en vacances. Et je ne rencontrerai pas davantage, le fleuriste philosophe, installé presqu’en face de la rue Marsoulan avec qui il m’arrive de refaire le monde.

Pourtant, il y a moins de monde dans les marchés. Les femmes n’ont plus le temps, sauf le weekend. Les jeunes n’ont plus envie d’éplucher les légumes et préfèrent sortir des barquettes du congélateur. Pourvu que cette désaffection ne se prolonge pas, pourvu que les marchands d’habits ne prennent pas la place des commerces de bouche. S’ils vendent moins, ceux-ci fermeront et les Parisiens se désoleront d’avoir perdu l’âme de leur quartier, sans voir que ce départ est l’aboutissement de leur addiction aux supermarchés.

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