Iles de Créteil. Les ragondins de l’Abreuvoir

On y parvient au milieu d’un intense transit de voitures et de camions par le pont de Créteil qui joint Créteil et Saint-Maur-des-Fossés. Je croyais que Créteil, c’était la banlieue moche, les barres d’immeubles bon marché, vieux avant d’être achevés. Or, comme le promet le joli petit guide de Parigramme (Autour de Paris, l’Aventure, de J.-C. Napias), les îles sont une petite portion de presque campagne en pleine ville.

Berge De l’île Brise-Pain

Un escalier descend du pont de Créteil et permet d’entrer dans l’espace des quatre îles (quatre, ou une, car si on ne fait pas attention, on ne sait pas si on est encore sur l’île Brise-Pain ou déjà sur Sainte Catherine et peut-être  dans l’île de la Guyère).

Bien sûr, il y a une file de maisons des deux côtés de l’eau, mais elles sont enchâssées dans les arbres, d’énormes platanes, des châtaigniers, encore nus en février, mais qui doivent former une ombre dense en été. Du côté de la levée de terre, on voit des maisons bourgeoises,

Ile des Ravageurs. Villa des Otats

Au bord du canal, ce sont parfois des cabanons, des hangars aux toits couverts de mousse, des pontons abimés par l’humidité ; parfois des bâtiments contemporains :

Ile Brise-Main. Maison contemporaine

Les haies de bambous font leur apparition et on se retrouve en Asie :

Bambous en Val-de-Marne

Au bout du chemin, un club de voile et kayaks, à vrai dire tristement solitaire en cette période de Covid.

Nous voici sur la passerelle de la Guyère, je crois, à observer les ragondins. Si au lieu de les appeler ragondins, on disait rats de rivière, ils me feraient un peu peur. Ils sont énormes et assez familiers.

Ile de Créteil. Un ragondin

Celui d’en face au pelage couleur d’hiver brun, gris, roux fouille tranquillement dans les racines et notre présence ne l’inquiète pas du tout.

Dans la famille Ragondin, je demande le fils

Juste avant la passerelle, un cercle d’hommes d’une soixantaine d’années est rassemblé autour d’un pêcheur. J’ai demandé ce qu’on pouvait attraper :

– Des ablettes, des goujons.

– Alors le cormoran vous fait concurrence ? » (Un cormoran venait de sortir du canal, un poisson dans le bec et de retourner se percher sur les branches hautes d’un arbre. De là, il observait le canal).

–  Il y a en a pour tous.

Le pêcheur doit avoir raison car ragondins, cygnes, canards, poules d’eau et cormorans cohabitent sans bagarre dans cet endroit nommé l’Abreuvoir, où l’eau s’élargit en petit étang. Et j’ai l’impression que la communauté des pêcheurs passe plus de temps à converser et à regarder le canal qu’à prendre des poissons.

– De toute façon, on les relâche !

– La rivière se porte bien, grâce à nous les pêcheurs. On l’entretient vous savez. On nettoie les berges.

–  Ça se voit.

–  On vient même la repeupler en alevins quand il n’y en a plus assez.

–  Et cet endroit merveilleux, il est classé ?

–  Je ne crois pas, mais on a un bon maire. Laurent Cathala, on peut dire ce qu’on veut, mais c’est un bon maire. D’ailleurs, il en est à son huitième mandat. Les tours, c’est pas joli, joli, mais il fallait bien loger les gens et il a préservé le vieux Créteil. Et les îles aussi. Rien n’a changé ici depuis des dizaines d’années, croyez-moi, je suis d’ici.

………

Un des charmes de la saison, c’est le ciel. Il était nuageux. Trois gouttes de pluie et soudain il est devenu clair. L’eau s’est mise à briller, les moustaches des ragondins à resplendir au soleil, les passereaux à pépier dans les arbres et même les affreuses perruches vertes qui chassent les oiseaux locaux – plus petits – criaient de plaisir.

Bibliographie

J.-C. Napias, 2017, Autour de Paris, l’Aventure, Paris, Parigramme.

… Et bien sûr, le poème de Hugo que j’ai mis en ligne dans mon article sur l’île Fanac a été écrit dans ces îles, plus précisément à l’auberge du Cochon de Lait située près d’un bateau-lavoir. Je dois ma science toute neuve à un blog : https://www.salutbyebye.com/chemin-halage-creteil-iles-marne/

Et merci à Miriam Panigel qui a replacé la villa rose sur son île !