Exploration de l’art contemporain à La Villette

Avec l’association France Alzheimer. Conférencière : Claire

Après le MacVal, nous n’avions pas programmé la visite d’un autre lieu dédié à l’art contemporain. Le hasard de la planification de France-Alzeimer nous a cependant conduits à 100% L’Expo à La Villette. C’est une exposition consacrée à de jeune diplômés, sélectionnés par un jury composé, — sans surprise, de membres participant au courant dont sont issus les participants. Mais existe-t-il d’autres voies de sélection ?

L’exposition met majoritairement l’accent sur la démarche plutôt que sur des techniques traditionnelles comme le dessin ou la peinture académique. Encore que… certaines œuvres, comme le château façon Disneyland de Jordan Roger, témoignent d’une impressionnant virtuosité dans le travail de la céramique et de la broderie.

Mais au fond, qu’est-ce que l’art contemporain ? Sans prétendre en donner une définition, j’ai choisi d’aborder cette exposition à travers la diversité des expériences qu’elle propose.

Art et politique

Zoé Saudrais abolit la frontière entre art et politique. Ses banderoles revendicatives, ses évocations de repas militants — lieux de rencontre entre artistes et collectifs en lutte — brouillent volontairement la frontière entre création et action. Pour Zoé Saudrais, l’art est un outil de mobilisation. Il repose sur la force du message, slogans percutants, dénonciation des injustices, mise en lumière des luttes, des femmes immigrées. Il ne suppose pas de grande maîtrise technique, et invite à partager des moments d’action collective .

Zoé Saudrais. Bannière
Zoé Saudrais. Exaltation des luttes des femmes immigrées

Blessures familiales

D’autres artistes puisent dans leurs expériences intimes. Leurs œuvres s’enracinent dans des histoires familiales, qui rejoignent des préoccupations contemporaines, discriminations liées à l’orientation sexuelle, à l’exil, au déracinement.

Rescapé de l’enfer familial religieux et patriarcal, Jordan Roger montre à première vue, des œuvres légères. Son château rose très kitsch, fait sourire. Mais cette légèreté dissimule la violence subie. Élevé chez les Témoins de Jéhovah, l’artiste a été rejeté par sa famille lorsque celle-ci a découvert son homosexualité. De là le jeu avec son patronyme, Roger,   reconnaissable, mais barré.

Jordan RogerBurn Them All, 2022, 100 éléments de faïence

Lorsque l’on approche, les ornements couleur corail se révèlent être des flammèches. Le château, symbole d’un imaginaire enfantin et normatif, est sur le point de s’embraser. Rien n’est encore détruit, mais tout annonce le brasier qui détruira l’ordre patriarcal.

Au premier abord, l’œuvre de Yunyi Guan est mièvre, mais la moustiquaire, sur laquelle des papillons sont venus se poser, délimite un petit espace protecteur pour des enfants perdus entre la Chine et la France. Une fillette a été élevée en Chine par les grands-parents ; sa cadette, par les parents qui pouvaient désormais s’offrir un toit familial. L’aînée a-t-elle été assez aimée ?

La peur de l’oubli accompagne le déracinement. Bahar Kocabey, chassée du Kurdistan-Syrien dessine ses oliviers au fusain. L’un d’eux a pris des proportions monumentales. Il appartient sûrement au passé et son absence de couleur ajoute à sa qualité fantomatique. Deux chevelures féminines flottent dans l’air, mais elles ont perdu leurs corps : Bahar Kocabey, n’a plus de place dans le monde où sa famille avait vécu. Des exilées, il reste seulement ces traces vouées à disparaître.

Bahar Kocabey, L’effacement

Les idées ont besoin d’une forme. Leur donner une apparence sensible exige beaucoup d’énergie. Un château de Walt Disney, une moustiquaire constellée de papillons, deux chevelures sans corps… sont les formes concrètes qui correspondent aux idées de patriarcat, d’insécurité ou de déracinement.  Sans doute faut-il une grande force pour croire à ses propres métaphores.

Identités postcoloniales

Plusieurs artistes explorent la question de l’identité de femmes issues de l’immigration dans un contexte postcolonial. Leur reconstruction passe souvent par le corps, et notamment par la chevelure, chargée de symboles.

Le lit de cheveux de Priscilla Benyahia suscite un certain malaise, que l’on retrouve dans la vidéo de Tatiana Da Silva où des femmes passent de grands peignes dans leur chevelure. Ces œuvres dérangent — et c’est sans doute le but des artistes. L’art doit parler de ce qui (me) fait souffrir, (m’)offrir une compensation… mais à quel public s’adresse-t’-‘il ?

Priscilla Benyahia Le lit de cheveux

Merveilles de l’enfance

Charlotte Alves se souvient des univers qu’elle inventait, enfant sage, au bord d’un lac : elle imaginait des créatures étranges qui vivaient sous la surface sombre. Aujourd’hui, elle les fait renaître. Ce sont des monstres bienveillants aux couleurs éclatantes, des tortues devenues coussins, des crevettes géantes — un bestiaire joyeux plébiscité par les enfants qui visitent l’exposition.

Charlotte Alves. Crevette facétieuse

Sans conclusion

Cet art, contrairement à la peinture impressionniste que l’on célèbre en ce moment avec Renoir, est très rarement fait pour s’accrocher dans son salon. Il n’est pas fait non plus pour provoquer l’extase d’une contemplation sans finalité. Plus souvent, il accompagne un besoin de réparation. Qui y répondra ?

Il y a cependant un petit tableau de laine feutrée qui m’attire beaucoup, peut-être à cause du lien qu’entretient Ora Yerma avec la tradition… C’est un paysage nocturne. Une ombre noire enveloppe la partie gauche. Une lumière douce fait scintiller la partie droite comme si les nuages qui couvraient le ciel s’étaient écartés pour laisser la lune éclairer une plaine tranquille. Des animaux — moutons, ou peut-être chevaux, préhistoriques selon la guide — y reposent avec sérénité : figures blanches sur fond sombre, silhouettes noires sur fond clair

J’y vois, pour ma part, l’évocation d’un rêve, qui invite à la contemplation silencieuse.