Au Japon, chaque année, l’éclosion des fleurs de cerisiers est l’occasion de grands rassemblements populaires. La foule s’installe en famille sur des couvertures, festoie, danse et passe quelques heures à contempler les cerisiers. Cette fête d’Hanami a conquis Paris. Je ne sais pas si les Français partagent les conceptions religieuses des Japonais : nos poètes, me semble-t-il, associent la fragilité des fleurs à la vieillesse et à la mort, plutôt qu’à la joie que suscite la beauté qui revient au printemps. Mais nous vivons une période mondialisée et nombreux sont à présent ceux qui se précipitent dans les endroits où l’on peut voir des cerisiers, le jardin Albert Kahn, le parc Martin Luther King, le square situé à l’arrière de Notre Dame, les jardins de la tour Eiffel, la placette devant la librairie Shakespeare and Co…
Bien sûr le parc de Sceaux est l’endroit le plus connu. Jusqu’à la pandémie, un monde fou venait pique-niquer sous les 264 cerisiers du parc et se mêler aux Japonais de Paris pour assister à des représentations gratuites de danse et de tambour. J’y suis passée en 2019. Aujourd’hui, les rassemblements sont sûrement interdits et le parc est trop loin du périmètre de sortie auquel j’ai droit.


Au Jardin des Plantes, le cerisier le plus célèbre est celui dont les branches touchent le sol, et sous lequel les visiteurs vont se faire photographier dès le mois de mars.

Cette photo date de l’an dernier. A quelques pas de l’arbre, l’œil hésitait entre l’image d’une montagne de neige et une vision plus analytique qui s’attardait sur les bouquets, chacun captant la lumière à sa façon. Ce 15 avril, le grand cerisier est déjà presque défleuri. Les derniers pétales qu’éparpille la brise n’évoquent plus que la brièveté du printemps de la vie. Amours et floraisons si passagers !
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières
La fête d’Hanami est moins mélancolique que dans le poème d’Apollinaire et la beauté éphémère des fleurs réjouit les cœurs des Japonais qui célèbrent l’appartenance au grand cycle de la vie, le retour annuel des fleurs avec le cycle des saisons.
Au jardin des Plantes, c’est maintenant le moment de gloire d’un prunus opulent où chaque branchette porte un bouquet de pompons roses. Autour de l’arbre. Les visiteurs font la queue pour se faire prendre en photo dans des poses gracieuses…sauf une dame qui rouspète : « Il est trop ! Trop paré. Le rose est trop ! Trop riche, je dirais »

Le cerisier blanc planté symétriquement de l’autre côté de l’allée est moins admiré. Pourtant je ne me suis pas lassée de contempler ses fleurs si légères, dont le blanc changeait dans la lumière, tantôt étincelant autour du bois très noir des branches, tantôt presque gris sous les nuages.

J’ai aimé surtout que la structure de l’arbre reste bien visible sous sa couronne de fleurs faite d’une matière impalpable si simple et si claire.
Quand Hanami sera passé, il restera à visiter les autres trésors du jardin, la roseraie, le jardin alpin, le coin des pivoines, la gloriette de Buffon et à s’attarder le long des parterres en essayant de retenir les noms des plantes.
