De la ‘banlieue’ au téléphérique urbain

Quand j’avais 20 ans, mon Paris allait d’Etoile aux colonnes de la place de la Nation… Au Sud, je dépassais la porte d’Orléans seulement pour me rendre à la Maison des Examens d’Arcueil ou pour prendre « l’autoroute du soleil…

Si je franchissais exceptionnellement le périphérique qui sépare Paris et la banlieue depuis 1973, je tombais dans un monde qui ressemblait à un mauvais rêve : une succession de dépôts, de panneaux publicitaires, de casses de voitures, d’emprises ferroviaires, des maisons grisâtres, de mares d’eaux usées, de zones d’activité plus ou moins délabrées,. Y aller, c’était me perdre dans des quartiers labyrinthiques, avec des avenues parallèles ou perpendiculaires, baptisées allée des Lilas, chemin du Grand Orme ou rue de l’Alouette – là où il n’y avait ni lilas, ni alouettes. Ces rues n’offraient aucun point de repère. Habituée aux trouées monumentales d’Haussmann, je m’étonnais de ne voir ni clocher, ni monument civil permettant de retrouver une direction parmi tous ces bâtiments semblables.

Peu à peu pourtant, des Parisiens s’étaient habitués à aller jusqu’à Mousquetaires, Mammouth, Leclerc, Darty, Ikéa. Même si la banlieue était un quadrillage d’axes encombrés de longues files de camions, ils menaient aux lieux où on pouvait participer à la fête de la consommation. Parallèlement, le centre ville se barricadait contre les voitures : pendant la mandature d’Anne Hidalgo à coups de hausse du tarif de stationnement, le trafic a spectaculairement baissé à Paris. Cependant, à l’extérieur du périphérique, les milliers d’habitants obligés de se déplacer pour travailler en ville souffraient dans les embouteillages, dépensaient de plus en plus en essence ou prenaient des trains bondés et inconfortables. Cela faisait au moins 50 ans qu’on construisait des logements dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, et le Val-de-Marne sans prévoir les déplacements des habitants.

Le téléphérique C1 du Val de Marne : de la ligne 8 du métro jusqu’à à Villeneuve-Saint-Georges

Quelquefois, il y a quand même de bonnes nouvelles. En décembre, le Val-de-Marne a mis en service le Câble C1, le tout premier téléphérique urbain d’Île-de-France. Inauguré le 13 décembre 2025, le téléphérique part du terminus de la ligne 8 (Pointe du Lac) et dessert en 18 minutes cinq stations, Créteil, Limeil‑Brévannes, Valenton et Villeneuve‑Saint‑Georges, sur un tracé de 4,5 kilomètres.

Le coût, qui s’élève à 138 millions d’euros, doit être mis en perspective avec les alternatives. Un prolongement de la ligne 8 du métro dans cette même zone aurait par exemple coûté près de 100 millions d’euros par kilomètre et le téléphérique est 2 à 3 fois moins coûteux que le tramway.

Départ du téléphérique à la Pointe du Lac

Pour les gens sérieux, il s’agit d’échapper au gros embouteillage entre Créteil et Limeil et de dépenser moins d’essence, mais voici que se développe un tourisme  du téléphérique, dont nous sommes de bons représentants. Dans notre petit groupe de 10 qui occupe une nacelle, tout le monde est ravi de voler au-dessus des bretelles d’autoroutes infranchissables, de découvrir l’importance de l’emprise de la SNCF, et des bassins de traitement des eaux usées. Et puis on se sent comme aux sports d’hiver dans une nacelle silencieuse…. D’où l’inévitable : Eh ! Thérèse, tu as oublié tes skis !

Survol panoramique dans les navettes de la ligne C1

Après un grand coude, nous longeons des fresques… celle d’un échassier est la plus spectaculaire..

L’itinéraire que nous avons choisi à l’arrivée complique les choses : 3 kms vers le RER de Villeneuve Saint Georges (avec une halte dînette dans un square), 2 stations de RER jusqu’à Brunoy au bord de l’Yerres.

Les bords de l’Yerres

Après une semaine de pluies violentes et de froid, ce dimanche très doux est délicieux.  Les feuilles commencent à pousser et les pétales d’aubépines à tomber. Dans les arbres, c’est encore le merveilleux vert du premier printemps.

Bords de l’Yerres

Au bord de l’eau canards, oies bernaches, foulques, ragondins…. Déjà des couples se forment.

Trois copains ont installé des pliants pour passer l’après-midi entre hommes

Mais quand même, comment le baigneur de Caillebotte faisait-il pour plonger ?

Les cafés manquent cruellement tout au long de la promenade et il faut passer l’île Panchout et ses vaches écossaises et arriver à Yerres pour trouver une terrasse. Quand nous quittons le café, il est trop tard pour entrer dans la  propriété du peintre Gustave Caillebotte. J’étais jadis venue visiter sa belle maison bourgeoise et le parc de onze hectares qui l’entoure. Je reviendrai. Paris est tout proche par le RER D.

Il n’y a (presque) plus de frontières et la « banlieue » est furieusement tendance !

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