Escher : En noir et blanc (1898-1972)

Près de deux cents dessins de Maurits Cornelis Escher sont exposés à la Monnaie de Paris. A l’entrée, l’énorme boule miroir qui reflète et déforme le hall de l’édifice avertit que nous entrons dans le royaume des illusions.

Hall de la Monnaie de Paris

Il y a un premier Escher qui fait de belles gravures d’une nature quasi géométrique.

M.C. Escher. Castrovalva (Italie) 1929

Parmi les œuvres qui évoquent un paysage, ma préférée est la lithographie intitulée Trois Mondes. Trois comme l’air où vivent les arbres, l’eau où nage un poisson et la surface qui constitue l’essentiel de la gravure puisque on voit les arbres seulement comme un reflet. L’automne a dépouillé les branches des feuilles d’arbres. Elles flottent à la surface de l’eau.  On aperçoit sous la surface un poisson les yeux exorbités.

M.C. Escher. Trois mondes. Lithographie

Formes jumelles transformées et couples d’opposés

L’œuvre qui a valu un premier succès mondial à Escher a la forme d’un losange. Un banc de poissons clairs nageant dans une eau sombre occupe le triangle inférieur. Les poissons se transforment peu à peu en oiseaux noirs qui traversent le ciel blanc de la partie supérieure.

Contrairement à la première impression, les animaux ne se répètent pas exactement à l’identique : les détails des dessins situés à la pointe s’estompent au milieu ; il ne reste que des silhouettes imbriquées comme dans un puzzle.

Là où l’eau et le ciel s’inversent, l’œil hésite : qu’est ce qui est le fond ? Qu’est ce qui est la forme ?

M.C. Escher. Ciel et eau

Positif et négatif s’inversent à nouveau dans des gravures qui font penser au jeu où il faut trouver une ou des images cachées dans des images.  Les cartels expliquent que les motifs répétés indéfiniment constituent ce que les mathématiciens nomment un pavage, (Comme dans un puzzle, des motifs s’emboitent de sorte qu’il n’y a plus d’espace entre eux.)

Les recherches d’Escher font écho au choc qu’il avait éprouvé devant la beauté fascinante des mosaïques de l’Alhambra. La quête de formes géométriques complexes auto-suffisantes ne laissant aucun interstice sur le plan va l’obséder.

M.C. EscherDivision régulière du plan IV (chiens rouges)1957

Certaines gravures grouillent de monstres, serpents, chauves-souris, papillons gigantesques, méduses, oiseaux à bec crochu…. Pourtant, je ne crois pas qu’il y ait de messages, ni même d’efforts pour susciter de l’angoisse. Rien d’humaniste dans ces œuvres… une satisfaction abstraite.

Selon le « monde » dans lequel on se trouve

Le tableau qu’Escher nomme Relativité joue de la perspective à partir d’une architecture d’intérieur. Des corps réduits à une forme de mannequins miniaturisés, comme on en vend pour que des peintres puissent étudier le mouvement, occupent cet espace. Bien qu’ils soient nombreux, ils n’interagissent pas et comme ils n’ont pas de visage, ils n’expriment aucun sentiment.

Au milieu de la gravure, une figurine gravit les escaliers, mais le palier auquel elle accède est à la fois horizontal (elle s’apprête à y poser le pied) et vertical (comme le suggère un mur percé par une porte). La même impossibilité se retrouve en bas à gauche où la marionnette qui descend l’escalier arrive sur une surface qui est à la fois nécessairement plane dans l’espace où elle se trouve et verticale selon la logique de la construction. Les portes indispensables pour circuler dans la demeure et pour aller dans le jardin n’appartiennent pas au monde des escaliers.

M.C. Escher. Relativité. 1953

A droite, pendant qu’un mannequin descend, un autre qui porte un plateau descend en empruntant le dessous de la volée de marches. La représentation de l’escalier peut être interprétée de deux façons différentes alternativement. Mais si on se situe dans le présent de la scène représentée, les deux faces de l’escalier (dessus/dessous) ne peuvent pas être empruntés en même temps dans le même espace.

On peut se contenter d’essayer de repérer les procédés employés par Escher pour dérouter notre perception. S’ajoute cependant l’impression de mélancolie qui vient de ce que les personnages ne peuvent communiquer bien qu’aucune ligne de démarcation ne les sépare. Chacun, absorbé par ses occupations, est enfermé dans sa bulle et ignore l’existence des mondes dont il ne fait pas partie.

Je me suis arrêtée devant un miroir sphérique où se reflète le buste du dessinateur. Sa main agrandie par la déformation du premier plan tient la sphère, mais je vois aussi à l’extérieur, la même main ayant gardé sa forme originelle qui tient la boule… Ainsi cette main est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur (sans compter la main réelle qui a dessiné)

M.C. Escher. Autoportrait au miroir sphérique 1935

Je ne suis pas assez attentive pour comprendre tous les trucages et paradoxes d’Escher, prestidigitateur surdoué. En fait, mes termes sont inexacts. Escher cherche des vérités que je ne comprends pas. D’habitude, devant des œuvres, je suis plus ou moins reliée aux intentions des peintres par le savoir sur le monde qu’elles évoquent. Ici, je ne suis pas assez patiente pour me plonger dans les mathématiques dont les formules sont supposées soulever le voile de la réalité.

Les sites renvoient à Douglas Hofsdater (1979, tr. 1921) Gödel, Escher, Bach. les brins d’une guirlande éternelle, Paris, Dunod.(que l’exposition m’a donné envie de lire).

Pour les paresseux….https://blog.messortiesculture.com/article/dans-lescalier-relatif-de-m-c-escher-1201#:~:text=Les%20angles%20auxquels%20les%20escaliers,d%C3%A9stabiliser%2C%20tel%20un%20prestidigitateur%20surdou%C3%A9%20!

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