Le Petit Palais poursuit ses expositions des peintres du froid. Après le Suédois Liljefors, voici le Finlandais Pekka Halonen qui célèbre la claire lumière nordique et les neiges de son pays.
Identité finlandaise
L’angle choisi par les commissaires est historique et politique (l’invasion de l’Ukraine n’est pas étrangère à ce rappel des relations agressives que la puissante Russie entretient avec ses voisins). L’exposition commence par une grande carte de Finlande et un rappel des dates clés de l’histoire du pays depuis sa cession par la Suède à l’empire du tsar en 1809. Elle évoque la remise en cause de l’autonomie de la Finlande par les Russes au tournant du siècle et le combat de nombreux artistes pour l’indépendance du pays qui s’en est suivi. Pekka Halonen s’engage dans le mouvement patriotique Nuori Suomi (« La Jeune Finlande ») pour qui résister passe par la culture et par les arts. Nuori Suomi est à l’origine, une publication artistique et littéraire annuelle qui fait connaître l’épopée finnoise du Kalevala (composée dans les années 1830 à partir de contes populaires) qui a transformé des parlers paysans en langue de culture, la musique de Sibelius qui, sans jamais tomber dans le folklorisme, a inventé une musique nationale majestueuse, les paysages du peintre Akseli Gallen-Kallela qui célèbrent la beauté de la nature finlandaise. Pekka Halonen fait partie de ce groupe de patriotes qui contribue à la reconnaissance d’un art finlandais à la fin du 19e siècle.

Les écologistes pourraient aussi revendiquer Halolen comme un précurseur. Il emmène sa famille vivre à trente kilomètres d’Helsinki au bord d’un lac alors inhabité, construit sa maison de bois avec l’aide de son frère. Avec sa femme, il cultive des tomates, des choux et des pommes de terre… sans pesticides.

On peut s’interroger sur le bonheur qu’a trouvé sa femme dans cette vie, une pianiste qu’on disait brillante, à qui il a fait huit enfants, et que l’on voit sarcler les choux dans certaines toiles. J’ai une amie qui était la compagne d’un peintre célèbre et qui m’avait dit : « On néglige trop le rôle des femmes de peintres dans leur carrière. »
Dans la grande demeure qui domine les eaux du lac, Halonen peut peindre les jours de mauvais temps : les fenêtres ouvertes de chaque côté forment le cadre naturel de ses tableaux. Ses paysages sont plus que des paysages. Ils symbolisent une nature authentique et sauvage : « La source originale de mon inspiration est la nature. Depuis trente ans, je vis au même endroit avec la forêt à mes pieds. J’ai souvent pensé que j’avais le Louvre ou les plus grands trésors du monde à ma porte. Il me suffit de me rendre dans la forêt pour voir les plus merveilleuses des peintures – et je n’ai besoin de rien d’autre », racontait Pekka Halonen au journal Svenska Pressen en 1932. (https://lagoradesarts.fr/-Pekka-Halonen-Symphonies-en-blanc-majeur-.html)
Sa peinture n’a pas la force d’invention des grands réalistes (Courbet Manet, Degas, Caillebotte…) mais elle est sincère. Le portrait de son frère violoniste évite de sur jouer l’émotion musicale :

Le joueur de kantele se concentre sans expression appuyée en accordant toute son attention à la technique instrumentale.

Les couleurs du blanc
La dernière salle est dédiée aux tableaux de neige. Ils exercent une étrange fascination sur nous à qui l’hiver fait à présent défaut.
Tout est blanc. Pourtant rien n’est blanc : la neige ne décolore pas toujours le monde. Elle le pare de cent nuances, mauves froids de la première neige, violets d’un jour de soleil, bleus des ombres du bois de bouleaux.


Ici, on pense à une estampe japonaise avec la mince découpure d’un arbre, l’évitement des couleurs vives:


Là, les rochers qu’on aperçoit par la déchirure du manteau neigeux forment des taches horizontales qui s’opposent aux verticales des arbres et changent la toile en tableau abstrait.
Ainsi le « réaliste » Hanolen peignant au bout du monde des paysages sauvages s’est-il rapproché des simplifications de la peinture des avant-gardes européennes.
Beaux Arts, Pekka Halonen. Un hymne à la Finlande, Petit Palais
j’ai adoré la dernière salle avec tous les états de la neige, toutes les appellations, toutes les nuances. J’ai aussi aimé le pic noir de Gallen-Kallela!
bonne année Sonia!.
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Tu as raison. La salle des neiges est la plus belle., la salle où l’on comprend qu’Halonen a transformé en poème cosmique les représentations des paysages de sa région. Je n’oublie pas ton invitations à balade. J’attends de retrouver de l’énergie après quelques ennuis de santé. Bonne entrée dans 2026
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Où l’on découvre que le blanc est riche de couleurs.
Ce sont les gens du grand Nord habitués à des paysages de neige et de glace qui ont le mieux perçu toutes les subtiles nuances colorées du blanc.
Et, puis il y a cette merveille oubliée, la neige dont les tableaux de Pekka Halonen ressucitent l’imaginaire, la mémoire enfouie des paysages jouant oomme une sorte de clé des songes.
Poursuivons la rêverie avec Saint John Perse :
« … la grande roseraie blanche de toutes neiges à la ronde…’
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oui, Saint John Perse, mais pour lui la neige est une métaphore de l’exil, tandis qu’Halonen magnifie son pays par la neige…
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